articles du N° 164 - Mars 2003
( sommaire
)
Des ambiguïtés des techniques modernes
Les portables sont de plus en plus sophistiqués. Des E-mails
et des techniques de plus en plus performants permettent une diffusion
extraordinaire de l'information. En appuyant sur quelques touches on
peut envoyer des messages aux quatre coins du monde par dizaines de
destinataires. Magie de communication à distance. Ubiquité
? S'il s'agit d'information fort utiles, c'est un succès. Mais
j'ai constaté un pataquès parce que des “ informés
” n'avaient pas cru devoir répondre à une information
ne les concernant pas. Si cette précieuse information doit être
considérée comme un échange personnel, n'y a-t-il
pas une dévalorisation de la qualité des échanges
entre les êtres ? Utilisons à plein les moyens nouveaux
mais pour améliorer les relations humaines. La confiance nait
de la confidentialité.
Le monde politique, économique, littéraire ou sportif
est englué dans des contradictions. Et aussi le monde ecclésiastique.
Des apôtres de l'Évangile des Béatitudes prônent
la guerre. Des tenants des Droits de l'homme manifestent pour la défense
du pouvoir d'un tyran sanguinaire. Des orateurs luttent contre la pauvreté
dans le monde mais vivent dans une abondance obstantatoire. Ceux qui
demandent des restrictions, s'offrent des augmentations de salaires.
Les adeptes d'une religion de paix se lancent dans des actes meurtriers.
Des pacifistes menacent de violences. Des écologistes sont opposés
à l'énergie renouvelable des éoliennes. Des pays
vendent des armes (bien cher) et s'étonnent que les acheteurs
s'en servent (parfois contre eux..). Des Églises au régime
épiscopal constatent avec regret l'affaiblissement des initiatives
et des reponsabilités des Églises locales.
Chaque lecteur pourra ajouter nombre de contradictions dans les êtres
et les sociétés.
Sur le plan personnel, seule une orientation décidée,
seule une foi dans la recherche d'absolu et de transcendance, seule
la vision vers l'Ultime de l'être peut donner cohésion
à une vie humaine. De même pour les peuples et les sociétés.
L'évangile de Jésus propose cette unité de l'être
et de l'humanité.
Christian
Mazel
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Textes divers
Tu sais mieux que moi
Tu sais mieux que moi
Seigneur, tu sais mieux que moi que je vieillis,
et qu'un jour je ferai partie des “ vieux ”.
Garde-moi de cette fatale habitude
de croire que je dois dire quelque chose
à propos de tout et en toutes occasions.
Débarrasse-moi du désir obsédant
de mettre en ordre les affaires des autres.
Rends-moi réfléchie mais non maussade,
serviable mais non autoritaire.
Il me parait dommage de ne pas utiliser
toute ma vraie réserve de sagesse,
mais tu sais, Seigneur...
que je voudrais garder quelques amis.
Retiens-moi de réciter sans fin des détails,
donne-moi des ailes pour parvenir au but.
Scelle mes lèvres sur mes maux et douleurs,
bien qu'ils augmentent sans cesse
et qu'il soit de plus en plus doux,
au fil des ans, de les énumérer.
Je n'ose pas te demander d'aller jusqu'à prendre goût
au récit des douleurs des autres,
mais aide-moi à les supporter avec patience.
Je n'ose pas te réclamer une meilleure mémoire,
mais donne-moi une humilité grandissante,
et moins d'outrecuidance
lorsque ma mémoire se heurte à celle des autres.
Apprends-moi la glorieuse leçon qu'il m'arrive de me tromper.
Garde-moi. Je n 'ai pas tellement envie de la sainteté :
certains saints sont si difficiles à vivre !
Mais une vieille personne amère
est assurément l'une des inventions suprêmes du diable.
Rends-moi capable de voir ce qu'il y a de bon
là où on ne s'y attendait, et de reconnaître
des talents
chez des gens où on n'en voyait pas.
Et donne-moi la grâce pour le leur dire...
Amen.
Écrit par une religieuse anglaise
du XVIIe siècle
(Cathédrale de Canterbury).
Simplement être chrétien
J'ai eu le privilège, très
jeune, de devenir un adepte de la non-violence, ce qui m'a jeté
dans l'opposition contre toutes les violences. Écoutez-moi
donc. J'ai été opposé à la haine anti-allemande
qui régnait en France après 1918 ; on m'a stigmatisé
comme un communiste dès 1927.
J'ai été opposé au nazisme naissant en Allemagne
; on a prétendu, en Allemagne même, que j'étais
un propagandiste français venu pour berner les Allemands.
J'ai été opposé à la course à
la guerre ; on m'a accusé d'être un complice d'Hitler.
J'ai été contre la guerre en 1940 ; on m'a dénoncé
comme agent de la 5e colonne, puis comme fasciste italien clandestin
à cause de ma femme. J'ai résisté contre l'occupation
allemande et contre la vassalisation de Vichy ; on m'a dénoncé
comme agent de l'Angleterre, puis comme Américain, puis comme
juif, puis comme communiste de nouveau. Je me suis opposé aux
représailles infligées aux prisonniers allemands ; on
m'a de nouveau considéré comme un “ boche déguisé
”.
Or, j'essayais simplement d'être chrétien. C'est l'opinion
qui tombait d'une violence dans l'autre.
André Trocmé (1901-1971)
Pardon
Pardon pour cette fille que l'on
a fait pleurer
pardon pour ce regard que l'on quitte en riant pardon pour ce visage
qu'une larme a changé
pardon pour ces maisons où quelqu'un nous attend et puis
pour tous ces mots que l'on dit mots d'amour et que nous employons
en guise de monnaie
et pour tous ces serments qui meurent au petit jour pardon pour
ces jamais
pardon pour ces toujours.
Pardon de ne plus voir les choses comme elles sont
pardon d'avoir voulu oublier nos vingt ans
pardon d'avoir laissé s'oublier nos leçons
pardon de renoncer à nos renoncements
et puis de se terrer au milieu de sa vie
et puis de préférer le salaire de Judas
pardon pour l'amitié
pardon pour les amis.
Pardon pour ces hameaux qui ne chantent jamais
pardon pour les villages que l'on a oubliés
pardon pour les cités où nul ne se connaît
pardon d'être de ceux qui se moquent de tout
et de ne pas avoir chaque jour essayé
et puis pardon encore
et puis pardon surtout
de ne jamais savoir qui nous doit pardonner.
Jacques Brel (1929-1978)
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Mon ado me fatigue !
Ses voisins auraient dit de lui que c'était “ un jeune
blanc bec ”. En fait un ado, comme on en croise si souvent. Boutonneux,
la démarche un peu gauche dans un corps mal apprivoisé,
habillé Nike, le blouson Elesse et le Jean de marque. Le baladeur
collé aux oreilles et le soir vissé sur l'ordinateur.
