articles du N° 171 - Octobre 2001
( sommaire
)
Éditorial pour la Toussaint
Imbrication de la mort et de la vie
La mort donne à la vie son
sens dramatique : la mort ne permet pas de recommencer indéfiniment.
Si la naissance (à l'autre extrémité de la vie)
s'ouvre sur une promesse, la mort se referme sur un « tout est
accompli » pour notre humaine destinée.
Lorsque l'idée de la mort s'estompe, la vie n'est plus pour
nous qu'habitude et évasion. La présence de la mort rend
sensible la valeur et la consistance de la vie. Celui qui essaie de
fuir la réalité de sa mort, fuit aussi la réalité
de sa vie. Que serait une vie sans fin ?
Notre civilisation évite au maximum la rencontre de la mort.
Les grandes villes, surtout, laissent souvent inaperçus nos cimetières
et accélèrent les services funèbres. Les hôpitaux
cachent avec précaution les zones mortuaires.
Sans complaisance morbide et sans désespoir, nous sommes appelés
à affronter notre mort. De notre naissance nous sommes plus ou
moins conscients. Au « dernier ennemi qui sera vaincu »,
nous devons penser avec lucidité. Le grain de blé, aussi,
germe dans l'obscurité et meurt dans la lumière du plein
été.
La mort éclaire le sens de la vie. Mais, à son tour,
la vie nous fait faire l'apprentissage de la mort. En acceptant toutes
ces morts particulières que le temps inflige à chaque
moment de notre existence, (maladies, échecs, limites de nos
possibilités) la vie nous éduque et nous apprend à
renoncer à tout ce dont nous devons nous détacher et a
tout ce qui mérite d'être anéanti. Toute heure de
la vie est éducation des détachements nécessaires
et école du perpétuel don de soi.
La mort qui nous fait connaître nos limites, nous oblige à
les dépasser. La mort fait découvrir la vie. Un jour,
la Vie sans mort nous accueillera dans sa splendeur pour l'épanouissement
de notre Etre et sa libération définitive. Mais déjà
aujourd'hui « la vie est mise en évidence par l'Evangile
». L'existence, la mort et la vie toujours présente de
Jésus-Christ déploient en nous des dimensions infinies
dans l'espace et le temps.
La vie entre en nous comme l'Ami vient à notre rencontre :
« Je viens te prendre avec moi, dans la maison du Père
».
Christian
Mazel
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Textes divers
Mon frère
Sur un sentier raide et pierreux j'ai rencontré une petite fille
qui portait sur le dos son jeune frère.
- « Mon enfant, lui dis-je, tu portes un lourd fardeau ».
Elle me regarde et me dit :
- « Ce n'est pas un fardeau, Monsieur, c'est mon frère
»
Je restai interdit. Le mot de cet enfant s'est gravé dans mon
coeur. Et quand la peine des hommes m'accable, que tout courage me quitte,
le mot de l'enfant me rappelle :
- « Ce n'est pas un fardeau que tu portes, c'est ton frère
».
Détresse
Et pourtant, Dieu des vaincus ! Si la trace de tes pas s'est imprimée
au front des étoiles, si la nature en fleurs en a gardé
comme un parfum, si l'immensité n'est qu'un reflet de ta grandeur,
il est un lieu où tu dois être plus qu'ailleurs; c'est
celui où tombèrent tes enfants accablés par les
luttes surhumaines. Ailleurs, tu envoies tes messagers, ici tu es toi-même.
Ces vaincus sont les pierres d'attente d'un monde plus beau. En eux
réside ce qui demeurera, quand tout le reste aura disparu comme
une vapeur. Aussi, quand ils sont descendus au gouffre, ceux qui restent
entendent monter une voix qui dit : « Je suis là ».
Charles Wagner
Ne nous condamne pas
Ne nous condamne pas
à être seuls
tout en étant ensemble.
Permets nous d'être ensemble
tout en étant seuls.
Ne te laisse pas tirailler
entre hier et demain
vis toujours et seulement
l'aujourd'hui de Dieu
Dom Helder Camara, Mille raisons pour
vivre
Je viendrai vers toi
Je crois, oui je crois qu'un jour,
Ton jour, ô mon Dieu,
je m'avancerai vers Toi avec mes pas titubants,
avec toutes mes larmes dans mes mains
et ce coeur merveilleux que tu nous as donné,
ce coeur trop grand pour nous
puisqu'il est fait pour Toi...
Un jour je viendrai, et tu liras sur mon visage
toute la détresse, tous les combats,
tous les échecs des chemins de la liberté.
Et tu verras tout mon péché, quand on est devant toi.
Car c'est devant les hommes que l'on est humilié.
Mais devant Toi, c'est merveilleux d'être si pauvre,
puisqu'on est tant aimé !
Un jour, ton jour, ô mon Dieu je viendrai vers Toi.
Et dans la véritable explosion de ma résurrection,
je saurai enfin que la tendresse, c'est Toi,
que ma liberté c'est encore Toi.
Je viendrai vers Toi, ô mon Dieu,
et Tu me donneras ton visage.
Je viendrai vers Toi avec mon rêve le plus fou :
t'apporter le monde dans mes bras.
Je viendrai vers Toi, et je te citerai à pleine voix
toute la vérité de la vie sur la terre ;
Je te crierai mon cri qui vient du fond des âges :
« Père ! j'ai tenté d'être un Homme,
et je suis ton enfant ».
Jacques Leclercq
Dernier départ
Joie du dernier départ pour
le dernier effort
Avant l'arrêt suprême sur le plus haut gradin
D'où l'être embrasse d'un unique regard
Toute sa vie à jamais écoulée
Zones de calmes profonds
Où l'homme s'ouvre immobile
Disponible et docile à l'action toute divine
Qui a oeuvré sans cesse en lui,
Au plus intime
Joie filiale de l'enfant qui s'en va
Vers la Maison du Père, a osé dire Jésus...
C'est là ma louange et ma reconnaissance.
Marcel Légaut
Et puis, vous ai-je vraiment quittés ?
Et puis, vous ai-je vraiment quittés
?
Ignores-tu qu'il n'y a pas de distance,
hormis celle que l'âme
n'arrive pas à franchir en imagination ?
Et quand l'âme abolit la distance,
une harmonie se crée en elle...
La distance entre nous
et vos plus proches voisins, si vous ne les aimez pas,
est plus grande
que celle qui vous sépare de votre bien-aimée
qui demeure
au delà des septs terres et des septs mers.
K. Gibran
Sans confiance, il n'est ni amitié, ni amour, ni bonheur.
Marc Aurèle
Toutes les fleurs de l'avenir sont dans les semences d'aujourd'hui.
