articles du N° 166 - Mai 2003
( sommaire
)
Éditorial : Ce journal : pour quoi faire ?
Des publications naissent. D'autres
meurent. Internet avec ses moyens mondialement disponibles, présente
des facilités pour s'informer et consulter.
Pourquoi maintenir ce journal ?
.
La forme “ libérale ” de la tradition de l'Évangile
a été affirmée de façon éclatante
aux XIXe et XXe siècles : vivre la foi chrétienne dans
le contexte et l'expression de l'époque, s'affranchir constamment
des scléroses des répétions faciles, refuser de
suivre aveuglément les consensus du temps, croire Jésus
vivant en nous et au milieu de nous pour inspirer de nouvelles aventures.
Les manques d'adaptation jalonnent l'histoire. Dans Constantinople,
capitale du christianisme, assiégée par les Turcs musulmans
(1453), les théologiens discutaient du sexe des anges. A-t-on
beaucoup évolué ?
.
On nous demande souvent : existe-t-il, à l'heure actuelle des
Églises franchement libérales dans telle ou telle région
de France ? Une grande ouverture d'esprit s'est faite au sein des églises
chrétiennes depuis 2 ou 3 générations (interprétation
de la Bible, activités sociales, prédication, publications,
synodes, conciles)
Pour l'Église réformée de France, par exemple,
le mouvement depuis sa fondation en 1938 (communautés de professants
et multitudinistes, orthodoxes en théologie et libéraux,
socialement citadines ou rurales ou universitaires) a été
dans le sens d'un nivellement et de la standardisation des Églises.
On tend vers la possibilité de nommer tout pasteur dans toute
église ou fonction. Dans l'Église catholique, après
Vatican 2, une génération de jeunes prêtres et certains
séminaires sont marqués par un renouveau intégriste.
.
Pour nous la liberté est un but et une méthode.
Mais dépassant les cercles des institutions ecclésiastiques
et religieuses, en France et en Europe, un nombre important de laïcs
et de responsables, de théologiens et d'agnostiques veulent maintenir
sans cesse un refus d'accepter les consensus successifs des modes des
époques, et une recherche délibérée de liberté
de pensée. Ils réclament une indépendance à
l'égard des “ ecclésiastiquement corrects ”.
Les moutons de Panurge ont mal fini. L'unanimisme détruit la
réflexion personnelle.
Les privations de la liberté de parole et d'expression ne nous
paraissent pas une attitude “ libérale ”. Les échanges
d'opinions sont un enrichissement pour tous. Les propagandes politiques
et économiques à sens unique - déguisées
ou non - abusent de la crédulité et violent les consciences.
Les recherches doivent être équilibrées.
.
La présentation sous forme d'imprimé d'“ Évangile
et Liberté ” paraît plus attrayante que la seule inscription
sur l'écran d'Internet.
Telle m'apparaît notre raison d'exister.
Christian Mazel
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Textes divers
Réflexions sur le risque
Rire, c'est risquer de paraître
idiot.
Pleurer, c'est risquer de paraître sentimental.
Aller vers quelqu'un, c'est risquer de s'engager.
Exposer ses sentiments, c'est risquer d'exposer son moi profond.
Présenter ses idées, ses rêves à la foule,
c'est risquer de les perdre.
Aimer, c'est risquer de mourir.
Vivre, c'est risquer de mourir.
Espérer, c'est risquer de désespérer.
Essayer, c'est risquer d'échouer.
Mais il faut prendre des risques, car le plus grand danger dans la
vie,
c'est de ne rien risquer du tout.
Celui qui ne risque rien ne fait rien, n'est rien.
Il peut éviter la souffrance et la tristesse, mais il n'apprend
rien,
ne ressent rien, ne peut ni changer ni se développer, ne peut
ni
aimer ni vivre.
Enchaîné par sa certitude, il devient esclave, il abandonne
sa liberté.
Seuls ceux qui risquent sont libres.
Margaret Mead,
“ Echanges ” - Aube
Rencontrer l'ennemi
Ne pense pas trop vite que ton ennemi
est un ennemi de Dieu,
juste parce qu'il est ton ennemi.
Peut-être est-il ton ennemi précisément
parce qu'il ne trouve en toi rien qui donne gloire à Dieu.
Peut-être te craint-il,
parce qu'il ne trouve en toi rien de l'amour de Dieu
et de la bonté de Dieu
et de la patience de Dieu
et de la compassion et de la compréhension envers les faiblesses
humaines.
Ne condamne pas trop vite celui qui ne croit plus en Dieu,
car c'est peut-être ta propre dureté et ton avarice,
ta médiocrité et ton matérialisme,
ta sensualité et ton égoïsme qui ont tué
sa foi.
Thomas Merton
New Seeds of Contemplation,
WW Norton & Company, revised edition, 1974. Trad. MS
La liberté
La liberté n'est pas un résultat.
Elle est une tension,
un vouloir, un devenir,
une création permanente.
On n'est jamais libre :
on se libère.
La liberté fait de nous
des hommes de combat :
des échecs, des victoires,
de grands élans généreux,
d'immenses lassitudes ;
tantôt des cris de joie
et tantôt des sanglots.
Jacques Leclercq
Prends le temps
Prends le temps de penser, c'est la
source de toute force.
Prends le temps de jouer, c'est la source de l'éternelle jeunesse.
Prends le temps de prier, c'est la plus grande qualité du cœur.
Prends le temps d'aimer et d'être aimé, c'est un don
rare.
Prends le temps de l'amitié, c'est la route du bonheur.
Prends le temps de rire, c'est la musique de l'âme.
Prends le temps de lire, c'est l'école du savoir.
Prends le temps de donner, c'est trop court un jour pour être
égoïste. Prends le temps de travailler, c'est le prix du
succès.
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Histoire et mémoire,
Le lien avec le passé
En 1933, exilé d'Allemagne
par les nazis, Paul Tillich s'installe aux États-Unis. Il enseigne
la théologie à New York. Très vite il remarque
que les étudiants américains n'ont pas la même relation
avec le passé que les européens. Pour ces derniers, le
passé avait une dimension existentielle, il faisait partie de
leur être ou de leur existence ; il les imprégnait, les
pénétrait, les remuait. Pour les américains, au
contraire, le passé représentait un objet extérieur
qu'ils étudiaient avec intérêt, mais qui n'était
pas élément constitutif de leur vie et de leur identité.
Ils le connaissaient aussi bien - ou aussi mal - que les Européens,
mais avaient avec lui un rapport objectif, et non un lien personnel.
Ne pensons pas qu'il y ait là une supériorité ou
un privilège des Européens. Bien au contraire, la mémoire
personnelle ou collective déguise, déforme. Berdiaeff
disait qu'elle “ transfigure ” ; en fait elle défigure
en bien et en mal. Elle nous donne une image du passé certes
vivante, mais en grande partie illusoire.
L' histoire contre la mémoire
Contrairement à ce qu'on dit souvent, le savoir de l'historien
n'entretient pas la mémoire. Au contraire, il la déconstruit,
il la renverse et nous “ dépossède ” de notre
passé, comme l'écrit le sociologue Fernand Dumont, pour
nous le restituer changé, devenu autre et en partie étranger.
Je suis issu d'une famille de souche huguenote et résolument
républicaine. J'ai été élevé dans
l'admiration des camisards et de la Révolution française.
J'ai vécu des événements importants et intenses,
enfant durant la deuxième guerre mondiale, et jeune homme durant
la guerre d'Algérie. Le travail des historiens m'a délivré
des légendes qu'on m'avait transmises et de celles qu'en toute
sincérité, je m'étais forgées à partir
de mes impressions et de mes perceptions de naguère. II m'a fait
découvrir qu'on ne peut pas se fier aux souvenirs personnels,
familiaux ou communautaires. Un ami prêtre vendéen m'a
dit avoir fait la même expérience avec sa tradition chouanne
et royaliste.
