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n°216 | Février 2008
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  La fiche auteur de Robert Philipoussi

  Sur le même thème : enquêtes d'opinion - Doxa - démocratie

 
Evangile et liberté
 BILLET   par Robert Philipoussi 

L'opinion

 

Ce qui suit n’engage que moi, mais j’en ai plus qu’assez des enquêtes d’opinion. Je ne voudrais plus « savoir » ce que « pensent » les Français sur tout et n’importe quoi. Quand un journaliste n’a pour seule argumentation que de nous délivrer un sondage, j’ai envie de vivre sur une île déserte, s’il en reste, avec la Bible et une seule phrase de Roland Barthes : « La science va vite et droit en son chemin ; mais les représentations collectives ne suivent pas, elles sont des siècles en arrière, maintenues stagnantes dans l’erreur par le pouvoir, la grande presse et les valeurs d’ordre. » (Barthes 1957).

C’est le divorce bien connu entre « épistémè » (savoir) et « doxa » (opinion). Qu’en savent-ils, les Français, heureux de dire leur opinion, si par exemple la libération conditionnelle est bonne ou mauvaise ? En quoi cela m’intéresse-t-il d’apprendre qu’une masse est censée penser quelque chose ? À force de répondre à tout bout de champ, ne laisse-t-on pas certains avoir le monopole de la question ? Le but n’est-il pas qu’on ne s’en pose plus aucune, de questions ?

Qui peut ignorer les effets dangereux d’affirmations massives comme, en son temps : « les Français sont à 60 % pour la peine de mort » ? Effet d’entraînement, effet de délégitimation d’une pensée différente, diffusion de la croyance que « tout est simple », que tout se résout par un choix clair, qu’une pensée complexe est forcément à jeter dans le sombre marécage de l’intellectualisme.

Les Hébreux voulaient un Roi, paraît-il. L’opinion se braquait contre Samuel qui, lui, avait reçu l’avis contraire de Dieu. Ils ont eu un Roi, puis un deuxième, et cela a commencé à se déliter.

La Doxa a été contre Jésus. Forte de sa souveraineté, elle s’est aussi élevée contre les juifs, les musulmans, et contre bien d’autres catégories, avec cette funeste conjugaison : « ils sont ».

La Doxa n’est pas notre amie. La démocratie dite d’opinion est probablement l’exact opposé de l’idée démocratique originelle, qui est une démocratie de la parole et de la force de conviction.

 

Robert Philipoussi

 

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