Proverbe chinois
La vie est une aspiration vers l'avenir.
Pierre Leroux
Un jour, tout sera bien ; voilà notre espérance
Voltaire
Le temps use l'erreur et polit la vérité.
Gaston de Lévis
Ce qui importe,
ce n'est pas d'ajouter des années à la vie,
mais d'ajouter de la vie aux années.
Alexis Carrel
Je vais vers celui qui vient.
Teilhard de Chardin
Notre vie est-elle autre chose
qu'une série de préludes à ce chant inconnu
dont la mort entonne la première et solennelle note.
Paraphrase de Lamartine par Franz Liszt
« Ceci est très certain : on ne peut pénétrer
les saintes Écritures ni par l'étude ni par l'intelligence.
Il n'y a de maître (interprète) des paroles divines sinon
l'auteur de la Parole ».
Luther, Appel à la noblesse chrétienne
« Qu'est-ce qui nous empêchera d'exprimer par des mots
plus clairs, les choses qui sont obscurément montrées
en l'Ecriture et que cela se fasse sans trop grande liberté et
pour bonne occasion ».
Jean Calvin
J'aime mieux être piétiné sur la grand route que
massacrer ma conscience.
Martin Luther King
Qu'on ne s'y trompe pas, nous ne
regardons pas en arrière pour échapper au présent
et à ses problèmes; c'est un fait qu'il est essentiel
de ne pas méconnaître. Néanmoins il nous parait
à la fois normal et bienfaisant de retourner de temps à
autres aux sources de notre conception religieuse, aux réalités
qui, à travers les siècles, ont forgé la foi des
hommes qui nous ont précédés et la nôtre.
Regarder en arrière est une discipline nécessaire - elle
aide à comprendre le présent ; elle permet de mieux se
juger (car il s'agit bien de porter un jugement sur soi-même),
de réaliser la signification des temps actuels pour mieux préparer
la connaissance dé demain et le langage qu'il faudra y tenir.
En effet, les hommes ne se contentent plus de signes extérieurs
de la foi; ils ne trouvent pas nécessairement une réponse
d'âme dans des gestes cultuels, des paroles officielles. Ils ont
besoin de rencontrer des êtres dont l'humanité leur soit
réelle, manifeste, présente. Ils sont avides de rencontres
authentiques avec des humains dont la foi brûlante étincelle,
qui soient libres à l'égard des structures mortes, soucieux
de la valeur humaine de « l'autre », visiblement désireux
de ne manipuler rien ni personne, ouverts au partage, jamais satisfaits
résolument hostiles à tout ce qui dépersonnalise,
viole ou aliène la personnalité, compréhensifs
à l'égard de ceux qui cherchent dans la souffrance à
accomplir leur destin d'hommes modernes.
Paul Richardot, Hymne à la vie
Christophe
La nuit fait mal à repousser
le jour
et la pierre est trop lourde au bord de cette vie.
Qui pourrait la rouler pour qu'entre la lumière,
pour qu'un souffle à nouveau lui relève la tête,
pour qu'un chemin paraisse où le mur s'épaissit,
où le discours s'épuise, où la prière
hésite
comme un oiseau dans le vent qui se lève ?
Ça parle autour et le corps assiégé
en est privé de voix, sinon le doux murmure
de multiples écrans qui heurtent l'espérance.
Car on sait que la vie est ailleurs, s'enracine
en ce rythme profond, unifié et gratuit
qui donne à l'être unique un visage et le goût
irremplaçable et l'éclat de l'amour.
Et si la mort nous était confisquée ?
on la jette à l'image, à la rue, à l'histoire,
mais on la veut masquée au détour d'une vie
qu'on traine à l'hôpital avec des mots savants.
Comment lutter encore au creux de notre foi
pour oser témoigner que l'existence est nôtre,
que Dieu est là dans le récit de Pâques.
Que reste-t-il d'un parcours déchiré
quand l'alliance se rompt et que les mots se brisent,
quand une femme pleure et qu'un enfant se tait,
quand le père et la mère entendent à chaque pas
des bruits si familiers qu'ils n'en croient pas leur coeur
et qu'un frère après l'autre a mal à sa mémoire.
Est-ce l'enjeu d'une autre communion ?
Son corps posé comme il faut dans la terre,
nous avons commencé de gravir le printemps,
nous soutenant l'un l'autre et dialoguant la peine
comme on scrute du ciel une étoile invisible.
La chaîne des amis montait vers la musique,
vers la prédication d'un dimanche à venir,
au jour dit-on de la résurrection !
Bernard Charles
On peut chercher la consolation aux endroits les plus divers
Dans la solitude, dans la nature, dans le travail ou dans la compagnie.
On peut chercher la consolation par tous les moyens.
Mais on ne la trouvera que dans la rencontre avec Dieu.
Dietrich Bonhoeffer, Reminiscere, 21/02/1932
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La fête de la Réformation
On célèbre la Réformation
autour du 31 octobre parce que le 31 octobre 1517, un moine théologien
allemand afficha ses fameuses 95 thèses contre les Indulgences
vendues par le Pape à travers l'Europe. Cette affichage sur la
porte de la chapelle du château de Wittenberg (Saxe) sert d'acte
symbolique pour l'avènement de la Réforme en Occident
chrétien. On pourrait également marquer la Réforme
par l'acte de Martin Luther rejetant la « bulle » du Pape
Léon X (1475-1521) : Léon X fils de Laurent le Magnifique.
Cardinal à 14 ans. Il est élu pape en 1513 alors qu' il
n'était ni évêque, ni prêtre mais diacre.
Cette bulle excommuniait hors de l'église, le réformateur.
Geste symbolique à haut risque à l'époque (cf.
Jean Huss, brulé vif à Constance en 1414).
La Réforme du XVIe siècle a été un immense
mouvement de renouveau spirituel qui, dans les pays du Nord de l'Europe,
a assuré la contuité de la vie de l'Eglise chrétienne.
En Angleterre John Wyclif (1320-1384), à Prague Jean Hus (1371-1415),en
Allemagne Martin Luther (1483-1546), à Zurich Ulrich Zwingli
(1484-1531), en France et à Genève Jean Calvin (1509-1564)
entendaient promouvoir une réforme des moeurs et de certaines
doctrines de la grande Eglise, comme les Ordres religieux connaissent
des réformes au cours de leur histoire.
Défenestrés par Rome, les croyants ont constitué
des campements pour s'abriter, disait le pasteur Elie Lauriol dans son
langage imagé.
« La Contre-réforme » (réforme catholique)
est une conséquence du mouvement protestant.