L'histoire démontre impitoyablement les faiblesses, les déformations,
les erreurs et les insuffisances de la mémoire et de la tradition.
Savoir plutôt que se souvenir
On parle quelquefois de la réconciliation des mémoires
entre catholiques et protestants, entre français et algériens,
entre occidentaux et africains. Même si je suis sensible à
la générosité du propos, il ne me convainc pas.
Pour ma part, je souhaite que la mémoire cède la place
au savoir, et le savoir n'a pas besoin de réconciliation. Je
me méfie de la mémoire et de la tradition, car si on ne
les critique pas, elles étouffent, emprisonnent et abêtissent.
Les théologiens devraient en avoir conscience en pensant à
tout ce que leur ont apporté les historiens. En déconstruisant
les traditions, ecclésiastiques et bibliques, ils ont favorisé
la vérité, ils ont aidé à l'émergence
d'une foi authentique et actuelle.
N'ayons pas peur de dire que la Bible raconte une histoire fabriquée,
artificielle, mais qui a permis à la foi de s'exprimer. N'hésitons
pas à dire que les dogmes formulent le message évangélique
dans le langage daté et révisable d'une culture qui n'est
plus la nôtre et qu'on leur donne une valeur indue quand on veut,
au nom de la tradition, les maintenir tels quels.
Il ne s'agit pas d'ignorer ou de mépriser ce qui nous vient
du passé, mais de ne pas l'abandonner à la mémoire
confuse et trompeuse de la tradition, et pour cela de le soumettre à
l'examen du savoir historique et à la critique de la réflexion.
Le devoir d'oublier
Le présent a besoin du passé, sans quoi il n'est qu'un
instant vide, sans contenu. Les oeuvres et les monuments que nous lèguent
nos prédécesseurs nous aident à vivre, à
penser et à sentir. La connaissance historique apparaît
indispensable à l'humanité.
L'humanité a également tout autant besoin d'oublier
et d'effacer. Il y a un devoir d'amnésie. Nous ne pouvons pas
conserver les vieilles haines, nourrir des rancoeurs ancestrales, maintenir
des préjugés séculaires, entretenir blessures et
animosités. “ La vie, écrit Tillich, utilise son
passé, et le combat en même temps ”. Heureusement,
français et allemands ont su dépasser leurs querelles
et s'entendre. Ils ne l'ont pas fait en camouflant le passé ou
en “ réconciliant ” artificiellement leurs mémoires
par quelques manipulations étranges, mais en transférant
le lien avec le passé de la mémoire à l'histoire.
Les chrétiens cultivent trop la mémoire et pas assez
l'histoire. Quand on lit les documents du Conseil oecuménique
ou de Vatican, on a l'impression de se promener dans une boutique d'antiquaires,
pas dans une maison habitée et vivante. Les Églises se
débattent avec un passé qui à la fois nourrit et
étouffe leur vie présente. Elles deviennent indigentes
quand elles rompent avec ce passé, comme le préconisaient
certaines idéologies révolutionnaires ou “ soixante-huitardes
”. Elles se paralysent quand elles donnent trop de poids à
la tradition, et s'efforcent de la maintenir. Elles ne doivent ressembler
ni à un voyageur sans bagage, ni à Enée traînant
sur son dos son père Anchise pendant que Troie brûle. Il
leur faut pratiquer, par le moyen de l'histoire, une relation avec le
passé qui leur permette de mesurer et d'évaluer précisément
leur héritage pour à la fois, le cultiver, le contester
et le transformer.
André
Gounelle
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Des ratés riches de promesses
Évangile selon Marc du chapitre 8 verset 27 au chapitre 9 verset
41
Ce qui est au coeur de ce long passage
c'est, une fois encore, la question de l'identité de Jésus.
“ Qui suis-je au dire des hommes ? ” (8/27) interroge-t-il.
Et aussitôt les réponses fusent de toutes parts : “
Jean-Baptiste, Elie, un des prophètes ” (8/28). Les disciples
semblent à l'aise pour donner des réponses préparées
par d'autres, pour se faire l'écho des attentes et des modes
religieuses du moment ou pour répéter les éléments
de leur catéchisme et de leur tradition. Jésus pourtant
ne paraît pas satisfait. Alors il interroge à nouveau :
“ Et vous qui dites-vous que je suis ? ” (8/29), réclamant
de chacun une démarche libre et responsable, un engagement qui
lui soit propre, dans ses mots, dans ses gestes et dans sa vie à
lui. Alors “ prenant la parole, Pierre lui répond : "Tu
es le Christ" ” (8/29). Nous pensons que Pierre donne une
belle et juste réponse. Pourtant Jésus demande à
ses disciples de garder le silence, comme s'il pressentait qu'un malentendu
est en train de s'installer. Et en effet, dans la suite du texte, ils
vont, par quatre fois au moins, tenir des propos qui manifestent leur
incompréhension.
La foi n'est pas une évasion
C'est d'abord Pierre qui, avec deux autres disciples, a accompagné
Jésus sur la montagne. Là, il a eu, la vision d'un monde
transformé. Les mots de ce passage évoquent ceux de la
Résurrection. Son espérance se réalise, il voit
se dessiner une autre vie possible. Et sa réaction immédiate,
c'est d'y demeurer : “ Il est bon que nous soyons ici ” dit-il
à Jésus, “ dressons trois tentes, une pour toi, une
pour Moise, une pour Elie ” (9/5). Tentation fréquente qui
consiste à vivre la relation avec Dieu à l'écart,
loin des bruits et des rumeurs du monde. A faire de la foi un refuge,
une évasion, un “ ailleurs ” qui ne prendrait pas à
bras le corps l'histoire douloureuse et l'humanité souffrante.
Or la suite va montrer que c'est au coeur du monde, tel qu'il est, et
non sur quelque sommet religieux, que la foi appelle à incarner
l'espérance. Ce n'est pas un hasard si l'on trouve, juste après
le récit de la Transfiguration, celui de l'enfant possédé.
Après la vision, sur la montagne, d'une humanité transformée,
voici le monde de la plaine avec son cortège de malheur et d'impuissance.
Après la grande promesse de renouvellement du monde, surgit le
scandale du mal : la souffrance d'un enfant possédé et
la détresse d'un père désespéré.
Après la vision d'un monde transfiguré voici celle d'une
vie défigurée.
La grâce seule
Au moment même où, sur la montagne, trois des disciples
voyaient se dessiner un monde nouveau, ceux qui sont restés dans
la plaine se montrent incapables d'en poser les signes en guérissant
l'enfant. Deuxième “ raté ” des disciples que,
même après coup, ils ne s'expliquent pas. Au point que
le soir, quand Jésus fut “ rentré à la maison
”, ils l'interrogent : “ Et nous, pourquoi n'avons-nous pas
pu chasser cet esprit ? ” (9/28). Et leur question est légitime.
En effet, plus tôt dans l'Evangile (6/7), Jésus les avait
bien institués pour chasser les démons, envoyés
en mission à cet effet et leur avait donné autorité
pour accomplir cette tâche. Alors, ils se croyaient sans doute
désormais propriétaires d'un pouvoir leur permettant d'agir
en l'absence de Jésus. Ils ont cru que la guérison, la
libération et le salut étaient entre leurs mains, au bout
de leurs méritoires efforts humains, alors qu'ils sont dans la
seule grâce de Dieu dont ils ne sont que les témoins.
“ Ce genre de démon répond Jésus, rien ne
peut le faire sortir que la prière ” (9/29). Ainsi les disciples
découvrent qu'en dehors de la communion avec Dieu, ils ne peuvent
rien faire ni dire de décisif.
