Au début de l’été,
on fête la Saint-Jean, on se réjouit, on danse autour
du feu. C’est une tradition populaire. Mais, au juste, qui était-il
ce Jean-Baptiste dont on connaît les images ou les statues et
que la légende a plus ou moins déformé.
Il m’a semblé utile d’en tracer un portrait conforme
sinon à la réalité du moins en référence
aux deux sources qui nous parlent de lui : l’historien juif Flavius
Josèphe et les évangiles.
Fils du prêtre Zacharie, dès sa naissance il y eut
controverse : au lieu de lui donner le nom de son père comme
cela se pratiquait couramment, ses parents prennent le risque de la
nouveauté : il s’appellera Jean et ne suivra pas nécessairement
la filière paternelle. Il quitte sa famille pour vivre chez
les Esséniens, une sorte de secte de pieux célibataires
vivant près de la Mer Morte (Manuscrits du Qumran).
Il fait ensuite cavalier seul et on le retrouve prêchant et
baptisant (d’où son surnom) sur les bords du Jourdain,
près d’un gué. Aux gens qui venaient à lui,
il leur faisait reconnaître leur part de responsabilité
dans tout ce qui allait mal, puis les plongeait dans le fleuve pour
leur donner une possibilité de vie nouvelle. On l’imagine
facilement, bronzé à demi-nu, les traits taillés
à coups de hache, avec une voix de plein air. Il plante ses
menaces comme on enfonce des pieux en apercevant les chefs de l’oppression
religieuse : “ Serpents venimeux, cruels et rusés, pourquoi
venez-vous ici faire semblant de vouloir le changement, liés
comme vous êtes à l’argent et au pouvoir ? Ne vous
targuez pas d’appartenir par naissance à la lignée
des hommes de Foi ; en fait, vous êtes des arbres stériles
que la hache attaque déjà à la racine. Produisez
des actes créatifs, sinon tant pis pour vous ”. Dangereux
qu’il était, cet homme, et inattaquable, car il ne trichait
pas et ce qu’il demandait aux autres, il commençait par
le pratiquer lui. (Leçon à ne pas négliger).
Dénonçant injustice et hypocrisies, c’était
une cible rêvée pour les pouvoirs en place. Il y avait
en ce temps là assez de résistants, de maquisards, sans
y ajouter ce prophète de ce danger public, mais même
à l’abri, il avait encore de l’influence. Il avait
fait des adeptes, des disciples qui feront parler d’eux plus
tard et notamment un certain Jésus de Nazareth, un parent à
lui.
Finalement, pour faire taire le Baptiste, il n’y avait plus
qu’un moyen radical : l’assassinat. Et là nous avons
deux versions. D’après les évangiles, ce serait
une vengeance de femme, une certaine Hérodiade, belle-sœur
du gouverneur et qu’il avait fait sienne. Jean l’avait contesté
devant toute sa cour : “ Cette femme, tu n’as pas le droit
de la voler à ton frère… ”. Pour Flavieus
Josèphe, c’est un motif plus politique : il y avait dans
le comportement du Baptiste un ferment de révolte, de révolution
et comme c’était un genre d’homme qu’on ne pouvait
ni acheter, ni effrayer, il valait mieux y mettre bon ordre.
Jean a été exécuté, mais il continue
à se manifester chez tous les hommes droits, loyaux, incorruptibles
qui luttent contre les injustices et les hypocrisies, les mensonges
officiels et l’arrogance de ceux qui détiennent l’avoir,
le pouvoir et le savoir.
Sa manière à lui était rude, sans nuances.
C’était un défricheur et il devait tailler la route.
On peut dire qu’il est mort, mission accomplie, puisqu’un
de ses disciples, Jésus, aidé de quelques autres, a
pris la relève, comme le prédisait le précurseur.
“ Lui, il vous plongera dans l’esprit et le feu, la tornade
de son inspiration et l’incendie de son combat ”… C’est
peut-être un des sens du feu de la Saint-Jean et je me permets
de vous rappeler le dernier couplet de la “ Danse du feu ”.
”Ma leçon, la dernière, vous dit : Mes enfants,
on ne fait rien sur terre qu’en se consumant ”.
E.
Mihière
La date de la fête de la “ Saint-Jean ” a été
choisie au solstice d’été parce qu’on la met
en relation avec l’affirmation johannique : “ Il faut qu’il
croisse et que diminue ” (Jean 3/30).