Chaque jour les mêmes litanies reviennent, comme une liturgie
aux heures sonnées.
Le matin : “ Tu vas être en retard ” - “ mets
ton anorak ” - “ n'oublies pas ton carnet de correspondance
” - “ Non, tu manges à la cantine ” - “ non
je ne te dispense pas de gym ”.
Le soir : “ et tes devoirs ? ”
Au repas : - “ arrête de ne manger que du pain ” -
“ Ton coude sur la table ” -
“ Tu pourrais faire autre chose que regarder la télé
et jouer sur ton ordi ”.
Et de temps en temps la grande messe avec des cris, une porte qui
claque, une injure qui vole, ou de longs moments de mutisme.
Les parents sont dans une peur vigilante : “ pourvu qu'il ne
se drogue pas, qu'il rentre ce soir et qu'il ne lâche pas ses
études ” !
Période nécessaire et délicate où l'enfant
est pris avec ses propres violences internes et externes. Il fait l'apprentissage
de la liberté et de l'autonomie. L 'ado a besoin de s'opposer
pour s'affirmer, de trouver un projet pour exister, d'errer pour se
trouver.
La tentation est grande alors pour les parents de modéliser
son enfant sur le modèle familial. Digne produit familial, héritier
de la culture et des aspirations parentales ! Beaucoup d'adultes vivent
leur vie dans la loyauté aux projets de leurs parents, y compris
dans leurs projets de couples et leurs choix professionnels. L 'enjeu
est de trouver le juste milieu entre ce que les parents transmettent
d'eux-mêmes, et l'expression de l'individualité de l'enfant
dans son choix de vie.
Freud écrivait que “ quoi que fassent les parents, ils
feront mal ”. C'est dire que l'adolescent, et certains adultes
ne le font que bien plus tard, au besoin, quels que soient ses parents
de prendre distance des modèles qu'ils a reçus pour tourver
la propre expression de son être. Eduquer, c'est bien “ conduire
hors de.. ”.
Atteindre la maturité, devenir adulte passe par une mise à
distance et une appropriation de ce que chacun a reçu. Se séparer
de ses parents prend parfois toute une vie.
Jean-Paul
Sauzède
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Appelés à une vie nouvelle
(Évangile selon Marc, chapitre 10 versets 17 à 28)
Pour entrer dans ce texte, on peut
suggérer de commencer par la fin. On y trouve en effet cette
phrase de Pierre, “ Eh bien ! nous, nous avons tout laissé
pour te suivre ” (v. 28), où s'exprime un certain contentement
de soi. Comme pour nous avertir d'emblée qu'il peut y avoir des
richesses “ spirituelles ” aussi redoutables que les richesses
matérielles et que, malgré les apparences, le plus riche
n'est pas forcément celui qu'on pense !
Devoir, faire, avoir
Et pourtant l'homme qui vient vers Jésus, ce jour-là,
est riche à tous points de vue. Sur le plan culturel et religieux,
il est instruit, il connaît les Écritures. Sur le plan
spirituel, il a “ depuis sa jeunesse observé ” la Loi
de Dieu (v. 20). Sur le plan social, c'est un homme, ce qui avait son
importance, et il nous est dit “ qu'il avait de grands biens ”
(v. 22). C'est un “ notable ” indiquera Luc (18/18). Il est
“ jeune ” précisera Matthieu (19/22). Cet homme a tout
pour lui. Et d'ailleurs les termes mêmes de la question qu'il
pose sont révélateurs de sa condition et de sa compréhension
du monde. “ Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle
? ” (v.17).
En homme qui partage la piété juive de son temps, la
vie éternelle ne peut être qu'une réalité
qui se mérite par l'obéissance à la Loi. Homme
de pouvoir et de pratique, la vie éternelle ne peut être
que le couronnement de ses oeuvres humaines, de son faire. Homme riche
enfin, la vie éternelle ne peut être qu'une réalité
que l'on a, dont on hérite, dit le sens littéral.
Devoir, faire, pour avoir. Vingt siècles plus tard ce sont
les mêmes verbes qui conduisent le monde, suivant les mêmes
impératifs de la performance et de la rentabilité, dans
une société où il vaut mieux être “
jeune, riche, beau, en bonne santé, compétent, performant
” si on veut être reconnu.
Dieu seul est bon
Devoir, faire, pour avoir. L'homme riche n'a encore que ces mots à
la bouche, mais toute sa démarche atteste qu'il a déjà
compris leur caractère illusoire et leur impuissance à
donner un sens à sa vie. Alors c'est en courant, qu'il se jette
aux genoux de Jésus et qu'il l'implore, comme on demande une
guérison. “ Bon Maître, que dois-je faire pour recevoir
la vie éternelle ? ” (v.17). Jésus a devant lui un
homme insatisfait qui, “ depuis sa jeunesse ” (v.20), a pratiqué
la Loi en vain.
Un homme tourmenté parce qu'il veut agir et faire le bien par
lui-même, pour lui-même et qu'il n'en fait jamais assez.
Un homme désespéré parce que la Loi est désespérante.
Alors quand l'homme lui dit “ Bon maître ”, Jésus
répond “ Nul n'est bon que Dieu seul ” (v.18). Ces
mots constituent la clé de compréhension du texte. Ils
ruinent, en effet, toute l'entreprise de cet homme, sa prétention
à trouver par lui-même des chemins de bonté et de
perfection. Ils prennent à contre-pied les logiques humaines
du mérite et de l'efficacité. Désormais le salut
n'est plus lié à nos réussites, ni entamé
par les échecs qui nous blessent mais il est l'oeuvre de Dieu
seul, que rien, ni personne, ne saurait nous ravir. “ Dieu seul
est bon ” dit Jésus et c'est pourquoi regardant l'homme
riche, “ il se prit à l'aimer ” (v.21).
Un changement de vie
Jésus toutefois n'en reste pas là. Son interlocuteur
avait toujours trois verbes à la bouche, qui toujours ramenaient
à lui : devoir, faire, pour avoir. Et Jésus lui répond
par des verbes qui tous signifient le mouvement de sortie de soi, l'abandon
des fausses sécurités, le renoncement aux richesses, la
gratuité du don, la mise en route avec lui : “ va, vends
ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis viens et suis-moi ” (v.21).
Ainsi la rencontre avec le Christ ne laisse pas indemne. Et le salut,
reçu gratuitement de lui, appelle une réponse personnelle.
Après le salut impossible que proposait la Loi, puis le salut
incroyable qu'offre le Christ, le texte parle d'un salut qui transforme
l'existence.