Un messie crucifié
Mais ce nouveau “ raté ” des disciples apparemment
ne les trouble pas. Ils ne comprennent pas, ils ne guérissent
pas, mais ils parlent ! “ De quoi discutiez-vous en chemin ? ”
(9/33) demande Jésus. Dans un premier temps, les disciples “
se taisaient ” (9/34). Sans doute ne sont-ils pas très fiers
! En effet, après que Jésus leur ait dit que le “
Fils de l'Homme allait être livré aux mains des hommes
” (9/31), ils se sont querellés en chemin “ pour savoir
qui était le plus grand ” (9/34). Ainsi Jésus leur
parle de sa croix, il leur parle des souffrances qui attendent ceux
qui le suivent. Et eux rêvent de grandeur, de notabilité,
se disputant déjà une supériorité sur les
autres. Terrible tentation qui consiste à transformer la mission
que Dieu donne en instrument de pouvoir et de domination sur les autres.
Les Eglises y ont succombé au cours de leur histoire. Et elles
rêvent encore parfois aujourd'hui d'influence voire d'hégémonie.
Sans oublier la montée inquiétante des intégrismes
et des fanatismes. Or Jésus brise ici toutes nos images de Dieu.
En Christ, il se révèle non dans la force et la domination
mais dans l'abaissement d'un Messie crucifié.
La Bonne nouvelle est pour tout le monde
Et pourtant cela n'empêchera pas les disciples de s'opposer
à “ un homme qui guérit en son nom ” (9/38),
c'est-à-dire qui réussit là où ils ont échoué,
simplement parce qu'il ne fait pas partie de leur groupe. Quatrième
“ raté ” des disciples qui prétendent confisquer
le Christ et faire main basse sur la Bonne Nouvelle. C'est déjà
l'Eglise officielle incapable de reconnaître le Christ à
l'oeuvre en dehors d'elle. Eglise préoccupée de ses frontières
et de ses prérogatives. Eglise qui s'approprie la Parole et qui
refuse de la recevoir de l'autre différent. Alors, au sujet de
cet homme qu'ils veulent écarter, Jésus dit à ses
disciples “ Ne l'empêchez pas, car il n'y a personne qui
fasse un miracle en mon nom et puisse, aussitôt après,
mal parler de moi ”. (9/39) Et par ces mots, il leur rappelle que
la puissance de l'Evangile échappe à toutes les organisations
ecclésiales. Aucune Eglise n'est propriétaire du Christ,
aucune n'a le monopole de la vérité, même lorsqu'elle
le prétend, surtout lorsqu'elle le prétend. Aux marges
des Eglises visibles et en dehors d'elles, des hommes et des femmes
sont en communion secrète avec le Christ, vivent de sa Parole,
s'engagent en son nom. Ne les appelons pas trop vite l'Eglise, essayons
plutôt d'être du même chemin.
Michel
Bertrand
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Sauvés par la seule grâce de Dieu : questions au “
sola gratia ”
La doctrine du salut par la seule
grâce (sola gratia) de Dieu domine la pensée protestante
des origines de la Réforme à nos jours. C'est chez Paul
que Luther en a trouvé l'expression et les fondements et, plus
particulièrement, dans l'Epître aux Romains. Ce livre biblique
est devenu pour les protestants un cinquième évangile,
pour ne pas dire le premier. Luther écrit : “ Ceux qui montrent
le plus et le mieux comment la foi en Christ seule justifie, sont les
meilleurs évangélistes. C'est pourquoi les épîtres
de saint Paul sont bien plus un Evangile que Matthieu, Marc et Luc.
Car ces derniers ne décrivent pas beaucoup plus que l'histoire
des oeuvres et des signes miraculeux du Christ. Mais la grâce
que nous avons par Christ, personne ne la décrit aussi bien que
saint Paul, spécialement dans l'Épître aux Romains1.
”
L'affirmation de la grâce
n'est pas un discours aisé et consensuel
mais une parole dérangeante
et difficile à admettre.
Lectures catholiques, lectures protestantes
On trouvera dans des ouvrages catholiques romains des pages affirmant
de manière très forte la réalité du sola
gratia. Mais chez les catholiques, le sola gratia constitue un chapitre
parmi les autres et ne les modifie pas ; chez les protestants, ce chapitre
est le premier, une introduction dont tout le reste dépend et
le marque en profondeur. Ainsi, de même que le salut est un don
de Dieu et non pas une oeuvre humaine, de même l'Eglise n'est
pas d'abord une institution humaine, mais un événement
de la seule Parole de Dieu et de sa grâce. Le culte n'est pas
d'abord le rassemblement d'une communauté qui adore Dieu et lui
rend gloire, mais un appel premier que la Parole de Dieu nous adresse.
La cène n'est pas un sacrifice que nous pourrions offrir à
Dieu, mais un don qu'il nous offre en Jésus-Christ. De même
pour le baptême signe d'un don premier de Dieu. D'où le
fait qu'a l'heure actuelle les liturgies de baptême invitent à
procéder au baptême proprement dit avant que soient pris
d'éventuels engagements ou prononcées des promesses, de
telle manière qu'ils ne paraissent pas conditionner la grâce
et lui être un préalable. La fameuse déclaration
commune de la Fédération luthérienne mondiale et
de l'Eglise catholique romaine à propos de la doctrine de la
justification est explicite à ce sujet ; elle insiste en effet
nettement sur le fait que nous ne tirons pas les mêmes conséquences
du sola gratia, ni ne l'interprétons donc de la même manière2.
Gare aux christianismes doucereux !
Cela dit, il me paraît nécessaire aujourd'hui d'interroger
les protestants au sujet de ce sola gratia. Les mots “ grâce
” et “ amour ” deviennent souvent des termes frelatés
et faciles conduisant à une pensée doucereuse insistant
sur la “ tendresse ” de Dieu. On parle à leur sujet
de manière trop exclusive, du sourire de Dieu, non seulement
en oubliant de s'expliquer sur les passages bibliques évoquant
le jugement divin, mais en faisant comme si ces mots pouvaient être
prononcés sans référence au péché.
Je me rappelle aussi une leçon de catéchisme où
j'exposais l'idée qui m'est chère d'un salut universel
et à laquelle tous les jeunes ont aussitôt adhéré.
Mais quand je leur posai la question suivante : “ Alors, dans la
vie éternelle, Albert Schweitzer et Adolf Hitler auront exactement
le même sort ? ” , tous se récrièrent. Il faut
assumer, soutenir et ne pas esquiver le caractère proprement
scandaleux de la grâce. C'est ce que fait Jésus en racontant
la parabole des ouvriers de la dernière heure, en montrant, dans
la parabole de l'enfant prodigue, l'indignation du fils aîné
qui se sent bel et bien victime d'une injustice. L'affirmation de la
grâce n'est pas un discours aisé et consensuel, mais une
parole dérangeante et difficile à admettre. “ Vois-tu
d'un mauvais oeil que je sois bon ? ” (Mt 20.15), demande le propriétaire
de la vigne aux ouvriers qui protestent. Oui, beaucoup de gens voient
d'un mauvais oeil que Dieu soit bon ainsi ; aussi paradoxal que cela
puisse paraître, cette bonté n'est pas si facile que cela
à admettre.
Il y a une autre manière de dire la grâce qui revient
à la proclamer comme si les oeuvres ne comptaient pas. En fait,
nos actions ne sont plus celles de la loi, mais de la foi. Nous ne sommes
pas libérés par les oeuvres, mais pour elles. “ Nous,
nous aimons, parce que lui, le premier, nous a aimés ” 1
Jean 4.19. Il reste vrai que nous sommes toujours tentés d'aimer
pour que Dieu nous aime.
La Bible n'est pas univoque
Il faut également reconnaître que, concernant le sola
gratia, le message biblique est beaucoup moins univoque qu'on le prétend
souvent. Il y a là une très grande complexité des
textes et de leurs interprétations. J'ai décidé
de relire, durant une année, toute la Bible en faisant comme
si j'étais catholique romain. Je dois dire que j'ai été
stupéfait. J'y ai trouvé beaucoup plus de textes parlant
d'oeuvres et de mérites, de récompenses accordées
par Dieu avant ou après la mort, que de pages proclamant le sola
gratia. Les protestants ont eu tort de penser qu'il suffisait de distribuer
la Bible pour convertir à leur cause les catholiques romains,
comme s'ils étaient dans l'ignorance ou, alors, de mauvaise foi.