Christian
Mazel
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Les vivants de la maison du Père
« Dieu n'est pas le Dieu des
morts, mais des vivants; car ils sont tous vivants en lui » Marc
12/27
Pour nous, pour notre intelligence esclave de nos sens, obtuse, dupée,
il y a des morts. Pour Dieu « ils vivent tous, et il n'y a que
des vivants.
Alors où sont-ils ?
Contrairement aux prétentions de ceux qui essaient de violer
un mystère qui doit rester inviolable pour que ne soient pas
faussés le sens et l'efficacité de notre passage ici-bas,
l'enseignement du Christ est d'une extrême discrétion.
Qu'il est peu enviable ce ciel mièvre et paresseux, enluminé
et compassé, dont on nous dépeint les sites et parfois
jusqu'au mobilier ! Qu'il est faux !
Sans doute est-ce notre droit d'user de comparaisons et d'images.
Encore ne faudrait-il ni en abuser ni les imposer.
Mieux vaut écouter le Christ. Vous l'avez entendu : Je vais
vers « la Maison de mon Père ».
Aucun détail, aucune précision. Mais que nous faudrait-il
de plus ? Le ciel est la Maison du Père, celle dont - éloigné
- on rêve et à l'avance on suppute les joies. La maison
de tous les refuges, tous les repos, toutes les protections, tous les
pardons tous les redressements, toutes les revanches, toutes les explications,
les assouvissements de l'inassouvi de nos coeurs ! Ce symbole est si
plein, si fort, si humain à la fois et si divin que, respectant
le mystère, il en fait le plus rassurant et le plus merveilleux
de tous.
Nous pouvons être tranquilles sur ceux qui sont entrés
dans la Maison du Père dont le Christ ajoute qu'elle n'est pas
étroite mais comprend « beaucoup de demeures » pour
que l'accueil n'y soit pas mesuré et que toute vaillance, toute
bonté, toute infortune aussi et tout remords y trouvent place.
Ils sont dans la maison du Père.
Elie Lauriol
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Religion et politique
L'anti-américanisme et le religieux
De nombreuses voix se sont élevées
dans les Eglises pour critiquer le Président des Etats-Unis,
George W. Bush, et certains de ses proches collaborateurs. Ce qui leur
est particulièrement reproché, ce n'est pas tant la politique
en Irak que l'utilisation de la religion pour la cautionner. L'anti-américanisme
français s'est donc déplacé sur le plan religieux.
L'une des causes de l'anti-américanisme français n'est-elle
pas un a priori religieux vis-à-vis du monde anglo-saxon ? Autrefois,
l'Amérique semblait très loin. L'Angleterre, elle, était
géographiquement plus proche de nous, or elle était souvent
considérée avec suspicion. Avant l'« Entente cordiale
», l'Angleterre était désignée comme «
la perfide Albion », il y a eu des rivalités coloniales.
La France du l9e et celle du début du 20e siècles se considérait
comme étant en majorité catholique ; l'Angleterre avait
le double défaut d'être protestante et d'envoyer des «
missionnaires » dans notre pays. Du moins c'est ainsi qu'elle
était perçue.
Par la suite, notre pays ne s'est plus considéré comme
« la fille aînée de l'Eglise » (catholique)
; sa volonté d'être laïque n'a pas simplifié
notre compréhension du monde anglo-saxon. Nous admirons les fastes
royaux anglais, y compris à l'église, ils nous restent
cependant étrangers. En ce qui concerne les Etats-Unis, on prétend
y manifester sa religion, voire l'afficher (1) ! Chez nous, la religion
est repoussée dans le domaine du privé. D'où une
incompréhension fondamentale et mutuelle.
Le mélange politico-religieux
Bush n'est évidemment pas le seul à user et abuser de
la religion. Il n'y a pas si longtemps, on pouvait voir à la
télévision des images de miliciens du Nord-est du Congo
portant, outre leurs armes, un gigantesque crucifix. D'autres exemples
de mélange politico-religieux ont constamment existé.
La religion est un moteur fonctionnant de manière ambiguë
: elle peut mener à un abstentionnisme par rapport à la
vie de la société ; elle peut pousser à un engagement
aussi bien à gauche qu'à droite. Pour mémoire,
citons en Allemagne avant 1945 les « Deutsche Christen »,
protestants qui soutenaient le régime nazi, alors que l'«
Eglise confessante » résistait de son mieux à Hitler.
Souvenons-nous de la « théologie de la libération
», qui fleurissait à partir des années 1970, surtout
en Amérique du sud ou centrale. Elle aussi sacralisait l'Histoire,
suivant un schéma marxiste ou marxisant. Elle militait pour la
libération des pauvres, luttant contre l'« idolâtrie
du marché » (2), le capitalisme étant considéré
comme le péché par excellence; Dieu était mobilisé
pour guider la classe prédestinée des pauvres vers un
Monde nouveau. Dans le cas du pasteur Martin Luther King, sa foi animait
le combat pour l'égalité des noirs. Il serait intéressant
d'analyser les prédications prononcées des années
1970 jusqu'à la fin du siècle pour y discerner l'importance
du message sociopolitique par rapport au religieux.
Les prédécesseurs de Bush
L'actuel président des Etats-Unis n'est pas le premier à
suivre ce chemin : il s'insère dans une tradition suivie par
d'illustres prédécesseurs, qui n'étaient pas forcément
Texans ni du même parti. Le démocrate Franklin Roosevelt
parlait en 1941 de « croisade pour la démocratie ».
Les mémoires du général, puis président,
Eisenhower s'intitulent « Crusades ». « Demandons
à Dieu de bénir nos efforts et notre pays bien-aimé
», disait Bill Clinton. « Je prie Dieu constamment pour
me guider. J'espère que vous en faites autant. Alors ce grand
pays que Dieu a choisi pour guider le monde vers la paix et la prospérité
réussira dans son entreprise », a dit le président
H. Truman (démocrate).
Protestants européens, nous aurions tort d'être amnésiques.
Les Américains, venus d'Europe, ne sont-ils pas les dignes continuateurs
d'une doctrine protestante ? Pour cette théologie et cette piété,
la réussite sociale, y compris économique et politique,
est le signe tangible de la bénédiction de Dieu sur le
travail des croyants. C'est au nom de Dieu que les puritains, fuyant
notre continent à la manière de Moïse et de son peuple
sortant d'Egypte, ont pris possession de l'Amérique comme d'un
nouveau Canaan.
