La tolérance est « le respect, l’acceptation et l’appréciation de la richesse et de la diversité des cultures de notre monde, de nos modes d’expression et de nos manières d’exprimer notre qualité d’êtres humains. […] La pratique de la tolérance signifie que chacun a le libre choix de ses convictions et accepte que l’autre jouisse de la même liberté » (Déclaration de l’Unesco de 1995).
Mais la tolérance n’est pas l’indifférence : elle ne s’ouvre pas indifféremment à toutes les idées qui se présentent. Elle a des limites, qui dépendent de notre conscience morale, et ne doit pas devenir soumission ou abandon. Que faire devant l’intolérable ?
La tolérance implique le refus de la violence et la reconnaissance de la discussion (éventuellement conflictuelle) comme seul moyen légitime de persuasion.
Tout cela est difficilement contestable, surtout pour un chrétien. Mais… n’y a-t-il pas des situations intolérables en face desquelles la non-violence devient problématique ? Un bon exemple du dilemme auquel on peut être confronté est celui de Dietrich Bonhoeffer (1906- 1945) face au nazisme.
Dietrich Bonhoeffer, converti petit à petit au pacifisme, à la non-violence, fut un adepte de la foi « radicale » ; dans son commentaire du Sermon sur la montagne il affirme la condamnation absolue de l’homicide : « Le meurtre est interdit à celui qui obéit à Jésus sous peine de sanctions par le tribunal divin » (Le prix de la grâce,1937). Mais, devant la montée du nazisme, vers 1940, Bonhoeffer introduit la distinction entre l’homicide « arbitraire » et l’homicide « non arbitraire » ; légitimant ainsi certaines exceptions à la condamnation de l’homicide, il s’éloigne délibérément de la non-violence. L’argumentation de Bonhoeffer se fonde sur l’autorité inviolable de la conscience. Dès lors que la voix de la conscience l’emporte sur toute autre considération, l’interdit du meurtre n’existe plus, en particulier lorsqu’un homicide permet d’en éviter d’autres. En 1943 Bonhoeffer est arrêté pour participation à un complot contre Hitler et il sera pendu en avril 1945.
Bonhoeffer avait-il raison ? Un chrétien fidèle à l’Évangile peut-il se permettre des exceptions ? La question « Qu’aurait fait Jésus ? » est-elle pertinente ? En un certain sens cette réflexion rejoint celles sur l’avortement, l’euthanasie, la peine de mort, et d’une façon générale sur l’éthique. Où sont les limites ?
Gandhi, apôtre de la non-violence, disait : « Là où il n’y a le choix qu’entre lâcheté et violence, je conseillerais la violence. »
À l’occasion du cinq-centième anniversaire de la naissance de Castellion, André Gounelle nous fait (re) découvrir la remarquable personnalité de cet homme aux multiples facettes, auteur de la célèbre phrase : « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. »
A lire l’article de André Gounelle « Sébatien Castellion »
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