Cela est vrai aussi bien pour l'Ancien Testament que pour le Nouveau.
Et l'on sait que Luther aurait bien aimé retirer, par exemple,
l'épître de Jacques du corpus biblique. Mais il y a bien
des passages qu'il estimait suspects : “ Ce qui n'enseigne pas
le Christ n'est pas apostolique. Cela fût-il enseigné par
Pierre ou Paul. A l'inverse, ce qui prêche le Christ est apostolique,
même si ce sont Judas, Anne, Pilate ou Hérode qui le font.
” (Préface, Epître de Jacques) Le sola gratia correspond
à une interprétation protestante de toute la Bible, à
une grille de lecture dont il semble difficile de prétendre qu'elle
est la seule possible.
Une prédication chrétienne
doit nous redonner confiance, courage, élan.
La grâce, ce sera dire
que si Dieu, en Jésus, partage notre condition,
alors nous valons mieux
et nous pouvons plus que ce que nous pensions.
Un message encore actuel ?
Mais l'interpellation critique adressée à une certaine
manière de proclamer la grâce me parait aujourd'hui résider
encore ailleurs. Il y a eu, incontestablement, aux origines du protestantisme,
un effet libérateur du sola gratia, et cela dans une société
très fortement encore marquée par le christianisme et
terrorisée par la peur de l'enfer. Mais aujourd'hui ? La majorité
de nos contemporains croisés ici ou là, dans la rue ou
ailleurs, est-elle vraiment accaparée par une telle angoisse
? Où réside alors pour elle le caractère libérateur
de la grâce ? Quant aux croyants, qui sont convaincus que le salut
ne dépend pas d'eux, que sert-il alors de leur en parler encore
? Croire au salut par la grâce, ne serait-ce pas être totalement
libéré de cette question au point de n'y plus penser et
de n'en plus parler ?
Il y a un certain radicalisme dans la prédication du sola gratia
qui revient finalement à dire que Dieu est tout et que l'homme
n'est rien. Est-ce correctement entendre la grâce que de penser
les choses ainsi ? Déjà, dans L'essence du christianisme,
Ludwig Feuerbach s'en prend à cette idée en dénonçant
l'aliénation religieuse. Luther est d'ailleurs l'auteur qu'il
cite le plus souvent dans son ouvrage. Feuerbach écrit alors
que “ l'homme affirme en Dieu ce qu'il nie en lui-même3 ”.
Le christianisme ainsi compris n'est-il pas démobilisateur ?
Est-ce à une telle démission que doit conduire le sola
gratia ? Un mémoire de maîtrise, dont j'assurais la direction,
du pasteur Etienne Berthommier a été consacré,
à la Faculté de théologie protestante de Paris,
il y a quelques années, à l'analyse d'une année
de prédications données sur France culture le dimanche
matin à la radio. Une des conclusions, frappante, de ce travail
relevait le “ pessimisme foncier sur le monde et sur l'homme ”
qui se dégageait de cet ensemble. Ce pessimisme-là est-il
libérateur ou accablant ? Est-il encore fidèle au sola
gratia bien compris ?
Il faut également reconnaître que,
concernant le sola gratia,
le message biblique est beaucoup moins univoque
qu'on le prétend souvent.
Il y a là une très grande complexité des textes
et de leurs interprétations.
L'homme, une espérance de Dieu.
A l'heure actuelle, l'homme n'a pas besoin d'une grâce qui ajoute
à notre accablement. Après deux guerre mondiales, après
la shoah, devant l'horreur de la faim dans le monde, du sang à
la une, faut-il en plus s'entendre dire chaque dimanche dans nos temples
“ tu n'es rien, tu ne peux rien ” ? La grâce ainsi prêchée
devient culpabilisante, traumatisante et aboutit à l'effet inverse
de celui auquel, libératrice, elle conduisait naguère.
Une prédication chrétienne doit nous redonner confiance,
courage, élan. La grâce, ce sera dire que si Dieu, en Jésus,
partage notre condition, alors nous valons mieux et nous pouvons plus
que ce que nous pensions. L'humain est possible. “ L'homme est
une espérance de Dieu ” (Charles Wagner) et non pas seulement
Dieu est une espérance de l'homme. L'humain nous est ainsi montré,
promis, destiné en Jésus-Christ. Notre existence chrétienne
n'est pas le fruit d'une grâce qui nous conduit à la passivité,
mais à un enthousiasme, un dynamisme créateur répondant
à celui de Dieu pour nous. II y a une parole de Jésus,
dans l'évangile de Jean (14 : 12) que l'on aurait depuis longtemps
trouvé totalement hérétique si elle ne se trouvait
là et à lui attribuée : “ Celui qui croit
en moi fera, lui aussi, les oeuvres que je fais, il en fera même
de plus grandes parce-que je vais au Père. ”
Laurent
Gagnebin
1. Cité par G.EBELING, Luther, Genève, Labor et Fides,
1983, p. 113. Voir à ce sujet : M. LUTHER, Préface du
Nouveau Testament, dans Oeuvres, t. III, Genève, Labor et Fides,
1964, p. 259-260.
2. Voir à ce sujet : Positions luthériennes, 1997
/ 3, p. 250, 267, 268, 282.
3. L. FEUERBACH, L'essence du christianisme, Paris, François
Maspero, 1979, p. 144. Voir aussi la p. 143 à ce sujet.
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“ L'idolâtrie de la race n'est-elle pas une hérésie
ouverte ? ”
Les historiens n'ont pas voulu
manquer l'ouverture des archives “ allemandes ” du pontificat
de Pie XI, le15 février, et, dès le mercredi 19, le
Corriere della Sera publiait un document important : la lettre écrite
le12 avril 1933 par Édith Stein à Pie XI pour lui demander
de dénoncer publiquement ce qui se passait en Allemagne où
Hitler n'avait pourtant obtenu les pleins pouvoirs que le 23 mars.
On connaissait l'existence de cette lettre, sans que personne, en
dehors du Vatican, ne l'ait lue. Quelques mois après, chassée
de son emploi de professeur, elle entrera au carmel de Cologne, devra
partir aux Pays-Bas où elle sera arrêtée comme
juive en 1942 pour mourir à Auschwitz. Elle a été
béatifiée en 1987, canonisée en 1998.
“ Saint-Père !
Comme fille du peuple juif, qui par la grâce de Dieu est depuis
onze ans fille de l'Église catholique, j'ose exprimer au Père
de la chrétienté ce qui préoccupe des millions
d'Allemands. Depuis des semaines, nous sommes spectateurs, en Allemagne,
d'événements qui montrent un total mépris de la
justice et de l'humanité, pour ne pas parler de l'amour du prochain.
Depuis des années, les chefs du national-socialisme ont prêché
la haine contre les juifs. Maintenant qu'ils ont obtenu le pouvoir et
armé leurs fidèles - parmi lesquels figurent des éléments
criminels connus - ils recueillent le fruit de la haine qu'ils ont semée.
Les défections du parti qui détenait le gouvernement
jusqu'à il y a peu, finissaient pas être admises mais il
est impossible de se faire une idée de leur nombre tant l'opinion
publique est bâillonnée. De ce que je peux juger moi-même,
sur la base de mes rapports personnels, il ne s'agit pas du tout de
cas isolés. Sous la pression des voix venues de l'extérieur,
ils sont passés à des méthodes plus “ douces
” et ont donné l'ordre qu'on “ ne touche un cheveu
à aucun juif ”.
Ce boycottage - qui nie aux personnes la possibilité de développer
une activité économique, la dignité de citoyen
et la patrie - a poussé beaucoup de gens au suicide : cinq cas
ont été portés à ma connaissance dans mon
seul entourage.