Cet homme voulait la vie éternelle et Jésus lui offre
une vie nouvelle. Ainsi, l'Évangile n'est pas un message mièvre
et rassurant permettant d'assurer le confort spirituel d'une société
en manque de sens. Il ne réclame pas un simple aménagement
de la vie, mais il appelle à un changement de vie. La parole
de Jésus est ici très claire. Elle déloge des sécurités
factices et illusoires que l'être humain sans cesse se construit.
Confesser le Christ c'est choisir de le suivre et vivre de sa Parole
qui démasque et bouscule les idoles familières.
Une vraie bonne nouvelle
Toutefois, un tel travail de conversion, de dépossession, n'est
pas facile. Il paraît même hors de portée. C'est
pourquoi le jeune homme s'en va “ tout triste car il avait de grands
biens ” (v.22). Était-il triste parce qu'il s'était
senti incapable de suivre le chemin que Jésus lui proposait,
tout en regrettant déjà de n'avoir pas pu saisir la chance
d'une vie vraiment nouvelle ? Était-il triste parce qu'il avait
bien compris les paroles de Jésus et qu'il avait décidé,
à contrecoeur, de se séparer de tous ses biens, mais sans
parvenir à vivre cela comme une bonne nouvelle ?
Etait-il triste d'avoir dit non, était-il triste d'avoir dit
oui ? On ne peut répondre à ces questions. Mais ce qui
est sûr c'est qu'il est parti “ tout triste ”. Les disciples
eux-mêmes s'interrogent et s'exclament : “ Mais alors qui
peut être sauvé ? ” (v.26). Et Jésus répondit
“ Aux hommes, c'est impossible, mais pas à Dieu, car tout
est possible à Dieu ” (v.27). Il est bien dommage que l'homme
riche n'ait pas entendu ces dernières paroles de Jésus,
car sans doute l'auraient-elles consolé. Il aurait pu comprendre
que l'ultime ne nous appartient pas, mais qu'il est dans les mains de
Dieu. Désormais, quoi qu'il arrive, la bonne nouvelle en reste
vraiment une.
Michel
Bertrand
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Quel sens donner à la vie ?
Mais est-il possible de lui donner
un sens ?
La vie n'est-elle qu'une symphonie tragique ?
La vie a-t-elle un sens ?
La question mérite d'être posée.
La tradition biblique se la pose, et donne, parmi d'autres, une réponse
étonnante que je vous livre :
La vie est absurde. Insensée.
En vocabulaire biblique “ Tout est absurde et dérisoire,
dit Qohéleth, tout est dérisoire ; littéralement
: vain, vain, tout est vain ” (Qohéleth 1,2).
Personnellement, je fais mienne cette analyse, et je me méfierai
de moi-même chaque fois que je penserai en maîtriser le
sens, car alors ne serai-je pas loin de m'ériger en censeur ?
Le pasteur Daniel Lys écrit :
“ Plutôt que de bâtir un camouflage explicatif sécurisant,
reconnaître qu'il nous faut vivre à contre-courant, en
repérant les contresens ”1.
La dignité de la vie humaine réside dans ce courage
d'être, à contre-courant, à contresens, dans une
quête jamais aboutie, mais qui nous ouvre à un cheminement
possible.
Ce cheminement passe par un arrachement.
Arrachement de la tyrannie des apparences, de la tyrannie des évidences.
Ce qui rend possible ce courage d'être, cette obstination, cette
résistance au tragique et à l'absurde, pour moi chrétien
protestant, réside dans cette parole qui vient, qui brise nos
évidences et nous met en chemin, vers les autres, vers nous-même,
vers Dieu.
Plutôt que de sens à donner à notre vie, je préfère
employer le terme de vocation.
Car qui dit vocation dit appel.
Par moi-même, je ne peux rien faire. Il faut qu'une parole me
rencontre.
Parole venue d'ailleurs, parole autre qui me permet d'être autrement.
“ Qui ouvre, dans nos coeurs, des chemins ”, dit le psaume
84.
Je souligne le pluriel du mot chemin.
Dans nos coeurs, des chemins possibles.
Car la vie est cheminement, non sans tâtonner, non sans trébucher.
Trébuchement, tâtonnement sont déjà cheminement.
“ N'oublie jamais que tu es un voyageur en transit. Tout tient
au chemin. Nous sommes plus près du lieu recherché lorsque
nous sommes en chemin que lorsque nous nous persuadons d'être
arrivé ”2, dit le rabbin Ouaknin, et le pasteur A. Dumas
de s'écrier : “ Éternel : tu es moins le terme que
la brèche, moins l'horizon que la marche ”3.
Etre homme, femme en chemin, du chemin, c'est redécouvrir que
l'homme est fondamentalement un être “ vers ”.
Vers les autres, vers lui-même, vers son Dieu.
- Va, disait le Dieu de la Bible à Abraham, notre père,
et sois bénédiction.
Aller, aller vers soi, vers les autres, vers son Dieu, et risquer
une parole de bonheur, contre toutes les évidences du malheur.
Risquer une parole de faiblesse, contre toutes les revendications
de la loi du plus fort.
Risquer un geste de paix, contre le cercle infernal de la violence,
Risquer un geste de justice, fusse au coeur de l'injustice la plus
extrême.
Oui, risquer une vie à contresens, à contre courant,
une vie insensée, mais “ n 'avons-nous jamais eu d'autre
chois, qu'entre une parole folle et une parole vaine ? ”4 (C. Bobin)
Alors notre vie ne sera plus une symphonie tragique, mais l'ouverture,
le premier mouvement d'une symphonie contre le tragique, qu'il nous
appartient d'interpréter, ensemble, chacun selon son pupitre,
sa partition, son instrument, sa vocation.
Une parabole, pour finir :
L'homme n'est-il pas comme un aveugle, enfermé dans une maison
verrouillée ?
A sa disposition, il trouve nourriture, amour et jeux. Mais il étouffe.
Car le voilà réduit à lui-même. Que viennent
la maladie, la querelle, l'ennui ou le deuil, alors surgissent l'angoisse
et le désespoir. Une seule constatation :
Cela est tragique, cela est absurde. Et c'est la suite sans fin des
pourquoi...
Survient une voix :
- Va ouvrir la fenêtre.
- Elle est par-là : laisse toi guider.
Si d'aventure l'homme prête attention à cette voix, il
peut parvenir jusqu'à elle.
S'il écoute les conseils de la voix, ses recommandations, il
peut parvenir à l'ouvrir.
Alors il sentira le vent sur son visage.
Alors, même aveugle, il sentira la chaleur de la lumière
sur ses yeux clos.
Il sentira l'odeur de la rosée sur la fleur. Et plus rien ne
sera jamais comme avant.
Peut-être même pourra-t-il se mettre en chemin vers la
porte, à laquelle frappe son Dieu ?