Les inspirations directes des fondamentalistes
On sait qu'aux Etats-Unis une grande partie des Eglises, pour ne pas
dire la majorité, ne suit pas le Président Bush : ces
Eglises se sont affirmées pour la paix, à commencer par
le « National Council of Churches », qui regroupe 36 confessions
protestantes. Bush et plusieurs de ses collaborateurs s'appuient plutôt
sur la mouvance « évangélique », qui s'en
tient souvent à une lecture littérale de la Bible. Or
la tendance actuelle est à la baisse du nombre des fidèles
des grandes Eglises institutionnelles et à la montée des
« evangelicals » (3). Nous la ressentons aussi en Europe.
Elle fait partie d'un mouvement général qui privilégie
l'individualisme et l'expérience personnelle.
Il est d'ailleurs paradoxal de voir la Fédération Protestante
de France critiquer vertement ces évangéliques américains,
alors qu'elle admet de plus en plus en son sein des communautés
évangéliques et fondamentalistes.
Les réactions chrétiennes critiquant l'attitude du gouvernement
des USA semblent en retard dans l'analyse du phénomène
religieux américain, en continuelle évolution. Une contribution
intéressante à cette analyse a été faite
par Harvey Cox. On se souvient de son livre « La cité séculière
» (4). Or, contrairement à ce qui était prévu
par Cox et d'autres en 1968, nous assistons au retour du religieux,
mais d'une autre manière : ce qui est privilégié,
au détriment des doctrines et des institutions, c'est l'expérience
personnelle. Cox lui-même a tenu compte de cette évolution,
synthétisée dans le sous-titre d'un de ses derniers livres
: « La montée de la spiritualité pentecôtiste
et la restructuration du religieux au 21e siècle » (5).
Le principe protestant « sola scriptura » est remplacé
par l'inspiration directe : le Saint Esprit m'a dit... De plus, cette
nouvelle tendance est souvent accompagnée d'un millénarisme
qui veut accélérer la venue du Royaume en établissant
un nouvel ordre mondial sous la direction du peuple de Dieu (6). Le
Président Bush n'est qu'un exemple parmi tant d'autres ; il serait
naïf de croire que s'il n'est pas réélu en 2004,
la question sera résolue et que cette tendance aura disparu avec
lui (7). Mépriser ou caricaturer ce fondamentalisme n'y changera
rien.
La religion auxiliaire de la violence ?
Les croyants doivent-ils se culpabiliser et laisser dire que la religion
est l'auxiliaire perpétuelle de la violence et de la guerre ?
Il faut au contraire le constater: plusieurs guerres ont été
menées en Europe au l9e et au 20e siècles pour des raisons
profanes, justifiées par des principes non religieux, les causes
en étant économiques ou nationalistes. Il y a et il y
a eu bien plus de guerres menées en dehors de toute référence
religieuse, y compris les guerres coloniales !
Le siècle des Lumières, qui se voulait mû par
la Raison, a débouché sur des dizaines d'années
de guerres européennes, à commencer par les conquêtes
des armées de la République, qui, après avoir proclamé
les Droits de l'Homme, ont annexé des territoires au cours de
la Révolution. Les siècles qui l'ont suivi se voulaient
scientifiques, rationnels, luttant contre la « superstition »
et « l'opium du peuple ». Ils ont été sanglants
pour l'humanité, inventant des armes et des idéologies
meurtrières. Une lithographie de Goya est titrée «
Le sommeil de la Raison engendre des monstres » (8). Mais est-il
besoin qu'elle dorme pour enfanter guerres et massacres ? Aux millions
de morts du 20e siècle de répondre.
Pierre
Stabenbordt
(1) Ce qui n'exclut pas une séparation de l'Etat et de la religion,
bien avant notre loi de 1905, puisque selon le Premier amendement (1791).
D'où des discussions sur la prière à l'école,
ou par exemple cet été la décision de la Cour suprême
de faire retirer les Dix commandements d'un tribunal de l'Arkansas.
(2) « L'idolâtrie du marché, essai sur l'économie
et la théologie », par H. Assmann et Franz Hinkelammert,
1989.
(3) Par exemple le nombre des épiscopaliens a baissé
de près de la moitié depuis 1960.
(4) The secular city, 1968.
(5) Titre de l'ouvrage : Fire from Heaven, 1994.
(6) Dès 1991, Pat Robertson affirmait dans son livre «
The New World Order » (Le nouvel ordre mondial) : « Il n'y
aura jamais une paix mondiale avant que la maison de Dieu et le peuple
de Dieu n'assument leur rôle de leader à la tête
du monde ».
(7) En ce qui concerne les présidentielles américaines
dans un an, il faudra voir de quel poids pèseront les voix du
Sud et du « Bible belt ».
(8) Goya, suite des « Caprices » (1793-96), Musée
de Castres.
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Vieillir et rester jeune
En ce qui concerne la solitude des
personnes agées, la canicule de l'été dernier n'a
rien révélé de nouveau, mais elle a été
la loupe grossissant des maux de « la société de
consommation » et du « droit au bonheur » des générations
actives actuelles.
Un des drames de la vieillesse est la difficulté de pouvoir
aller vers les autres, établir des contacts.
On se déplace plus difficilement (marche, conduite automobile,
moyens de transport, bagages). On entend mal ce que vous disent les
autres. On parle avec moins de facilité aux autres. On écrit
mal. Malgrés le désir de convivialité, on ne peut
pas manger et boire tout ce qu'on vous offre à toute heure. On
a de la peine à s'adapter aux techniques nouvelles sans cesse
en évolution, aux styles de vie et de moeurs. Or en Occident
l'histoire court de plus en plus vite d'une génération
à l'autre et au cours d'une génération.
Pourtant on peut « naître vieux et le rester toute sa vie
». Au contraire on peut être jeune et le rester toute sa
vie... Nous en connaissons ! « Vous êtes jeune tant que
vous restez réceptif. Réceptif à ce qui est beau,
bon et grand. Réceptif aux messages de la nature, de l'homme
et de l'infini. » (Mac Arthur 1945).
En signe d'amitié pour les victimes de cet enfermement, nous
proposons ce texte à méditer (p. 8).
Christian
Mazel
Que vois-tu, toi qui me soignes ?
Cette vieille femme grincheuse
un peu folle
Le regard perdu, qui n'y est plus tout à fait,
Elle bave quand elle mange et ne répond jamais,
Et, quand tu dis d'une voix forte « essayez »
Elle semble ne prêter aucune attention à ce que tu
fais
Elle ne cesse de perdre ses chaussures et ses bas,
et, docile ou non, te laisse faire à ta guise,
Le pain et les repas pour occuper la longue journée grise.
C'est ça que tu penses, c'est ça que tu vois ?
Alors ouvre les yeux, ce n'est pas moi ;
Je vais te dire qui je suis, assise là si tranquille
se déplaçant à ton ordre, mangeant quand tu
veux:
Je suis la dernière de dix, avec un père et une mère,
des frères et des soeurs qui s'aiment entre eux.