Je suis convaincue qu'il s'agit d'un phénomène général
qui provoquera beaucoup d'autres victimes. On peut penser que les malheureux
n'auront pas eu assez de force morale pour supporter leur destin. Mais
si la responsabilité retombe en grande partie sur ceux qui les
ont poussés à un tel geste, elle retombe aussi sur ceux
qui se taisent.
Tout ce qui est arrivé et ce qui arrive quotidiennement vient
d'un gouvernement qui se définit “ chrétien ”.
Non seulement les juifs, mais aussi des milliers de fidèles catholiques
de l'Allemagne - et je pense, du monde entier - attendent depuis des
semaines et espèrent que l'Église du Christ fasse entendre
sa voix contre un tel abus du nom du Christ.
L'idolâtrie de la race et du pouvoir de l'État, avec
laquelle la radio martèle quotidiennement les masses, n'est-elle
pas une hérésie ouverte ? Cette guerre d'extermination
contre le sang juif n'est-elle pas un outrage à la très
sainte humanité de notre Sauveur, de la bienheureuse Vierge et
des Apôtres ?
N'est-ce pas en opposition absolue avec le comportement de Notre-Seigneur
et Rédempteur, qui, même sur la croix, priait pour ses
persécuteurs ? Et n'est-ce pas une tache noire sur l'histoire
de cette Année sainte qui aurait dû devenir l'année
de la paix et de réconciliation ?
Nous tous qui regardons la situation allemande actuelle comme enfants
fidèles de l'Église, nous craignons le pire pour l'image
mondiale de l'Église elle-même si le silence se prolonge
ultérieurement. Nous sommes aussi convaincus que ce silence ne
peut à la longue obtenir la paix de l'actuel gouvernement allemand.
La guerre contre le catholicisme se développe en sourdine et
avec des moyens moins brutaux que contre le judaïsme, mais pas
moins systématiquement. Il ne se passera pas beaucoup de temps
avant qu'aucun catholique ne puisse plus avoir un emploi à moins
qu'il ne se soumette sans conditions au nouveau courant.
Aux pieds de Votre Sainteté, demandant la bénédiction
apostolique. ”
Édith Stein
Extrait de Oecuménisme-Informations / 334 : Avril 2003
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sommaire du N°
Bruits
Tous les bruits qui nous entourent
font beaucoup moins de tapage
que nous-mêmes.
Le vrai bruit,
c'est l'écho que les choses ont en nous.
Ce n'est pas de parler
qui rompt forcément le silence.
Le silence
est la place de la parole de Dieu.
Et si, lorsque nous parlons,
nous nous bornons à répéter cette parole
nous ne cessons pas de nous taire.
M. Delbrel
Je crois
L'Esprit est Dieu.
L'Amour est Dieu.
La Lumière est Dieu.
II est source de vie.
II règne et conduit l'Univers.
II accompagne ma destinée de chaque instant auquel il donne
un sens.
Je crois en Jésus, personne à la fois incluse dans l'histoire
et supérieure à elle.
II s'est désigné comme le Fils de l'Homme
et nous reconnaissons en lui le vrai Fils de Dieu.
II a prêché au-delà des croyances de son époque,
une foi ouverte à tous les temps et à tous les hommes
: la confiance au Père.
II a offert sa vie en signe d'une vie autre,
laquelle pour nous ne s'épanouiera jamais entièrement
sur cette terre,
mais peut cependant, pour chacun, commencer tout de suite.
II est mort sur une Croix, mais a bientôt surgi victorieux dans
la foi des hommes.
II vit pour nous plus intensément que les vivants.
II éclaire notre route et notre action quotidienne.
Par son Esprit nous participons à la grande communion des morts
et des vivants,
et à l'oeuvre du Dieu d'Amour pour sauver le monde
et “ créer la nouvelle Terre ” ou la justice habite.
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sommaire du N°
Exposition Chagall, au Grand Palais, Paris, jusqu'au 23 juin 2003
Nous pénétrons dans
le monde de la couleur. Le rouge et le vert, le jaune, le violet brillent.
Manifestement, Chagall a aimé Gauguin, Matisse, qui ne reproduisaient
pas les couleurs de la nature, comme les impressionnistes s'y efforçaient,
mais jouaient avec leurs tubes de peinture, à la manière
des expressionnistes allemands pour exprimer leurs états d'âme,
leur monde intérieur.
Chagall c'est aussi, et je veux m'y attarder un peu, le monde surnaturel,
le monde du miracle, de la poésie. Les personnages volent dans
le ciel comme des oiseaux. Au-dessus des toits, on rencontre un couple
d'amoureux, un violoniste, des hommes, des femmes, des chevaux (un cheval
rouge), des vaches, un coq, un âne, une pendule, un ange, un bouquet,
un acrobate, la Torah... En l'air tout est possible, un monde nouveau
surgit.
On voit la terre d'en haut. Vitebsk, en Russie, petit monde juif,
pauvre mais sans misère, village souriant et paisible. La terre
de France aussi, tourmentée par les nazis. Et tous les petits
personnages de notre monde, gens sans importance, que Chagall colorie
et transcende, qu'il nous montre tranquilles et sans contrainte dans
un monde qui connaît pourtant la misère, la persécution,
l'angoisse, la guerre.
C'est la terre vue du ciel, dans l'ambiance de tendresse et de douceur
qui ne saurait manquer d'y régner. Le monde que voit Chagall
est réel mais il est idéal. C'est ainsi que seront les
choses quand le Messie viendra. Mais où, en attendant, le Christ,
il est vrai est crucifié.
Chagall représente souvent le Christ crucifié. Ses amis
juifs le lui ont reproché comme s'il trahissait sa religion.
Mais Chagall ne croit pas en un Dieu fait homme, une 2e personne de
la Trinité, un sacrifice expiatoire. II est tout à fait
juif. Très croyant, très pieux, grand lecteur de la Bible.
II peint le crucifié comme prototype de l'homme souffrant, pour
représenter tous ceux qui meurent. Pourtant, ce n'est pas la
haine ou la discorde qu'il peint, le péché ou l'angoisse.
C'est la tendresse, la réconciliation, l'espérance, la
joie de la foi. C'est le monde de Dieu.
La journaliste Elisabeth Lebovici n'y a rien compris, lorsqu'elle
écrit dans “ Libération ” du 14 mars : “
on connaît les motifs désespérément pieux
: couples en lévitation, violonistes sur le toit, animaux malicieux,
mariées en blanc et christ en croix, bondieuseries baignant dans
le bleu Chagall... ”
Pourtant, Chagall a dit : “ Malgré les difficultés
de notre monde, je n'ai jamais renoncé en mon for intérieur
à l'amour dans lequel j'ai été élevé,
pas plus qu'à l'espoir de l'homme dans l'amour. Comme sur la
palette d'un peintre, il n'y a dans notre vie qu'une seule couleur qui
donne un sens à la vie et à l'art, la couleur de l'amour
”. (cité par Jacob Baal-Teshuva dans “ Chagall ”,
éd. Taschen).
Chagall est venu à Paris en 1910 comme Modigliani, comme van
Dongen, comme Soutine. Les “ Fauves ” exposaient au Salon
d'automne et faisaient scandale avec leur couleurs violentes.
II y avait aussi Picasso, Brancusi, Juan Gris, Mondrian, Foujita.
II se rencontraient à Montparnasse, ils logeaient à la
“ Ruche ”, parce que c'était bon marché, ancien
pavillon de l'Exposition universelle, devenu logement pour les artistes.
Jeunes peintres qui refaisaient le monde dans la liberté et l'esprit
de création qu'ils trouvaient à Paris. On les a appelés
plus tard les peintres de “ l'École de Paris ”.
Ils avaient repris les couleurs fortes et contrastées des Fauves,
mais ils les adoucissaient et leurs tableaux qui reflétaient
certes la misère du monde étaient marqués, comme
ceux de Chagall, d'une grande douceur qui fait leur charme. L'image
de l'homme qu'ils nous donnent, chacun à sa manière, et
nous avons vu Modigliani récemment au musée du Luxembourg,
est émouvante et sensible.