Jean-François
Breyne
1. In Des contresens du bonheur, ou l'implacable lucidité
de Qohéleth, Edition du Moulin, 1998, Poliez-le-Grand (Suisse),
p. 73.
2. In Les symboles du Judaïsme, Editions Assouline, p. 28-30.
3. In Cent prières possibles, Editions Cana, 1988, p. 9.
4. In L'homme qui marche, Le temps qu'il fait, 1995, p. 34.
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Salut, l'Église !
Petit conte pour le Temps de la
Passion
“ Quand, au sommet de la côte et au pied de l'arbre solitaire
où il avait souvent médité Xavier revit le clocher
du vieux temple, il s 'écria : Salut, l'Église, et il
se sentit enfin à la maison... ”
Et lui vinrent, après tant de périples et de péripéties,
ces quelques réflexions qu'il ne pouvait plus contenir et qu'il
allait partager avec son ami d'enfance.
Dans l'Église, point de salut !
Il fallait bien, une fois, en finir avec la célèbre
formule de saint Cyprien “ Hors de l'Église point de salut
” et en prendre le contre-pied.
Il avait trop souffert de voir sa chère Église protestante,
même loin des abus de Rome, glisser dans les mêmes travers
: une institution qui se prend pour le centre, sinon du monde du moins
de la société, des clercs qui deviennent des hommes d'appareil,
un retour à peine masqué vers des doctrines dépassées
et érigées en règles de foi incontournables, une
bureaucratie fière de son équipement électronique,
une liturgie à faire fuir le malheureux en quête de spiritualité,
et ce balancement vertigineux entre la condamnation sans appel d'une
humanité pécheresse certes mais surtout désespérée
et l'effort inefficace d'une adaptation aux moeurs et aux idées
du temps.
Il avait donc, comme tant d'autres, pris ses distances, cherché
ailleurs, souvent interrompu sa quête, dégagé son
esprit des carcans théologiques, tenté de guérir
son coeur des traumatismes moralisateurs, et s'était laissé
prendre d'une authentique passion pour l'Homme, à défaut
de s'abandonner à la passion pour Dieu : car une conviction étrange
et douloureuse s'était emparée de lui : dans l'Église,
point de salut !
Sans l'Église, point de salut !
Un jour pourtant, dans une région qui avait inspiré
à Rousseau ses rêveries d'un promeneur solitaire, il avait
quitté la route principale, s'était engagé dans
un chemin qui semblait ne mener nulle part, ou rejoindre éventuellement
le lac et s'était retrouvé sur une petite place, entre
des maisons dont la glycine embaumait le charme d'une architecture sombre,
aux angles de grès jaunes... Des femmes revétues de bleu
indigo, une coiffe simple retenant leurs cheuveux allaient et venaient,
croisant des passants comme lui, ou des personnes qui semblaient être
des hôtes, et sur les visages on voyait un sourire discret qui
parlait d'hospitalité offerte et reçue. Au fond de la
cour, à droite d'une fontaine, se dressait un édifice
de bois foncé, qui ne pouvait être qu'une grange ; sous
un auvent on voyait un escalier. Une cloche sonna, il suivit les gens
qui gravissaient et une fois la porte franchie, il fut saisi par l'ambiance
de douceur et de recueillement que produisaient quelques fentes de verre
de couleur tombant sur les bancs, sur une table ornée de deux
bougies et sur une ou deux icônes...
Des chants s'élevèrent, on pouvait ou non y joindre
sa voix, un texte fut lu, et le silence en était le seul commentaire,
chacun pouvait ainsi le méditer...
Le voyant seul et nouveau-venu, il le pria de partager un repas pris
en musique et sans paroles.
Une femme, connue ailleurs et retrouvée ici, que les épreuves
avaient conduite aux portes du désespoir, lui apprit que cette
Communauté ne se contentait pas de louer le Seigneur au fil des
jours et des heures, mais pratiquait un accueil et un accompagnement
personnel auprès de ceux et de celles qui cherchaient.
Et ces deux dimensions, de l'adoration et de la compassion, n'empêchaient
pas qu'on entende, au cours des offices, des pensées qui rejoignaient
le vaste monde et ses souffrances, des prières pour les servantes
et les serviteurs de Dieu, et aussi, dans le local de la réception,
des pétitions aux forts et aux puissants en faveur de leurs victimes.
Le sanctuaire s'appelait l'Arche et Xavier comprit que, loin d'emporter,
comme celle de Noé, une minorité d'élus méprisant
les perdus, cette Nef transportait les souffrants et les espérants
vers le Royaume, que le gouvernail en était la prière,
qu'on n'y embarquait pas seulement sur les rives de ce lac... Passagers
d'une telle croisière, on réalisait que, véritablement
: “ Sans l'Église, point de salut ! ”
Malgré I'Eglise, le salut !
Il reprit son bâton de pèlerin et son cheminement le
ramena dans le pays de son enfance.
L'Église venait de traverser une crise dont elle était
à la fois victime et responsable ; dans deux régions où
les relations entre les églises et l'État étaient
pourtant fort différentes - l'une séparée devant
compter sur les contributions des fidèles, de moins en moins
nombreux et généreux, et l'autre subventionnée
mais contrainte par les pouvoirs publics à des restrictions budgétaires
drastiques - les autorités ecclésiastiques avaient mis
en oeuvre des restructurations considérables, bouleversé
la géographie paroissiale, augmenté les ministères
spécialisés, créé des départements
d'investigation ou d'administration nécessitant de nouveaux responsables
et soumis les laïcs et les clercs à des réunions,
des questionnaires et des évaluations sans fin... Les rapports
et les statistiques pullulaient, la presse, toujours avide de sensation,
se plaisait à signaler le mécontentement des fidèles,
le malaise des pasteurs.
Mais en parcourant les villages, devant les affiches et les bulletins
paroissiaux, en sonnant à la porte d'un presbytère ami,
en recevant la visite, non annoncee mais bienvenue, du pasteur de son
quartier, en apprenant que, renouant avec une tradition ancestrale,
une Semaine de jeûne allait être organisée pendant
le carême, en lisant une affiche proposant une soirée de
mobilisation contre la guerre et en faveur de la paix, en entendant
raconter une marche oecuménique régionale, de bourg en
bourg, réunissant catholiques, réformés et évangéliques,
il reprenait courage et confiance...
Il lisait des ouvrages sérieux et accessibles, sur les aspects
les plus divers de la spiritualité et de la piété,
qui ne négligeaient jamais les ressources des sciences humaines,
mais sans tomber sous leur hégémonie.