Cette jeune fille de 16 ans, des ailes aux pieds,
Avant que bientôt, elle rencontrera un fiancé.
Mariée déjà à 20 ans. Mon coeur bondit
de joie
au souvenir des voeux que j'ai fait ce jour-là.
J'ai 25 ans maintenant et un enfant à moi
il a besoin de moi pour lui construire une maison.
Cette femme de trente ans, mon enfant grandit vite.
Nous sommes liés l'un à l'autre par des liens qui
dureront.
Quarante ans, bientôt il ne sera plus là.
Mais mon homme est à mes côtés qui veille sur
moi.
Cinquante ans, à nouveau jouent autour de moi des bébés
;
Me revoilà avec des enfants, moi et mon bien-aimé.
Voici les jours noirs, mon mari meurt.
Je regarde vers le futur en frémissant de peur,
car mes enfants sont tous occupés à élever
les leurs,
je pensé aux années et à l'amour que j'ai connus.
Je suis vieille maintenant, et la nature est cruelle,
il s'amuse à faire passer la vieillesse pour folle,
mon corps s'en va, la grâce et la force m'abandonnent,
il y a maintenant une pierre là où jadis
J'eus un coeur.
Mais dans cette vieille carcasse, la jeune fille demeure
dont le vieux coeur se gonfle sans relâche.
Je me souviens des joies je me souviens des peines,
à nouveau je sens ma vie et j'aime.
Je repense aux années trop courtes et trop vite passées,
j'accepte cette réalité implacable que rien ne peut
durer
Alors ouvre les yeux, toi qui me soignes
regarde
non la vieille femme grincheuse. Regarde mieux, tu me verras !
Texte trouvé dans les affaires d'une vieille femme irlandaise
après sa mort
Tu n'es pas encore vieux
Tu n'es pas encore vieux,
lorsque chaque matin tu t'étonnes que la lumière soit
là,
si tu es heureux que tes yeux voient,
tes mains touchent et sentent,
tes pieds marchent.
Tu n'es pas encore vieux,
lorsque tu chantes
parce que tu sens battre ton coeur
et que tu penses qu'aujourd'hui
est le premier jour
du reste de ta vie.
Tu es toujours jeune,
lorsque tu sais encore rire,
te réjouir des simples petites fleurs
sur le chemin de ta vie.
Prière d'un juif
Prière d'un juif écrite sur un bout de papier d'emballage
et trouvée par un soldat américain.
L'auteur du papier était conduit à la chambre à
gaz
Seigneur, lorsque tu viendras
dans ta gloire, ne te souviens pas seulement des hommes de bonne
volonté.
Souviens-toi aussi des hommes de mauvaise volonté. Mais
ne te souviens pas alors de leur cruauté et de leur violence.
Souviens-toi des fruits que nous avons portés à
cause de ce qu'ils ont fait.
Souviens-toi de la patience des uns, du courage des autres, de
la camaraderie, de la grandeur d'âme qu'ils ont réveillée
en nous.
Fais, Seigneur, que les fruits que nous avons portés soient
un jour leur rédemption.
Lettre des Amis - Quakers
En grec, « hérésie » désigne un
choix, quel qu'il soit.
Est par conséquent « hérétique »
quiconque choisit ce qu'il veut croire.
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Foi libérale
Je ne croirai jamais que Christ est
mort pour moi ; je veux croire qu'il est vivant pour nous tous.
Je ne croirai jamais en un Dieu qui serait là pour nous juger
; je veux croire en Dieu qui nous accepte tels que nous sommes
Je ne croirai jamais que l'enfant qui vient de naître porte le
poids d'un péché qui eut lieu des millénaires avant
sa venue au monde. Je veux croire en la positivité de la vie,
au geste inaugural de commencement absolu, présent en toute naissance.
Je ne croirai jamais qu'il nous faudrait souffrir pour mériter
demain un paradis ; je veux croire au bonheur de la vie, à la
fragilité de l'existence, à la possibilité toujours
donnée d'accéder à la vie éternelle.
Je ne croirai jamais aux histoires de double nature, de trinité
ou d'immaculée conception ; je veux croire à l'appel de
notre Dieu, à la dignité humaine, à la liberté
souveraine de la conscience.
Je ne croirai jamais que la nature soit mauvaise et que le corps soit
méprisable ; je veux croire que Dieu nous a donné la chance
de la vie, la joie du corps fait pour aimer, le risque de la rencontre,
l'espérance de ce qui vient.
Je ne croirai jamais en un Dieu qui ne serait présent que pour
les seuls chrétiens ; je veux croire que Dieu est à l'oeuvre
dans toutes les cultures qu'il parle au coeur de l'homme, sans se soucier
des frontières artificielles dans lesquelles nous nous emprisonnons.
Je ne croirai jamais que la résignation et l'obéissance
soient des vertus; je ne peux croire qu'à la tendresse partagée
à l'avenir toujours ouvert, à ce Royaume qu'il nous faut
construire, aux côtés de notre Dieu.
Je ne croirai jamais que la volonté soit le dernier mot de la
foi, que le savoir soit l'objectif de la vie, que les oeuvres soient
la mesure de l'homme ; j'espère en ta présence et je te
nomme Dieu - C'est ainsi que tu es là et je te dis ma reconnaissance.
Amen.
Déclaration de l'Association THEOLIB qui publie une revue et
organise des réunions, colloques et rencontres. c/o P.
Y. Ruff - appt 441 - 27 rue Thibouméry - 75015 Paris - Tél.
01 56 56 86 41
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sommaire du N°
Bible et archéologie
Dans la chronique « Choix de
livres » du numéro 170 (octobre 2003), nous avons signalé
le livre de Finkelstein et Silberman. Ce livre est l'occasion d'un manifeste
que nous publions ci-dessous.
Quelques ouvrages récents concernant l'archéologie biblique
(1) ont semé le trouble dans les esprits. Ils ont porté
à la connaissance du grand public que les étapes principales
de la marche des croyants telle que la Bible la rapporte n'était
pas confirmée par les derniers travaux des archéologues.
Les personnages de Moïse, David et Salomon n'ont pas laissé
de traces repérables dans le sous-sol du désert ou de
la Palestine. Les ruines de Jéricho ne révèlent
aucune trace du passage de Josué et on ne retrouve pas les écuries
de Salomon à Méguido. Les dates que propose la Bible ne
correspondent pas à ce que l'on trouve sur le terrain.
Les textes eux-mêmes sont mis en cause et, pour expliquer comment
la Bible trouve sa cohérence, les spécialistes du texte
proposent des étapes de rédaction auxquelles les lecteurs
ne sont pas habitués.
