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La frayeur face à Dieu

 

La colère est-elle totalement étrangère au Dieu de Jésus-Christ ? Cette question embarrasse probablement plus d’un protestant libéral… Mais plusieurs passages bibliques évoquent la colère ou la fureur de Dieu. Alors, que peut-on faire aujourd’hui de l’idée d’un Dieu en colère, du Dies Irae bien connu des amateurs de musique classique ? Celui du requiem de Verdi a de quoi effrayer… Notre Dieu, effrayant ?

James Woody écrit au sujet de la colère de Dieu qu’il souhaite « montrer l’importance de ce thème pour la théologie et, par conséquent, dans notre existence personnelle ». Il se demande si la théologie libérale en France ne produit pas actuellement un discours trop aseptisé. Je partage ce questionnement. La violence rencontrée dans toute vie humaine, le caractère insoutenable de certaines douleurs existentielles sont-ils réellement pris en compte par notre théologie, par exemple dans la prédication ? Trop souvent dans nos paroisses, on nous dit que Jésus est notre « ami », que Dieu n’est que bienveillance et amour. Les théologies féministes ont même encouragé à voir Dieu non seulement comme un père mais comme une mère : Dieu est doux, patient, il aime avec ses entrailles. Au-delà du fait que cette vision de la maternité manque de nuance, une question s’impose : mais qui donc peut bien avoir envie d’un Dieu qui ne soit que maternant ? Le discours chrétien sur Dieu (la théologie, donc) doit être capable de parler de la vie, la vraie, avec justesse, afin de rencontrer les personnes. Si notre théologie passe à côté de la vraie vie, nous sonnons creux et nous ne sommes d’aucune aide pour nos contemporains.

Il est urgent que la théologie laisse de côté la morale. La chaire, par exemple, n’est pas le lieu pour rappeler aux paroissiens d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce ou pour faire des théories sur ce qu’on nomme l’ « ubérisation » de la société. La théologie doit reconnaître que la souffrance morale, sociale ou physique ronge encore la vie de trop de personnes, qu’il y a des situations existentielles d’une violence inouïe, que le mal causé et le mal subi rythment encore nos existences et que tout cela suscite une rage ou une révolte légitimes. La théologie doit être capable de penser la dimension violente de la vie, et ce n’est pas gagné. La théologie doit enfin savoir faire retentir une parole qui ose affirmer que, à la suite du Christ qui a été ressuscité, on peut se relever de tout. Et, comme James Woody l’évoquera avec la théologie noire, la colère de Dieu peut tenir une place décisive dans les processus de résurrection.

Le dossier qui suit nous aide à interroger nos représentations de Dieu. Peut-être avons-nous trop délaissé le sacré, la frayeur provoquée par le Dieu de vie, par l’intensité à laquelle il appelle, au profit de représentations plus agréables et rassurantes.

À Lire l’article de James Woody « Dies Iræ « 

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À propos Abigaïl Bassac

est titulaire d’un master de l’École Pratique des Hautes Études (section des sciences religieuses) et étudiante en master de théologie à Genève. Elle est assistante des enseignants à l’Institut Protestant de Théologie et directrice de la rédaction d’Évangile et liberté.

Un commentaire

  1. Jean-Pierre Capmeil

    Beau sujet de dossier, dérangeant à souhait, qui sort des chemins trop tracés et trop parcourus.
    Le protestantisme libéral ne devrait jamais être un confort où la pensée s’assoupit, où l’intelligence tourne à vide, mais un poil à gratter permanent qui met son grain de sel dans les mécaniques trop bien rôdées.

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