Lorsque, artiste reconnu, Chagall se verra chargé par André
Malraux, alors ministre de la Culture, de peindre le plafond de l'Opéra
de Paris, il s'écriera, en repensant à cette fraternité
de Montparnasse désormais lointaine : “ Nos rêves
secrets n'ont besoin que d'amour. J'y ai travaillé de toutes
mes forces et c'est avec gratitude que j'offre cette oeuvre à
la France et à son École de Paris sans lesquelles il n'y
aurait pas de couleur, pas de liberté ” (op. cit).
Chagall était explicitement croyant et son amour pour la Bible
est évident. Le lecteur de la Bible que je suis ne peut pas s'empêcher
de penser que les autres peintres de la Ruche, de l'École de
Paris, étaient animés par la présence secrète
du même Esprit divin, incognito certes, qui inspirait Chagall.
Modigliani dans sa douceur, aurait-il été à l'aise
en écoutant Jésus dire le Sermon sur la Montagne, ainsi
que Soutine dans sa détresse et son angoisse, en entendant Jésus
clamer “ venez à moi vous qui êtes fatigués
et chargés et je vous donnerai du repos pour âmes ”.
Vous penserez en regardant les tableaux de Chagall, ses crucifixions
et ses représentations des malheurs de Vitebsk ou de l'Allemagne
nazie, qu'il était proche du terrible Soutine. Et Jésus
qui acceptait le parfum de Marie Madeleine aurait-il désavoué
van Dongen qui comprenait si bien les femmes, aimait tant les peindre
belles, sans pour autant se priver de manifester dans ses peintures
une sourde réprobation pour leur conduite. Chagall, lui, ne les
représentait qu'en douces amoureuses.
Compassion, joie, fraternité, amour, douceur, rêve, transcendance,
présence de Dieu. Le visiteur se demandera devant les toiles
de Chagall s'il est digne de pénétrer dans ce monde, s'il
est capable de laisser monter ce souffle en son coeur.
Gilles
Castelnau
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sommaire du N°
Choix de livres
“ QUAND MEME ... ” - Emile MIHIERE, 137 pages - 21 x 30
Edité par l'auteur (Chemin St-Michel, Impasse des Tourterelles,
13400 Aubagne - Tél. 04 42 84 91 69).
Notre ami Emile Mihière qui
a “ bourlingué de Suisse à St-Nazaire, de Marseille
à Paris, en mission en Afrique ”, n'a jamais caché
ses engagements pour la liberté des peuples et sa quête
d'humanité. Il publie une quarantaine de textes qu'il a écrits
au cours de sa vie pour “ Evangile et Liberté ”,
“ Ensemble ”, l'“ Union Pacifiste de France ”.
On retrouve avec plaisir son dynamisme qui,par fidélité
à l'Evangile, bouscule des conventions sociales, les injustices,
les violences, les scléroses et les habitudes. Ceux qui aiment
la fougue, la totale sincérité et la chaleur amicale
du pasteur (aujourd'hui à la retraite à Aubagne) peuvent
lui écrire di-rectement pour avoir sa brochure illustrée.
Christian Mazel
L'INCROYANCE. UNE CHANCE POUR LA FOI ? - Arnaud Corbic - Editions
Labor et Fides (Diffusion en France : COFEDIS Paris) - Fév. 2003,
100 pages - 15x22,5 - 16 euros.
Qu'est-ce que l'incroyance ? l'athéisme
? l'irreligieux ? l'antithéisme ? l'agnosticisme ? L'indifférence
religieuse est-elle un désintérêt à l'égard
de Dieu ? Dans notre monde et notre culture “ sans Dieu ”
il convient d'“ écouter ” et de “ comprendre
” avec soin ces questions qui nous concernent tous. Corbin inscrit
sa recherche dans un dialogue pénétrant avec Feuerbach,
Marx, Freud, Nietzsche, Camus, Sartre. L'incroyance et la foi chrétienne
sont-elles fondamentalement antagonistes ? Dans cet essai “ idoloclaste
” l'auteur reprend les positions du théologien Dietrich
Bonhoeffer (résistant allemand et prophète) qui affirme
avec force que l'incroyance en matière “ religieuse ”
est une aide à éliminer le superflu pour aller à
l'essentiel. Le christianisme doit retrouver le caractère “
non-religieux ” du Christ : vivre “ devant Dieu et avec
Dieu, sans Dieu ”. La dynamique de la grâce transcende
les frontières politiques, culturelles et religieuses. Arnaud
Corbin est franciscain.
Christian Mazel
PEUT-ON APPRENDRE A ETRE HEUREUX ? Lytta Basset, Pascal Bruckner,
Sylvie Germain, André Gounelle, Marek Halter, Alain Houziaux,
Daniel Sibony,... Ed. Albin Michel, 280 pages 15,5x23,5 - 18 euros.
Ce livre donne les conférences
et les échanges présentés au Temple de l'Etoile
à Paris, sous la direction du pasteur Alain Houziaux. Ces études
et ces dialogues sont remarquables pour la profondeur et la clarté
des exposés. Très accessibles à tous ils offrent
une immense richesse de réflexions à lire à tête
reposée sans les problèmes de sonorisation. Ces interventions
brèves et variées par des personnalités de premier
plan et compétentes abordent 8 questions essentielles : Peut-on
tirer profit de ses échecs ? (J. Arnould, Ysé Tardan-Masquelier)
; La souffrance a-t-elle un sens ? (Guy Coq, S. Germain) ; Peut-on
apprendre à être heureux ? (Pascal Bruckner, I. Graesslé)
: La foi peut-elle aider à vivre ? (E. Drewermann, J-Y. Leloup)
; Faut-il avoir peur de ses émotions ? (La croix, F. Bizot,
A. Gounelle) ; Comment vivre quand on n'a plus d'espoir ? (Lytta Basset)
; Peut-on apprendre à accepter les autres ? (H. Auque, D. Sibony,
Marek Halter) ; Peut-on apprendre à s'aimer soi-même
? (Bernard Besret, P-L. Assoun, J-P. Guétry).
Christian Mazel
LA RESURRECTION DE JESUS (croire et comprendre) - Gaston Deluz, Editions
Labor et Fides ; Diffusion France et Belgique Sofedis Paris, 146 pages
- 15x22,5 - 21 euros.
J'ai lu d'un trait ce livre. Il résume
bien les travaux récents publiés sur la résurrection
de Jésus : exégétiques, psychologiques, sociologiques,comportementaux
en réalités religieuses. L'apôtre Paul sur le
chemin de Damas (Actes des Apôtres) et dans ses épîtres
(en particulier 1 Corinthiens 15) situe sa “ vision ” au
même plan que celles des évangiles. Les récits
des 4 évangiles sont contradictoires entre eux et peu crédibles
: tombeau vide, Jérusalem ou Galillée, personnages visités,
actions de ceux-ci, paroles échangées, témoignages
ou silence des femmes, temps des apparitions immédiats ou lointains...
L'événement historique est l'événement
spirituel qui s'est réalisé dans le coeur de l'apôtre
Paul, des amis et amies et nous-mêmes. Deluz réhabilite
la “ vision ” qui ne doit pas être entendue comme
une extase ou une névrose, mais comme une compréhension
(“ je vois ”). L'Esprit de Dieu (du Christ ou Saint Esprit)
agit dans le coeur des disciples et des croyants pour rendre sensible
cette présence de ceux qui l'aiment. Il faut évacuer
de notre imagination les images d'un Christ triomphant. Pâques
et Pentecôte sont à mettre en relation comme manifestations
de l'Esprit. Des anecdotes émaillent 1'étude biblique.
Christian Mazel
QUERELLES FONDATRICES (Eglises des premiers temps et d'aujourd'hui)
- François VOUGA, Editions Labor et Fides, Genève (Diffusion
en France et Belgique, SOFEDIS, Paris), 102 pages - 15x22,5 - 16 euros.