Tout se passe dans l'esprit de certains comme si la perte de référence
historique enlevait au texte biblique sa pertinence et se trouvait de
ce fait privé de vérité. Cela nous amène
à nous poser la question de savoir ce qui donne sa « vérité
» au message de la Bible. Est-ce l'historicité ou vient-elle
d'ailleurs ? En fait, ce n'est pas le message de la Bible qui est mis
en cause, c'est le support historique qui l'a véhiculé.
Les auteurs bibliques inspirés par Dieu ont cherché à
transmettre un message qu'ils ont reçu et qu'ils ont enchâssé
dans l'histoire telle que la tradition la leur avait rapportée.
Notre recherche de la vérité, en tant que lecteurs de
la Bible, ne consiste pas à faire de l'archéologie un
instrument infaillible pour faire jaillir la vérité des
sables comme jadis certains ouvrages avaient essayé de le faire
(2). Il nous faut réapprendre à lire 1'Écriture
comme une vérité spirituelle qui puise son autorité
en Dieu et non pas dans l'histoire. Ces textes nous donnent un message
de la part de Dieu. Ils nous servent à construire notre foi et
nous ne cherchons pas à prouver leur vérité par
l'histoire puisqu'ils sont hors de l'histoire. Il en va de même
pour le reste du texte biblique.
Le Nouveau Testament n'échappe pas à la règle,
il est lui aussi le résultat de la réflexion de trois
générations sur les paroles de Jésus que la tradition
a conservées ainsi que de réflexions théologiques
sur les événements qui le concernent.
Il va falloir que les habitués de la Bible s'habituent à
la lire autrement, modifient leurs grilles de lecture pour comprendre
les récits dont l'histoire a de l'importance dans l'actualisation
du message biblique. Si, par exemple, l'épisode de la conquête
de la Terre sainte par Josué ne repose pas sur un événement
historique, il faudra donc le lire d'une manière symbolique et
chercher ailleurs ce que peut signifier l'Alliance avec la Terre. Notre
honnêteté intellectuelle nous permettra alors d'aller plus
loin et de retrouver ailleurs que dans l'histoire l'autorité
de l'Écriture.
(1) Israël Finkelstein, Neil Asher Silberman : « La Bible
dévoilée - les nouvelles révélations de
l'archéologie ». Bayard
(2) Pierre Bordreuil et Françoise Briquel-Chatonnet : «
Le Temps de la Bible » Gallimard Jean Louis Ska : Les énigmes
du passé, histoire d'Israël et récits bibliques.
La Bible arrachée aux sables.
Manifeste de Jean Besset, Werner Burki, Laurent Gagnebin de Bons, Gilles
Castelnau, Bernard Guiéry, Christine Durand-Leis, Vincens Hubac
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sommaire du N°
Choix de livres
OSCAR ET LA DAME ROSE Eric-Emmanuel Schmitt - Ed. Albin Michel - 100
pages. 13,5x20,5 9 euros.
Eric-Emmanuel Schmitt écrit fort bien et il pense de même.
Dans ce livre très court et très vite lu, nous avons
les lettres qu'adresse à Dieu un garçon de 10 ans atteint
d'un cancer et en train de mourir. Il a trouvé dans une visiteuse
d'hôpital d'enfants une confidente et une aide. Les questions
essentielles de la vie sont posées, sous forme cocasse, drôle
et émouvante.
« ... la vie, c'était un drôle de cadeau : Au
départ, on le surestime On croit avoir reçu la vie éternelle.
Après, on le sous-estime, on le trouve pourri, trop court,
on serait prêt à le jeter. Enfin on se rend compte que
ce n'était pas un cadeau, mais juste un prêt. Alors on
essaie de le mériter. Plus on vieillit, plus il faut faire
preuve de goût pour apprécier la vie. On doit devenir
raffiné, artiste » (page 97)
PAROLES MATINALES (Derrière les mots convenus) - Lytta Basset
- Editions Labor et Fides (Diffusion en France SOFEDIS, Paris) - 99
pages - 12,5 x 21 - 14 e.
La théologienne de Genève et Lausanne, connue pour
d'excellents ouvrages de théologie publiés ces derniers
temps, a donné sur les ondes de Radio Suisse Romande une chronique
de 4 minutes chaque vendredi matin, à l'heure où on
se hâte vers son lieu de travail, où l'on envoie les
enfants à l'école, où on prend la mesure d'une
journée. De janvier à juin 2003, Lytta Basset aborde
des questions d'actualité politique (la guerre en Irak), de
méditations psychologiques sur des questions personnelles (le
stress, la maternité, la santé, la violence éducative,
les vacances), des expériences et des témoignages vécus
dans le monde. Elle cherche des « paroles qui remettent debout
». A-t-elle réussi une contribution originale au cours
de ses 23 interventions ?
Christian Mazel
CULPABILITÉ PARALYSIE DU COEUR - Lytta Basset - Editions Labor
et fides (diff. SOFEDIS) - 126 pages - 13,5 x 21 15 e.
Ce livre est constitué de deux études : un commentaire
biblique paru dans ETR 1996/3 et l'article paru dans « l'Encyclopédie
du Protestantisme » (article réédité en
brochure dans la collection Entrée libre n° 48.2000). Avec
un grand talent et compréhension humaine, Lytta Basset commente
la guérison du paralytique descendu à travers le toit
dans la maison aux pieds de Jésus (Luc 5 /17-26). Ces réflexions
apportent une grande richesse de remarques éxégétiques
et psychanalytiques. La toute-puissante culpabilité de l'être
humain prend la place de Dieu. Pourtant ce n'est pas du côté
de Dieu qu'il faut chercher l'accusation. Jésus et «
le fils de l'humain » (tout homme) peuvent guérir de
la culpabilité et du perfectionnisme qui nous paralysent. Libéré
de toute faute, le paralysé se libère de son être
physique et de ses enfermements. Dans la deuxième étude
l'auteur analyse bien le discours sur la culpabilité chez Freud,
Dolto, Miller, Nabert et Paul Ricoeur. Il est possible d'évangéliser
le sentiment de culpabilité.
Christian Mazel
CAÏN ET ABEL (Nos frères en humanité) - Didier
Halter - Editions du Moulin (Diffusion en France Desclée de Brouwer,
Paris), 83 pages - 12,5x18 - 10,37 e.