Sachant que non seulement en ce lieu visité au bord d'un lac,
mais en plusieurs régions étaient ouvertes des communautés
et des maisons de prière, de réflexion, de solidarité
et d'engagement au service du monde, Xavier sut qu'il retrouvait ce
qu'il avait cru perdu, fit le serment de ne plus jamais s'arrêter
au banc des moqueurs, de ne quitter les désabusés qu'après
leur avoir raconté un peu de ses espoirs retrouvés et
de rechercher la compagnie des êtres où la bonne volonté
humaine avait rendez-vous avec la bienveillance divine.
“ Sur la colline, il s 'assit, sortit de son sac un morceau de
pain et une petite gourde de vin, remercia, but et mangea et, entouré
de tous les visages que dessinaient pour lui les nuage, il se dit que
dans l'Église, sans l'Église, malgré l'église,
et peut-être même hors de l'Église le salut était
au bout de la main que Dieu lui tendait. ”
Jean-Jacques
Maison
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Paganismes... judaismes... christianismes... islam... sectes...
“ Dieu dit qu'il y ait des
luminaires... qu'ils servent de signes, tant pour les fêtes que
pour les jours et les années... les luminaires et les étoiles.
”
(Gen. 1/14-16. - Trad. TOB. C'est moi qui souligne...)
Depuis les origines les humains ont regardé à cette
grande horloge céleste (ils n'en avaient pas d'autre). Et ils
ont noté qu'il n'y avait pas que les jours et les nuits, mais
aussi les “ fêtes ”, hebdomadaires et mensuelles et
les années... pas seulement le soleil et la lune, mais aussi
les étoiles.
Le jour de l'arrivée du printemps, le soleil est au “
point vernal ” : il se projette (actuellement) dans la constellation
des poissons. Très lentement au fil des ans ce point vernal se
déplace en sens inverse du soleil, une rotation sur l'ecliptique
d'environ 27 000 ans ; c'est la “ précession des équinoxes.
”
Or voici ce que l'on peut constater du point de vue histoire des religions...
est-ce coïncidences ? : au temps de Moise le point vernal était
passé dans la constellation du bélier, ayant quitté
celle du taureau. Dans le temps précédant c'était
l'époque marquée dans le monde méditerranéen
par les mythes et rites du “ boeuf Apis ” (dont on dit que
des traces subsistent encore dans les rites de la tauromachie). Depuis
Abraham (Gen 22/13) s'étaient instaurés les rites de sacrifice
du bélier (ou du bouc, ou de l'agneau... quelques variantes,
selon aussi les diverses traductions des termes anciens). De temps plus
anciens encore (le point vernal met donc environ 2 300 ans à
passer d'une des douze constellations de l'équateur céleste
dans la précédente) le point vernal était dans
la constellation des gémeaux... et bien des civilisations gardaient
des mythes concernant des jumeaux (Castor et Pollux, Romulus et Rémus...
faut-il ajouter Esaü et Jacob) et même des rites de sacrifices
humains.
Les évolutions accompagnant cette “ précession
” sont, elles aussi, très lentes, et marquées par
des résistances aux changements: exemple Aaron tentant avec le
“ veau ” d'or de retourner en arrière devant un avenir
inconnu donc inquiétant. Moïse a réussi à
maintenir le peuple dans la marche en avant.
Au temps de Jésus le point vernal était passé
de la constellation du bélier à celle des poissons. Encore
coïncidences ? Début du IVe Évangile (Jean 2) Jésus
abolit les sacrifices ; après il ne pourra plus y en avoir d'autres
(Hébreux : “ une fois pour toutes ”) et pourtant on
a continué et 1'on continue de parler sacrifices (dans les guerres...
les kamikazes... et aussi la peine de mort où rôde toujours
l'idée d'expiation !) Fin du IVe Évangile : (Jean 21)
le signe des poissons. Se rappeler aussi qu'en grec les lettres du mot
“ poisson ” (ICHTUS) ont été lues comme l'anagramme
de Jésus, Christ, de Dieu le Fils, Sauveur.
Vint ensuite l'Islam. Ne peut-on se demander (avec précautions,
pour ne pas risquer de Fatwas radicales...) si Mahomet n'aurait pas
réussi là où aron avait échoué :
revenir en arrière, au sacrifice du mouton... ? reprenant aussi
le calendrier lunaire. D'où sans doute bien des comportements
rétrogrades en bien des domaines.
Et maintenant ? Le point vernal termine (dans plusieurs dizaines d'années)
son passage dans les Poissons, et s'apprête à entrer dans
le Verseau... Et déjà des sectes s'emparent de cela en
se disant “ enfants du Verseau ”. Relisons cependant Jean
4 : “ celui qui boira l'eau que je lui donnerai... cette eau deviendra
en lui une source jaillissant pour la vie éternelle. ”
Que les outrances sectaires ne nous empêchent pas de recevoir
le message ; en retenant aussi l'importante note de la TOB sur le terme
“ vie éternelle ” : “ le terme grec ainsi traduit
faute de mieux ne précise pas tellement la durée (indéfinie)
de cette vie, mais plutôt sa qualité profonde ”
Théodore Monod répétait “ ce n'est pas que
le christianisme ait échoué, c'est qu'on ne l'a pas essayé
”. Il reste aux chrétiens de travailler et hâter un
temps où chaque être humain pourra recevoir et transmettre,
comme un vrai “ verse-eau ”, cette eau qui étanche
toute soif et permet de vivre cette qualité particulière
de vie, et la transmettre au monde. Cela sans s'accrocher à des
mythes et rites qui ont à être dépassés pour
être vraiment “ accomplis ”, sans nostalgie de vains
retours en arrière. Peut-on aussi rêver que cette perspective
devienne réellement universelle, sans particularismes religieux
institutionnels... d'où sans doute l'importance des orientations
“ libérales ”, dans toutes les religions.
Jean-Louis Richard
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sommaire du N°
Dans le monde des religions
LES EGLISES CHRETIENNES ET L'IRAK
Les responsables religieux des USA
appellent le président George W. Bush à la prudence.
Quarante et un hauts responables des grandes Églises protestantes
des USA ont demandé à rencontrer le Président
(avant qu'il ne se décide). Une délégation conduite
par Robert Edgar, secrétaire général du Conseil
National des Eglises des USA, a été reçue en
Irak, en début d'année 2003. Comme représentant
des Églises, Robert Edgar continue ses démarches auprès
du Président.
Il lui a écrit : “ L'intégrité morale
des USA est en jeu. Il vous faut freiner cette course à la
guerre ”.