Les premières communautés
chrétiennes étaient éclatées et traversées
de courants opposés. Les divergences entre les familles chrétiennes
d'aujourd'hui (catholique, protestante et orthodoxe) n'ont rien d'une
dégradation d'une supposée unité première.
Elles s'inscrivent dans le droit à la différence : continuité
de foi et succession apostolique, universalisme et pluralisme, élection
et prédestination, contemporanéité de 1'Eglise
avec le Dieu tout-autre.
François Vouga, professeur à Bielefeld en Allemagne,
écrit une bonne étude théologique que conclut
Gérard Delteil.
Christian Mazel
UN FEMINISME SOUS TUTELLE (Les protestantes françaises 1810-1960)
- Geneviève POUJOL, Editions de Paris (Max Chaleil) - 54, rue
des Saints-Pères - 75007 Paris - Tél. 01 45 44 l6 22 -
Fax. 01 42 84 19 79 - 2003, 288 pages 16x24 - 23 euros.
Geneviève Poujol, sociologue
et militante sociale, nous livre son énorme travail de recherche.
Voici une excellente histoire de l'émancipation des femmes
au sein des Eglises protestantes au cours du XIX° et du XX°
siècles. Au milieu du XIX°s, les femmes protestantes s'affirment
avec les actions philanthropiques puis dans des mouvements sociaux
: U.C.J.F., Eclaireuses FFE et Eclaireuses unionistes, Christianisme
social, Cimade, Mouvement Jeunes Femmes, Planning Familial. L'originalité
des femmes protestantes est présenté au milieu du courant
féministe. Pour s'affranchir de la tutelle masculine et des
résistances face â l'autonomie des organisations féminines,
des femmes durent faire preuve de beaucoup d'énergie et de
persévérance. Parmi les 475 femmes citées, le
livre présente la notice biographique de 112 protestantes françaises.
Geneviève Poujol retrace avec perspicacité et compétence
une analyse du protestantisme français dans ses générations
récentes.
Christian Mazel
DIEU A LA CROISEE DE NOS QUESTIONS (L'évangile de Jean témoigne)
- Anne Maillard, Ed. du Moulin (Poliez le Grand.Suisse) - Diffuseur
en France Desclée de Brouwer (Malakoff 92240), 91 pages - 12,5x18
- 10,37 euros.
On croyait pouvoir se passer de Dieu.
Mais il reparaît dans nos questions : Dieu est-il cause de nos
maladies, infirmités, mort ? Est-il le grand Magicien chargé
du bonheur universel ? Avons-nous des preuves de ses interventions
? À quoi sert-il ? À travers les récits commentés
de l'évangile de Jean, l'auteur fait découvrir un Dieu
qui s'intéresse à ce qui nous arrive et se donne à
nous dans l'existence très humaine de Jésus : la culpabilité
des parents d'un infirme de naissance, la foule avide de sécurité
exprime son besoin de bonheur, les soeurs devant un frère mort.
Nous ne pouvons faire l'économie d'une démarche personnelle.
L'évangile de Jean (écrit pour une communauté
petite et ébranlée par les objections extérieures)
invite au dialogue. Nouvelle brochure de cette excellente collection
accessible à tous ceux qui cherchent.
Christian Mazel
LA SCIENCE FACE A L'ENIGME DES OVNIS, Peter STURROCK, Paris, Presses
du Chatelet. 2002 ; 334 p.
Enquête scientifique la plus
probante jamais menée.
Un historien qui s'intéresse aux ovnis ? Certes... dans ce
livre il est opportunément rappelé que trois disciplines
sont en mesure d'appréhender le phénomène : l'astronomie,
pour la haute atmosphère, la physique pour les basses altitudes,
l'histoire pour les témoignages. (depuis de longues années,
nous avons constitué un dossier là-dessus). Que penser
de ce livre ? Il est fort utile et l'on saura gré à
l'auteur d'avoir fait appel à des français : en ce domaine
notre pays, avec les E.U, est en flèche ; et ce, depuis 1947-48.
L'histoire des recherches est bien menée, du rapport Condon
au groupe de Ponantico (1997). L'auteur évoque aussi les journalistes
(français) “ consciencieux ”. Ce faisant, il vise
sûrement P. Bourret et son beau livre, si souvent réédité.
La réalité du phénomène ne doit plus être
mise en doute, mais Sturrock se situe en retrait de P. Bourret. La
question pour une théologie chrétienne est cruciale
: il s'agit de la réalité de la pluralité des
mondes qui peut, non détruire, mais obliger la foi chrétienne
à se recentrer. Mais nous sommes sans illusions, car les communautés
croyantes opposent un grand conformisme, tout comme pour l'au-delà,
et ce faisant, déchristianisent, car elles laissent le champ
libre à des sectes douteuses porteuses de messages frelatés.
Jean Georgelin
LE DIEU DU MARCHÉ (Ethique, économie et théologie
dans l'oeuvre d'Adam Smith) - François DERMANGE, Editions Labor
et Fides ( Diffusion France & Belgique SOFEDIS Paris), 340 pages
- 25 euros.
Pour justifier le libéralisme
économique (dont on parle tant) Adam Smith (1723-1790) invoque
“ la main invisible ” censée commuer l'intérêt
individuel en bienfait social. Cet essai du professeur de l'université
de Genève, aide à repenser le défi posé
par Adam Smith de tenir ensemble l'éthique, l'économie
et la théologie. La thématique de la responsabilité
individuelle s'avère indispensable pour réguler ce que
le Dieu du marché échoue à réaliser.
Christian Mazel
Un nouveau bulletin d'histoire protestante
La Société d'Histoire
du protestantisme de Nîmes et du Gard, sous l'impulsion de son
président,le pasteur Roger Grossi, lance une nouvelle revue
d'Histoire. Au sommaire du Bulletin n° l : Boissy d'Anglas et
la Franc-Maçonnerie (H. Boissy d'Anglas) ; Charles Gide (Marc
Penin) ; Le christianisme a-t-il un avenir ? (Marc Lienhardt) ; Protestantisme
et Politique en France au XX° siècle ; (Patrick Cabanel)
; Les gentilshommes verriers en Languedoc (C-A. Gaidan) ; Charles
Gide (Grossi) ; Afrique noire (Pierre Cadier) ; Jean de la Croix et
les idées protestantes (J. Boulet) ; Une famille protestante
à Sète (J-Cl. Gaussent) ; Alexis Muston (Pierre Bolle)
; les protestants de la Principauté d'Orange (F. Moreil).
Renseignements SHPNG, Rue Claude Brousson - 30000 Nîmes.
CAHIERS JACQUES ELLUL.
L'Association Internationale Jacques
Ellul lance la publication de cahiers annuels. La réflexion
de J. Ellul peut contribuer à éclairer tel ou tel aspect
de la société moderne, en l'occurrence l'intégrisme
religieux.
AS. In.J. Ellul : Patrick Chastenet, 21 rue Brun - 33800 Bordeaux.
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sommaire du N°
Dans le monde des religions
DIEU ET LA GUERRE EN IRAK
Saddam Hussein présenté
jusqu'alors (lui-même et médias) comme “ un laïque
”, invite “ au djihad islamique international ” contre
le “ Satan ” américain. Des centaines de volontaires
se présentent comme sacrifice religieux. Le Congrès
des USA remet le sort de la guerre entre les “ mains Dieu ”
et vote une journée de jeûne et de prière. La
guerre est contre “ l'axe du Mal ”. L'interprétation
assez fondamentaliste de la Bible donnée par George W. Bush
a été relevée par bien des théologiens
américains et européens, ces derniers temps. Les “
Gott mit uns ” (allemand ; Dieu avec nous) ont été
revendiqués de tous temps par les guerriers. Durant la guerre
contre Hitler, Staline a découvert “ la sainte Russie
orthodoxe ”. On peut relire aussi certaines pages du “ Premier
” (ou Ancien) Testament.