Ces deux noms réveillent toujours l'image de la jalousie
meurtrière d'une part et de l'innocence de l'autre. Et que
dire de l'incompréhensible injustice d'un Dieu qui rejette
le sacrifice de l'un et accueille celui de l'autre. Ces deux figures
énigmatiques n'ont pas cessé de solliciter les recherches
et les explications des théologiens, des écrivains,
des peintres et des artistes, juifs, chrétiens et agnostiques
depuis l'antiquité. L'auteur renouvelle notre regard et apporte
ses interprétations. « Ce récit borne notre compréhension
humaine, mais nous permet d'approfondir notre connaissance de Dieu
». Ce texte est « une parole contre la résignation
». Sans doute dans ces deux frères que la tradition juive
fait « jumeaux » avons-nous « le symbole de deux
êtres contraires, voire deux facettes opposées d'un même
individu ou d'une même réalité humaine, la contradiction
qui cohabite dans un même être ». Caïn tue
son double. L'auteur, docteur en théologie, est pasteur en
Suisse.
Christian Mazel
MES LIGNES DE DEMARCATION (Croyances, utopies, engagements) - Suzanne
Citron Editions Syllepse 2003, (69 rue des Rigoles) Paris 75020 - 374
pages 13x21 - 20 e.
Professeur d'histoire, Suzanne Citron raconte l'histoire de la France
telle qu'elle l'a vécue durant sa vie, ses combats et ses réflexions.
Ce livre se lit avec plaisir. On y découvre bien des souvenirs
et des sentiments rappelés, situés, expliqués
des années 1920 à aujourd'hui. Après une enfance
bourgeoise et laïque à Paris l'auteur découvre
avec l'occupation allemande et les lois anti-juives nazies, son appartenance
juive. Durant les années de guerre et sa vie étudiante,
elle adhère à la « Fédé »
(Association protestante d'étudiants) et devient militante
dans ce mouvement spirituel. Ce témoignage affirme le rayonnement
de la "Fédé" à cette époque.
Le livre relate ensuite les combats de l'auteur contre les manipulations
des livres scolaires concernant la colonisation (Indochine, Madagascar,
Afrique du Nord), ainsi que la passivité politique et l'immobilisme
des citoyens durant la guerre du Vietnam et les tortures en Algérie.
Militante de gauche, elle se démarque, depuis ses convictions
protestantes d'étudiante, de tout embrigadement de pensée.
Elle garde une forte indépendance de position et quitte le
parti socialiste. Contre la domination des « mythes nationaux
» elle recherche une autre histoire que celle des manuels. L'enseignement
doit s'ouvrir sur une France plurielle.
Christian Mazel
LA BIBLE EN GROS CARACTÈRES
A l'occasion de l'Année de la Bible, La Cause édite
des livres bibliques (version français courant) en gros caractères.
Evangile selon Luc et Jean (12 e.)
Evangile Mathieu et Marc (12 e.)
Les Psaumes (12 e.)
La Cause - 69 avenue E. Jolly - 78955 Carrières sous Poissy.
Tél. 01 39 70 60 52 - Fax. 01 39 74 94 30.
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Le monde des religions
NOUVEAU SECRETAIRE GENERAL DU CONSEIL OECUMENIQUE
Le 28 août le pasteur méthodiste Samuel Kobia, de l'Eglise
du Kénya, a été élu secrétaire
du Conseil Oecuménique des Eglises. Agé de 58 ans et
père de 4 enfants, il prend la succession de ses prédécesseurs
: Visser't Hoof (1948-1966) - (Pays-Bas), Eugen Blake (1966-72) -
(USA), Philip Potter (72-84) - (Antilles), Emilio Castro (85-92) -
(Uruguay), et Conrad Kaisser (1993-2003).
ALLEMAGNE
C'est le premier africain à la tête du C.O.E. Ses premières
paroles ont bien marqué son appartenance africaine : «
Si tu veux marcher vite, marche tout seul. Mais si tu veux marcher
loin, marche avec les autres »... « Pour avoir la capacité
d'inspirer le monde, nous avons besoin de force intérieure.
Notre force repose sur notre unité. Nous devons être
vus en train de travailler ensemble ». « Le mot clé
c'est l"ubuntu » du mot zoulou des luttes anti-apartheid:
ce qui rend l'humain humain. Ce qui a permis aux africains de continuer
leurs luttes. Ce qui est africain en moi, c'est l'ubuntu. La capacité
d'espérer même s'il ne semble n'y avoir d'espoir, la
capacité de célébrer la vie même quand
c 'est la mort qui domine. « Le Conseil oecuménique des
Eglises rassemble 342 Eglises anglicanes, protestantes et orthodoxes,
La 9e assemblée générale est prévue pour
février 2006 à Porto Alegre (Brésil) sur le thème
« Dieu, dans sa grâce, transforme le monde ».
COMMEMORATION du « J'ai fait un rêve » de Martin
Luther King
Les Américains ont commémoré le 28 août
le 40e anniversaire d'un événement marquant de l'histoire
des Etats-Unis : le discours « j'ai fait un rêve »
du pasteur Martin Luther King, prononcé lors d'une manifestation
de 1963 à Washington.
Cette manifestation, qui a attiré quelque 250 000 personnes
dans la capitale des Etats-Unis, fut un moment important du mouvement
pour les droits civiques.
Dans son discours de 1963, Martin Luther King invita les Etats-Unis
à « se lever et à vivre le véritable sens
de leur croyance ».
« J'ai fait un rêve, dans lequel, un jour, sur les collines
rouges de la Géorgie, les fils des anciens esclaves et les
fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir
ensemble à la table de la fraternité », avait-il
dit.
Ce discours a galvanisé une nation aux prises avec le problème
de la discrimination raciale et le refus d'accorder l'égalité
des droits aux Américains-Africains.
Parmi ceux qui ont conduit la veillée de prière du
22 août, il y avait le pasteur Bernice King, fille du leader
du mouvement pour les droits civiques qui a été assassiné
en 1968, et le pasteur Robert Edgar, secrétaire général
du Conseil national des Eglises, la plus grande organisation oecuménique
du pays.
L'un des moments forts des célébrations a été
l'inauguration d'une plaque commémorative sur les marches du
Lincoin Memorial, à Washington. C'est à cet endroit
que Martin Luther King, pasteur baptiste alors âgé de
34 ans, prononça son discours.
LE ROLE CENTRAL DU CHRISTIANISME EN EUROPE
Le Conseil oecuménique des Eglises (COE) a demandé
que le « rôle central du christianisme et les contributions
d'autres religions » à l'histoire et à la civilisation
européenne soient reconnus dans la Constitution de l'Union
européenne (UE), en cours d'élaboration.
Cet appel figure dans une déclaration publiée par
le Comité central du COE, organe directeur de l'organisation
qui regroupe les Eglises protestantes, anglicanes et orthodoxes, réuni
à Genève du 26 août au 2 septembre.