Les fidèles des grandes Églises traditionnelles se
mobilisent pour une vaste pétition. Par milliers (ils espèrent
des centaines de milliers) ils adressent de petits sacs de plastique
fermés avec du riz cru (une demi-tasse) sous enveloppe affranchie
à 1,11 $ (3 timbres à 0,37) adressée à
la Maison Blanche (1600 Pennsylvenia Ave. Washington 20500). Une lettre
accompagne l'envoi portant cette citation : “ Si ton ennemi a
faim, donne lui à manger ” (Rom. 12/20). Une pareille
campagne avait eu du succès auprès du Président
Eisenhower dans les années 1950.
Les Églises chrétiennes d'Europe et bien des organisations
dont la Fédération protestante de France, s'élèvent
aussi contre un recours à la guerre avant qu'on ait épuisé
toutes les autres solutions.
MUSÉE VIRTUEL DU PROTESTANTISME FRANCAIS
La Fondation Bersier et Meromedia
viennent de lancer le 9 janvier 2003, le Musée d'histoire du
protestantisme français sur internet, en partenariat scientifique
avec la Société de l'histoire du protestantisme français.
Ce musée virtuel du protestantisme français vient gratuiment
au devant de l'immense public des usagers d'internet. Il n'en est
qu'à ses début et son avenir est prometteur.
Son site comporte trois bâtiments : le premier, siècles
retrace l'histoire du protestantisme français. Actuellement,
seuls les XVIe et XIXe siècle sont opérationnels. Les
conseils scientifiques sont : pour le XVIe siècle, Bernard
Cottret, pour les XVIIe et XVIIe siècle, Marianne Carbonnier-Burckard,
et André Encrevé pour les XIXe et XXe siècles.
Le second bâtiment abrite les grands thèmes du protestantisme
: ses lieux de mémoire et sa présence actuelle dans
les regions de Franoe. Le troisième bâtiment présente
les objets de collection, les oeuvres, et une galerie de portraits.
Nous sommes enchantés par la qualité et la beauté
de ce musée virtuel dans la présentation qui nous en
été faite ce 9 Janvier, mais avons aussi pris une vive
conscience que nous n'en sommes qu'à un début. Je suis
sûr que l'existence prometteuse de ce site internet suscitera
de nombreuses contributions qui 1'enrichiront rapidement pour répondre
aux demandes d'information que produira l'accès du public au
musée de l'histoire du protestantisme sur Internet.
La Fondation Eugène Bersier, 1, rue Denis Poisson - 75017
PARIS, tout près de l'Église Réformée
de l'Étoile fondée par le Pasteur Eugène Bersier
à la fin du XIXe siècle, a uni ses ressources à
l'association multimédia pour faire connaître le protestantisme
français dans le monde de la communication et du Multimédia.
Paul Lienhardt
ANGLETERRE, FERMETURE D'ÉGLISES
En raison de la situation financière
tendue de l'Église anglicane, de nombreuses paroisses n'ont
plus les moyens d'entretenir leurs édifices religieux. Plus
d'un millier d'églises sont menacées de fermeture, ces
dix prochaines années en Angleterre, parmi lesquelles de nombreuses
églises datant du Moyen Age et de l'ère victorienne.
DANS LE MONDE, ESSOR PENTECÔTISTE
Les pentecôtistes représentent
500 millions de chrétiens dans le monde. Soit autant que les
membres de toutes les Églises non catholiques romaines, c'est-à-dire
les luthériens, les réformés, les baptistes et
les orthodoxes réunis. Interviewé par le mensuel évangélique
l'Avènement, le théologien suisse Walter Hollenweger,
spécialiste du mouvement pentecôtiste, affirme que l'essor
de ces Églises est tel dans le monde que d'ici une génération,
il y aura davantage de pentecôtistes que de catholiques.
FRANCE, LES PREMIERS DIVORCÉS DU PACS
Depuis novembre 1999, 65000 pactes
civils de solidarité (PACS), ont été signés
en France. Pour la première fois depuis son lancement, le ministère
de la justice a fourni la statistique des dissolutions. On dénombrait,
fin septembre 2002, 4635 ruptures de PACS, soit 5,5 % des partenariats
enregistrés. Il faut noter que le tassement annoncé
du nombre de contrats ne se produit pas. En 2002, plus de 22500 PACS
auront été conclus (19632 en 2001).
LE GOUVERNEMENT ENVISAGE DE FINANCER LES MOSQUÉES
Au départ, la demande d'une
modification de la loi de séparation des Églises et
de l'État émane des protestants. Le 6 décembre,
la Fédération protestante de France (FPF) a remis à
Jean-Pierre Raffarin un dossier dans lequel elle propose de “
rajeunir ” ce texte.
“ La Fédération protestante a toujours été
très attachée à la laïcité et à
la loi de 1905, déclare en préambule Jean-Arnold de
Clermont, son président. Mais force est de constater qu'au
fil des ans, dans la pratique, il est devenu difficile pour le associations
cultuelles protestantes de s'accorder avec le différentes réglementations.
”
Lorsque l'Assemblée décrète la séparation
entre les Église et l'Etat, en 1905, les protestants acceptent
la nouvelle donne, les catholiques la refusent. Pour éviter
un confli avec les “ papistes ”, le gouvernement vote en
1907 et l908 des “ lois ad hoc pour eux ”, résume
Jean Baubérot, spécialiste de la laïcité
et président de l'École pratique des hautes études.
L'État prend en charge les édifices catholiques existants,
les entretient, et les met gratuitement à la disposition des
fidèles, ce qui sera moins systématiquement le cas de
temples. Depuis les années 70, les prêtres disposent
d'un régime de Sécurité sociale et de retraite
très avantageux, qui leur est indirectement réservé,
puisque le texte prévoit qu'il faut être célibataire
pour en bénéficier, ce qui exclut les pasteurs.
Enfin, comme le prévoyait la loi, les églises protestantes
se sont constituées, dès 1905, en associations cultuelles.
Les paroisses catholiques, elles, l'ayant refusé, n'ont aucune
réalité juridique. Mais les textes interdisant aux associations
cultuelles de recevoir des subventions, les protestants se trouvent
une fois encore lésés. “ Du coup, on a un principe
d'égalité formelle, mais pas réelle, entre les
cultes. Et c'est cette disparité que la Fédération
protestante de France met en avant ”. explique Jean Baubérot.
Outre une modification du régime social des ministres du
culte, la FPF réclame un assouplissement des possibilités
de subvention des associations cultuelles. “ Ces propositions
pourraient d'ailleurs bénéficier à d'autres religions
”, plaide-t-elle.
Et notamment aux musulmans.
Fonds étrangers. Aujourd'hui, ces derniers disposent d'un
nombre insuffisant de lieux de culte. Mais comme ils n'ont pas les
moyens de combler ce retard, et que l'État ne peut pas officiellement
les y aider, les musulmans font appel à des fonds étrangers.