Les religions ont toujours été recherchées
en renfort spirituel lors des “ combats douteux ” extérieurs
et internes aux Etats. Dieu est mobilisé en des sens bien différents
; Yhawéh, Allah, Jésus, la Trinité, Adonaï,
le Bien...
Faut-il mettre à l'actif de la “ Providence ” un
certain nombre d'évènements ?
La nomination de Bush par la Cour Suprême des USA alors que
son concurrent avait davantage de voix ? Que serait-il advenu de Saddam
Hussein si les gouvernements occidentaux, les manifestations de rue
et les démonstrations populaires dirigés contre la coalition
anglo-américaine avaient orienté leurs efforts pour
demander la liberté du peuple irakien quand il était
encore temps ? Qu'en serait-il aujourd'hui et demain si ces mêmes
pressions s'exerçaient pour la liberté du peuple de
Tchéchénie, celui de la Corée du Sud et celui
de Cuba ?
Que serait-il arrivé si Bush avait suivi les conseils de
son Eglise Méthodiste au lieu des interprétations “
messianiques ” des fondamentalistes ? ou si le Conseil de sécurité
avait su faire observer ses recommandations concernant l'Irak ? Et
si selon l'esprit de l'Evangile les budgets consacrés par les
USA, l'Irak et les autres pays, aux armements, efforts humains, sacrifices
consentis, avaient été dirigés vers des actions
pour sortir les peuples de la misère, du SIDA et des malheurs
?
“ Au vu des fondamentalistes impériaux lanceurs de missiles
et les fous de Dieu poseurs de bombes, la question revient : la religion
porte-t-elle la guerre comme le nuage la pluie ? ” (Regis Debray
“ Le feu sacré ” Ed. Fayard)
Toutes les religions courent le risque de voir leurs prétendus
adeptes se servir d'elles au lieu de servir leur idéal. Tout
peut être dévoyé et perverti en ce monde. La vraie
foi libre de tout intérêt rend pourtant lucide et vigilant.
Christian Mazel
LA FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE ET LES “ EVANGELIQUES ”.
Le Conseil de la Fédération
s'est réuni en mars et a réélu le pasteur Arnold
de Clermont comme président pour un nouveau mandat de 3 ans.
Ont été admises comme membres et envisagées
de devenir membres de la Fédération des Eglises de type
“ évangélique ” c'est à dire fondamentalistes.
Cette arrivée importante risque de modifier les orientations
théologiques et éthiques de la Fédération
ces prochaines années.
Ceux qui se disent en France “ évangéliques ”
sont appelés “ evangélicalistes ” en pays
anglo-saxons. La tendance fondamentaliste (ou intégriste) se
caractérise par une lecture littéraliste de la Bible
(autorité absolue en matière historique, scientifique,
morale, sociale), par une eschatologie prémilénariste
et un pessimisme foncier à l'égard du monde. A l'égard
de l'accès des femmes au ministère de prédicateur
ou de pasteur, elles sont très conservatrices. Ces églises
refusent le divorce, l'avortement légal, les fécondations
in vitro.
La plupart des “ pasteurs ” (le terme n'est pas “
protégé ” en France. N'importe qui peut s'appeler
“ pasteur ”) sont des autodidactes reconnus seulement par
leur communauté.
Avec près de 1800 Eglises et quelque 350 000 membres en France,
le courant évangélique progresse depuis une trentaine
d'années. Ce courant est en passe de devenir majoritaire dans
le protestantisme français.
Dans les pays germaniques le terme “ évangélique
” désigne les “ protestants ” par opposition
aux “ catholiques ”.
Christian Mazel
SIDA : 28 MILLIONS D'AFRICAINS CONTAMINES
Le sida a tué 2.300.000 Africains
en 2001. Les 3.400.000 nouvelles infections enregistrées durant
cette même année portent à 28,1 millions le nombre
d'Africains atteints du virus fin 2001, indique ONU-SIDA.
Le président des Conférences épiscopales d'Afrique
et de Madagascar, Mgr Laurent Monsengwo, a refusé le recours
au préservatif dans la prévention du sida. Pour combattre
le sida, l'Église catholique prône une “ éducation
à la vie ”, de même que l'abstinence, la chasteté
et la fidélité.
Israël : MUR PRES DE LA TOMBE DE RACHEL
Le gouvernement israëlien envisage
de construire un mur pour assurer la sécurité autour
de la tombe de Rachel. Dans les traditions de la Bible, Rachel, épouse
de Jacob, eut bien des difficultés à être enceinte
pour donner naissance à Joseph. C'est la raison pour laquelle
certaines femmes juives désireuses d'avoir des enfants, viennent
sur cette tombe. Israël veut protéger ces visites qui
se font en bus blindés, encadrés de soldats. Le tombeau
à l'origine construit en style des mausolées musulmans,
a été transformé par Sir Moses Montefiore, un
philanthrope juif au XIX°s. Le gouvernement israélien,
il y a 5 ans, a dépensé 2 millions de $ pour l'enfermer
dans une forteresse surmontée de tours. Finalement le mur sera-t-il
construit ? Le gouvernement envisage la construction d'un mur de 360
km pour séparer les Palestiniens des implantations juives et
éviter les attentats-suicides.
Le Président de la République Malgache à la
Fédération protestante de France
Lors de son séjour à
Paris, pour le 22e sommet France-Afrique, Marc Ravalomanana, président
de la République malgache, a inclus dans son programme une
visite à la Maison du protestantisme, le 21 février.
II tenait à remercier les Églises et les Institutions
protestantes françaises pour leur soutien.
À la suite d'élections dont le résultat était
contesté par Didier Ratsiraka candidat sortant. Marc Ravalomanana
avait eu beaucoup de difficultés à faire reconnaître
la validité de son mandat et à être soutenu par
la communauté internationale. La Fédération protestante
de France et ses membres avaient beaucoup oeuvré pour la reconnaissance
du nouveau président par le gouvernement français. Les
protestants avaient aussi très généreusement
répondu à l'appel de la FPF “ 10 euros pour Madagascar
” totalisant 55.000 euros au 15 février 2003.
Le président de la République a affirmé, devant
un parterre étonné par son optimisme, qu'actuellement
Madagascar ne manque pas tant d'argent international - la Banque Mondiale
sait se montrer généreuse - que de compétences
et d'infrastructures. II faut gérer les priorités et
mettre en place des stratégies. Le président de Madagascar
a souligné qu'il est difficile de traduire les changements
dans tout le pays. Exemple : il faut refaire des routes, mais par
lesquelles faut-il commencer ? Il a confirmé que les Églises
étaient le seul réseau structuré du pays et a
remercié pour le travail accom-pli. Concevoir et gérer
des projets, voilà le nouveau défi malgache.
Le président de la République malgache est l'actif
vice-président de l'Eglise Réformée de Madagascar
(3 millions de membres).
AFRIQUE : FAMINE
38 millions de personnes sont menacées
de famine en Afrique. Parmi elles, 14 millions d'Éthiopiens,
la moitié de la population du Zimbabwe et près de 42
% des habitants en Érytrée... Des chiffres révélès
par le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (Pam). Avant
le climat c'est le manque de volonté des États africains
qui est pointé du doigt. L'aide alimentaire connaît une
baisse inquiétante.
haut de la page
sommaire du N°
Courrier des lecteurs
Contrairement à notre habitude
et à l'annonce faite dans le n° de mars, les lettres et textes
rëçus et destinés au “ courrier des lecteurs
” (et en particulier les correspondances relatives au n° spécial
163 ) ont dû être supprimés dans ce numéro.
Les auteurs et les lecteurs voudront bien excuser l'actuel directeur-rédacteur
pour ce renvoi indépendant de sa volonté.
Christian Mazel
Merci de soutenir Évangile & liberté
en vous abonnant :)
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