Des lecteurs, il est
vrai occasionnels, se sont étonnés de trouver dans Évangile
et Liberté des options en trop forte opposition, d’après
eux, à une théologie classique. Ils nous ont même
dit que cela leur paraissait infiniment regrettable dans le contexte
actuel où plusieurs Églises, de tendance évangélique,
frappent à la porte de la Fédération protestante
de France. L’image d’un tel protestantisme ne pouvait, selon
eux, que choquer ces candidates et freiner hélas leur ardeur
à nous rejoindre. Ne convient-il pas d’opposer un non catégorique
à un tel argument ?
C’est précisément parce que de telles
Églises désirent nous rejoindre, qu’il est important
qu’elles sachent notre diversité et acceptent de vivre leur
foi avec celles et ceux dont des croyances ne correspondent pas nécessairement
aux leurs. C’est là une condition sine qua non et sans l’acceptation
de laquelle il est impossible, à mon avis, de faire partie de
la Fédération. Faudrait-il, pour ne pas effaroucher de
nouvelles Églises, se mettre à arrondir les angles, à
feindre de souscrire à certaines idées qui contrarient
des convictions profondes? Faudrait-il se renier dans une hypocrisie
souriante en jouant, avec des em-brassades de comédie, le jeu
d’un consensus de façade ?
L’expérience du pluralisme, entendu comme
une chance et non comme une faiblesse congénitale, est consubstantielle
à l’être même du protestantisme, comme le démontre
son histoire. C’est la raison pour laquelle Évangile et
Liberté recherche davantage l’union des Églises,
avec leurs spécificités complémentaires et réciproquement
enrichissantes, que l’unité. Cette dernière, en effet,
risque toujours de ruiner des identités originales et tout à
fait respectables. 
Laurent
Gagnebin