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Pierre Valdo,

D’une certaine manière, il fut le premier protestant, du moins à ne pas être pendu ou brûlé vif. De sorte qu’il eut le temps de lancer un important mouvement qui a perduré longtemps, malgré les persécutions.

 Pierre Valdo naquit à Lyon vers 1140, et fut d’abord un riche commerçant, très satisfait de sa fortune qui ne faisait que s’accroître. Parvenu à la trentaine, il perdit un de ses chers amis, riche comme lui. Celui-ci, sur son lit de mort, lui fit part de son angoisse devant le jugement céleste à venir, qui ne serait pas favorable pour lui, étant donné qu’il avait bien profité de sa richesse, sans la partager avec les nécessiteux. L’angoisse gagna alors également Pierre Valdo qui se mit à avoir de longues conversations avec un théologien pour tirer l’affaire au clair. Devant ses questions interminables, le théologien finit par lui dire, comme Jésus au jeune homme riche : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi. »

  Valdo passa alors par une conversion totale, une nouvelle naissance. Il plaça sa femme et sa fille au couvent, munies d’une coquette somme d’argent. Il donna une autre partie de sa fortune aux pauvres et décida se suivre Jésus.

  Mais comment ? À l’église, la Bible était lue en latin, ce qui ne lui permettait pas de la connaître. Voulant revenir aux sources, il fit traduire en franco-provençal les quatre évangiles, à partir de la Vulgate en latin de saint Jérôme. Il fut évidemment bien étonné de ne pas retrouver ce que les prêtres lui avaient enseigné. Toujours à ses frais, il fit faire des copies pour ses amis. Cette première diffusion des évangiles dans la langue parlée fut une nouveauté considérable. Enfin il était possible d’accéder aux sources du christianisme. Ayant de bonnes raisons d’être insatisfait de la prédication de l’Église, il se mit à prêcher lui-même, au coin des rues et dans les campagnes environnantes. Son mouvement prit vite de l’ampleur et ceux qui le suivaient se mirent à prêcher également, y compris des femmes ! Ils parlaient surtout du secours aux plus déshérités. À force de donner aux pauvres, il devint pauvre lui-même et ses amis aussi. La prédication de Jésus était ainsi perçue d’une façon nouvelle : il ne s’agissait plus de donner une partie de sa fortune aux pauvres, mais de tout donner. Le mouvement s’est vite appelé celui des « pauvres de Lyon ».

  L’Église s’inquiéta de ces trublions qui se permettaient de commenter les évangiles sans en avoir l’autorisation. Ils furent rapidement interdits de prédication et, comme ils n’obéissaient pas, furent excommuniés en 1184. Ils passèrent alors dans la clandestinité. Huit mille « pauvres de Lyon » quittèrent la région et se dispersèrent dans les campagnes et à l’étranger. La rupture avec l’Église permit au mouvement de préciser librement sa pensée, que nous pouvons résumer ainsi :

  – Tous les fidèles peuvent participer au gouvernement de l’Église, prêcher l’Évangile et présider à l’eucharistie, y compris les femmes. Ils ne doivent obéissance ni aux évêques ni au Pape.

  – Deux sacrements sont privilégiés : le baptême et l’eucharistie. Celle-ci n’est pas un sacrifice, mais la transformation des deux espèces en corps et sang du Christ est conservée. Le seul sacrifice accepté est celui de la pauvreté.

  – Le culte des saints et de la Vierge est rejeté. Le culte à Dieu peut être rendu en tout lieu car il n’y a pas de lieu sacré, ni de lieu à vénérer.

  – Opposition au purgatoire, au culte des reliques, au Symbole des apôtres, à la prière pour les morts, qui ne sont pas dans la Bible. Les morts sont sauvés par leurs oeuvres.

  – Enfin il est interdit de prêter serment. Sur bien des points, la Réforme était donc annoncée avec seulement une discordance importante : le salut par les oeuvres.

  Violemment persécutés par le pouvoir catholique, chassés de partout, les « Vaudois » se réfugièrent dans les montagnes et dans les pays frontaliers. Ils se rallièrent à la Réforme en 1532 en cédant, après d’âpres discussions, sur le salut par les oeuvres et l’interdiction du serment. Ce ralliement n’empêcha pas les persécutions. Les Vaudois du Luberon furent décimés par les dragons du Roi. Des petits groupes trouvèrent refuge dans les « vallées vaudoises du Piémont » où ils sont encore, pour représenter les protestants en Italie et soutenir Évangile et liberté.

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À propos Henri Persoz

est un ingénieur à la retraite. À la fin de sa carrière il a refait des études complètes de théologie, ce qui lui permet de défendre, encore mieux qu’avant, une compréhension très libérale du christianisme.

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