« C'est un fait de l'histoire que le christianisme a joué
un rôle immense, un rôle central dans l'histoire de l'Europe
», a souligné le président du Comité central,
le catholicos Aram Ier, de l'Eglise apostolique arménienne.
Un certain nombre de responsables d'Eglise, entre autres le pape
Jean-Paul II, ont demandé qu'une telle référence
figure dans la Constitution. La Fédération Protestante
de France est prudente sur ce sujet.
BULGARIE
La législation mise sur la sellette. La législation
religieuse bulgare est actuellement mise sur la sellette alors que
cet ancien pays communiste s'apprête à assumer la présidence
de l'Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe (OSCE) en 2004.
Les détracteurs de la nouvelle loi bulgare sur la religion
avertissent que celle-ci confère une position privilégiée
à l'Eglise orthodoxe majoritaire, et pénalise un synode
orthodoxe rival ainsi que les Eglises minoritaires non orthodoxes.
COLOMBIE
Les petites communautés protestantes victimes. Selon le rapport
des Eglises évangéliques commentant la fin de la première
année de la présidence d'Alvaro Uribe, au moins 38 pasteurs,
des responsables laïcs ou des fidèles protestants ont
été tués durant la première moitié
de 2003.
L'auteur de ce rapport est Ricardo Esquivia, un militant pacifiste
mennonite de Colombie,
Ricardo Esquivia, écrivant au nom du Conseil, rapporte que
des civils, en particulier dans les zones rurales, continuent d'être
les premières victimes de la guerre. C'est un conflit qui se
déroule depuis 40 ans et implique l'armée colombienne,
soutenue par les Etats-Unis, des guérillas de gauche qui cherchent
à renverser le gouvernement, divers groupes paramilitaires
de droite et des milices privées.
La guerre aurait déjà causé 30 000 morts par
an et provoqué le déplacement forcé de quelque
3 millions de personnes à l'intérieur de la Colombie,
un des taux les plus élevés de déplacement interne
au monde.
JERUSALEM
Confirmation des travaux d'Ezechias à Jérusalem. L'Ancien
Testament indique que le roi Ezéchias face à la menace
du roi d'Assyrie Sennachérib qui assiégea Jérusalem
en 701 av. J-C. décida « de boucher les sources d'eau
qui étaient hors de la ville », « fit l'étang
et l'aqueduc et amena les eaux dans la ville ». Long de 530
m., le tunnel existe toujours. Une inscription porte le nom du roi
et mentionne la fin des travaux d'excavation. En 1996 une querelle
de paléographes s'est élévée au sujet
de cette inscription : authentique ou non ? Une équipe de géologues
israëliens a eu l'idée de prélever des «
carottes » dans le revêtement qui assurait l'étanchéité
du sol. Sur les 15 carottes, une a prélevé un petit
morceau de bois et un fragment de plante. Grâce au carbonne
14 la datation a confirmé 1'année - 700 av. J-C. Ce
qu'est venu confirmé l'analyse d'une stalactite se trouvant
au plafond du tunnel de Siloë : 2300 ans av. J-C.
FRANCE
« Le Christianisme aujourd'hui ». Nous avons annonce
que « le Christianisme au XXIe siècle » avait cessé
de paraitre. Pour continuer son action, les responsables se sont associés
à un journal suisse de forme très « évangélique
» (fondamentaliste) : « l'Avènement ».
Depuis le 1er septembre un nouveau mensuel (non plus hebdomadaire)
parait sous le nom de « christianisme aujourd'hui » qui
a une édition française dirigée par le pasteur
Eric Denimal (Ligue pour la lecture de la Bible) et une édition
suisse rédigée par Christian Willi.
CINEMA
Avant sa sortie, le film sur la Passion de Jésus suscite
la polémique. Dans une étrange convergence de la religion
et de la culture populaire, un film retraçant la mort de Jésus
suscite déjà la controverse - et ceci six mois avant
sa sortie. La polémique porte sur « la Passion »,
un film réalisé par l'acteur Mel Gibson qui, à
ce qu'il paraît, décrit de façon très réaliste
la brutalité de la mort de Jésus sur la croix et pourrait,
selon certains, exacerber l'antisémiti sme à cause de
la manière dont sont présentés les juifs.
FRANCE
Pages jaunes gay. La communauté homosexuelle de Paris et
d'Ile-de-France dispose dorénavant de son propre annuaire commercial,
« Les pages arc-en-ciel », à partir du 1er mai.
Trente mille exemplaires gratuits seront disponibles dans les boutiques
et restaurants répertoriés dans le manuel lui-même.
On savait le marché gay florissant. Il a aujourd'hui droit
à un ouvrage recensant les catégories les plus diverses
du secteur marchand : hôtels, agences de voyage, fleuristes,
salons de coiffure, mais aussi garagistes, plombiers, serruriers,
ou encore architectes, traiteurs, assureurs... Une fois les brochures
épuisées, les pages de l'annuaire seront toujours consultables
sur Internet : les-pages-arc-enciel.com.
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sommaire du N°
Coin de l'humour
Un pasteur invité à un mariage ne peut y aller. ll envoie
un e-mail comportant une référence biblique. Pour économiser
la frappe dactylo, il donne seulement la référence : 1
Jean 4 /17-18. Ce beau texte « Quand on aime, on n'a pas peur.
L'amour parfait chasse la peur »
L'ancienne catéchumène a oublié la distinction
entre épitre et évangile. Elle prend l'évangile
et lit à haute voix : "Tu as eu 5 maris et 1'homme que tu
as maintenant n'est pas ton mari » Jean 4 / 17-18).
ooOoo
Au temple un père participe au culte avec son fils de 10 ans.
Le garçon trouve la prédication du pasteur un peu longue.
Il demande à son père :
- Il n'a pas encore fini ?
- Il a fini depuis longtemps, mais il ne sait pas comment s'arrêter.
Lecture de la Genèse, ch 1, arrivé au verset 22 : «
Et l'Eternel forma une femme de la côte qu'il avait prise à
Adam ». Le lecteur tourne par mégarde quelques pages (il
avait oublié de mouiller son pouce !), jusqu'au ch. 6 verset
14 et enchaîne imperturbable « et tu l'enduiras de bitume
par dedans et par dehors ». Il s'agissait de l'arche de Noé
!
ooOoo
Lecture d'une longue généalogie dans la Genèse
(Chap.46) : « Un tel engendra un tel qui engendra un tel, etc...
»
Le lecteur, lassé de la monotonie, résume magistralement
: « Et ils s'engendrèrent ainsi mutuellement jusqu'à
la fin du chapitre ! »
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