La Ligue islamique mondiale, organisation financée par l'Arabie
Saoudite, dont le but est de propager l'islam à travers le
monde, a contribué à la construction de la mosquée
d'Evry. Le roi Fahd d'Arabie Saoudite à celle de Lyon. Pour
pouvoir aider les musulmans, les pouvoirs publics ont toutefois bricolé
une série de “ subterfuges tirés d'interprétations
abusives du droit de l'urbanisme ”.
Les baux emphytéotiques permettent ainsi aux communes d'accorder
aux associations musulmanes, pour 99 ans et un loyer symbolique, la
jouissance du terrain sur lequel a été construit l'édifice
culturel.
Autre “ astuce ” : garantir les emprunts contractés
pour l'édification de la mosquée, subventionner les
locaux à vocation éducatives et cultuelles attenants
- et qui bénéficient, eux, de la loi de 1901 sur les
associations -, prendre en charge les réparations.
EUROPE, CROYANCES
Évolution de la situation
religieuse des pays d'Europe de l'Ouest sur 18 ans : selon un sondage
récent, 2 % des Français se déclarent protestants,
pour 36 % la religion est très ou assez importante, 51 % estiment
que les Églises apportent surtout une réponse aux besoins
spirituels, 56 % croient en un Dieu, 18 % à l'enfer, 28 % au
paradis, 25 % à la réincarnation.
Impression dominante en Europe : recul du christianisme mais ce
recul n'est plus général (surtout depuis10 ans) et c'est
au contraire la progression qui l'emporte chez les jeunes, en l'occurrence
les 18-19 ans.
L'ARMÉE DU SALUT REFUSE 100 000 $
L'Armée du Salut de la Floride
a refusé une donation de 100 000 dollars, parce qu'elle provenait
d'un gain de loterie. Insistant sur les méfaits des jeux d'argent,
l'officier des salutistes a retourné le chèque, expliquant
qu'il ne pouvait accepter de l'argent provenant d'une pratique non
conforme à ses convictions. Le donateur, qui à 71 ans
a gagné à la loterie 14,3 millions de dollars (après
impôt), a déclaré respecter la décision
de l'Armée du Salut, sans pour autant la comprendre.
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sommaire du N°
Livres
JE CROIS MAIS PARFOIS AUTREMENT. Paul ABELA, Editions l'Harmattan
(Paris décembre 2002), 148 pages - 13,5 x 21,5 - 14 e.
Celui qui veut savoir ce qu'est le
“ christianisme libéral ” trouvera dans ce petit
livre un remarquable résumé de la foi exprimé
dans un langage simple et actuel. L'auteur explique “ ce qu'il
ne croit plus ” (trinité, mythes sur Jésus et Marie,
péché originel, crédos archaïques). Il affirme
“ comment je crois ” (le Dieu de Jésus, la fragilité
de Dieu, pain et vin, vie éternelle) Ce croyant sincère
et courageux (ingénieur et économiste dans diverses
entreprises, puis au Bureau international du travail) fait partager
son itinéraire spirituel et sa découverte d'un pluralisme
généreux. Il réclame une réforme des formulations
traditionnelles du christianisme. Cet ouvrage répond à
notre attente d'une exposition claire de ce que beaucoup pensent tout
bas et n'osent exprimer. Ce catholique dit sa reconnaissance à
l'égard de Maurice Zundel et Marcel Legaut.
Christian Mazel
POURQUOI JEANNE D'ARC ? - Eliane Le Rolland-Lenoir - En vente chez
l'auteur (Goult 84220, Tél. 04 90 72 21 37), 159 pages 16x24.
Livre illustré de nombreux
dessins pittoresques et de photos. Cet ouvrage renouvelle hardiment
les traditions folkloriques sur “ la Pucelle d'Orléans
”. Les recherches sérieuses mettent en questions bien
des affirmations légendaires : bergère inculte (elle
serait la fille d'Isabeau de Bavière, bâtarde d'Orléans
donc de famille royale), son âge (un peu plus agée qu'on
le dit), son éducation (bien plus soignée qu'annoncée),
le voyage à Chinon (où elle est reçue comme pair
par toute la noblesse), ce que disent “ les voix ” reste
un secret que la Pucelle ne veut pas dévoiler (avec don de
mediumnité ?), le Procès de Poitiers (et les preuves
de sa virginité et peut-être de sa gynandrie), les honneurs
dont Jeanne est comblée et ses relations avec les grands, Jehanne
chef de guerre reconnue, son appartenance au mouvement franciscain
qui explique bien des soutiens. Jehanne a-t-elle été
brûlée sur le bûcher à Rouen ? Les anomalies
du procès de réhabilitation laissent bien des zones
d'ombres. Mais “ grande dame qui mérite tout notre admiration
”. Excellente galerie biographique des personnages de cette époque.
Christian Mazel
JANSENISME ET PURITANISME - Bernard et Monique Cottret et Marie-José
Michel, Edition Nolin (99, rue de Sèvres Paris Juin 2002), 239
pages - 16,5x22,5 - 24 e.
Sur le sujet “ Jansénisme
et puritanisme ” un savant colloque s'est tenu aux Granges de
Port-Royal des Champs en septembre 2001. Des historiens spécialistes
apportent chacun une contribution de grande qualité sur les
rapports des deux formes du rigorisme européen au XVIIe siècle
qui s'ignorent. Les relations de l'École janséniste
avec le protestantisme font l'objet d'études précises.
Pourquoi cette hostilité de Port-Royal à l'égard
de la Réforme ? Liens, convergences (prédestination
et grâce) différences et oppositions, théologies
et situations historiques sont présentés. Ouvrage de
référence sur les recherches actuelles : Hubert Bost,
A. Chazalviel, Bernard Cottret, Monique Cottret, Liliane Crété,
T. Gheeraert, J. Gres-Gayer, C. Haigh, Marie-José Michel, J-L.
Quantin, C. Tournu, F. Vanhoorne. Illustration : gravures allégoriques
provenant de la Bibliothèque Nationale.
Christian Mazel
ELIE L'IMPULSIF (Et pourtant, à chacun sa place) - Daniel
BACH, Editions du Moulin Diffusion en France Desclée de Brouwer
(Malakoff 0l 46 56 26 93), 75 pages -12,5x18 - 9,91 e.
Le portrait du prophète du
IXe s. av. JC ressort de cette étude (1 Rois 17-19, et NT)
inattendu et très actuel. Ce commentaire du texte biblique
relève la complexité du texte et ses contradictions,
mais aussi il montre la permanence des questions relatives à
l'inspiration des témoins de Dieu. La découverte du
caractère de “ l'homme de Dieu ” n'est pas seulement
l'impossibilité de chercher Dieu dans les éléments
de la nature (Carmel, Horeb). Il est dans l'acte d'amour envers la
veuve de Sarepta (l'étrangère).
Lecture facile d'un commentaire riche de remarques sur ce texte
de la Bible : comment savoir si l'inspiration est vraiment de Dieu
? “ Chacun de nous a sa place offerte dans son projet de vie
”.
Christian Mazel
UN ANGE PASSE (sept lieux spiritituels) - Gabriel de Montmollin,
Editions Labor et Fides (Diffusion en France et Belgique Sofedis Paris),
304 pages - 15x15 - Nov. 2002 - 20 e.
Dans le cadre de l'Exposition nationale
suisse (mai-oct. 2002) au bord du lac de Morat, sept “ lieux
” de présentation de la spritualité étaient
proposés aux regards et à la méditation du million
de visiteurs. Des artistes et des architectes invitent à la
reflexion sur des concepts tels que : le Mystère, l'Au-delà,
la Bonne nouvelle, les Relations, la Parole, la Bénédiction
et la Création. Ce livre en 7 chapitres avec 225 photos très
originales, surprenantes et hautement symboliques offre aussi un commentaire
explicatif qui permet la rencontre entre l'art contemporain et la
théologie chrétienne. Ce livre d'images et de textes
invite à une pensée nouvelle des rapports de la religion
et de la culture. Effort étonnant de l'insertion de la foi
dans la recherche des réalités spirituelles. “
Un ange passe ” est le thème de cette présentation
avec un renouvellement qui frappe l'imagination.
Christian Mazel
L'ARC EN CIEL DES RELIGIONS (Conflits et défis) - Jean Dumas,
Editions Labor et Fides (diffusion en France Sofedis Paris), 208 pages
- 11x21 - 19 e.
Ce petit livre expose le cheminement
spirituel et théologique d'un pasteur accédant à
la retraite après un ministère dans la Drôme,
puis en milieu minier du Nord. Au début marqué par Karl
Barth et Bonhoeffer, il évolue par suite de son expérience
pastorale, de ses rencontres avec les bouddhistes, sa participation
à la Conférence Mondiale des religions pour la Paix.
En fin de parcours contestant l'exclusivité du salut par le
Christ, il reconnait la valeur de toutes les religions pour “
guérir les souffrances du monde ”. La dialogue seul peut
joindre actions humanitaires et spiritualité authentique.
Christian Mazel
QU'EST-CE QU'UNE VIE RÉUSSIE ? - Luc Ferry, Grasset 2002 -
487 pages.
Le dernier livre écrit par
L. Ferry avant qu'il ne devienne ministre. On appréciera la
rigueur de l'exposé, la fermeté de l'écriture,
l'immense culture qui sous-tend cet ouvrage, qui se veut une nouvelle
approche de la question du bonheur. Les grandes articulations se présentent
comme suit :
- Une réflexion sur Nietzsche dont l'auteur a une connaissance
profonde, loin de tout conformisme ;
- La sagesse des anciens (greco-latins) ; l'exposé des doctrines
stoïciennes est remarquable ;
- La prise en main de cet héritage par les penseurs chrétiens
du temps ;
- Enfin la proposition d'une doctrine humaniste du salut : La singularisation
de nos existences, contre tout sectarisme, tout dogmatisme, en intégrant
l'apport “ grandiose ” (p. 475) de Hegel, le critère
nietzschéen de l'intensité, l'exigence pasalienne de
l'amour, bref, une spiritualité laïque qui se veut une
sotériologie, une doctrine de salut : “ Qu'est-ce qu'une
vie réussie ? Peut être tout simplement une vie qui accroche
aux yeux des hommes, cette grandeur et cette lumière dont parle
Hugo ” P. 481 ; Hugo Booz endormi. Mais un chrétien de
culture modeste peut toujours, lui, s'appuyer sur 2 Corinthiens :
“ Mort, où est ta victoire ? ”. On sent le souffle
personnaliste de Mounnier. On souhaite à ce livre bien des
lecteurs.
Jean Georgelin
DIEU A LA CROISEE DE NOS QUESTIONS (L'évangile de Jean témoigne),
- Anne Maillard, Editions du Moulin (Poliez le. Grand.Suisse) Diffuseur
en France Desclée de Brouwer (Malakoff 92240), 91 pages - 12,5x18
- 10,37 e.
On croyait pouvoir se passer de Dieu.
Mais il reparait dans nos questions :
Dieu est-il cause de nos maladies, infirmités, mort. Est-il
le grand Magicien chargé du bonheur universel ? Avons-nous
des preuves de ses interventions ? A quoi sert-il ? A travers les
récits commentés de l'évangile de Jean, l'auteur
fait découvrir un Dieu qui s'intéresse à ce qui
nous arrive et se donne à nous dans l'existence très
humaine de Jésus : la culpabilité des parents d'un infirme
de naissance, la foule avide de sécurité exprime son
besoin de bonheur, les soeurs devant un frère mort. Nous ne
pouvons faire 1'économie d'une démarche personnelle.
L'évangile de Jean (écrit pour une communauté
petite et ébranlée par les objections extérieures)
invite au dialogue. Nouvelle brochure de cette excellente collection
accessible à tous ceux qui cherchent.
Christian Mazel
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sommaire du N°
Humour
Un pasteur, nouvellement arrivé
dans son Église, a été sollicité pour procéder
à un service d'ensevelissement dans un village sis à une
quinzaine de kilomètres.
- Quand on est sorti du temple, m'a-t-il raconté, toute l'assemblée
a suivi le corbillard pour aller au cimetière. Je m'étais
joint à la famille et nous marchions en tête, juste derrière
le corbillard. Ce n'était pas un fourgon automobile comme aujourd'hui,
mais une charrette à cheval, dont le plateau nu portait un poteau
à chaque coin. Et ces poteaux soutenaient une espèce de
toit à large rebord peint en noir. Or, voici ce que i'ai vu écrit
sur le rebord noir du toit de la charrette aux morts :
JE SUIS LA
J'étais sidéré et plutôt perplexe. Bien
sûr qu'il était là. Mais pourquoi semblait-il nécessaire
à ce village qu'un défunt affirme post mortem qu'il était
bien dans ce cercueil ? Ce ne pouvait pas être une facétie
d'un sceptique pour affirmer que quand on est mort on est bien mort
: plus on est sceptique, plus on respecte les morts, c'est bien connu.
Ce n'est qu'après la fin du service que j'ai compris, m'a dit
mon ami, en faisant le tour du corbillard. Sur les quatre côtés
du large rebord du toit étaient inscrites, à la suite,
ces paroles de l'Evangile de Jean 11/25 :
JESUS A DIT - JE SUIS LA - RESURRECTION - ET LA VIE
Daniel Lys
Merci de soutenir Évangile & liberté
en vous abonnant :)
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