La ministre de la Justice
fait beaucoup parler d’elle. Ce n’est pas sur sa réforme
de la carte judiciaire que nous souhaitons réagir, mais plutôt
sur les deux nouvelles lois sur les peines planchers et sur la rétention
après la peine. Elles représentent, l’une et l’autre,
une réponse à l’émotion soulevée par
des faits divers, plutôt qu’une réflexion sur la sanction
qui préserverait le mieux la réinsertion des délinquants.
Pour la première, il s’agit de contraindre
le juge à prononcer une peine minimum d’incarcération
pour les délinquants récidivistes. Cette obligation contredit
le principe d’individualisation de la peine et ignore délibérément
le fait que la récidive est une preuve d’échec du
premier emprisonnement. S’il n’y a pas eu dissuasion la 1re
fois, comment pourrait-elle jouer après la 2e incarcération
? Ces mois et ces années en prison brisent les dernières
relations familiales et sociales sur lesquelles pourrait se reconstruire
la vie du prisonnier libéré. Les études du CESDIP
(laboratoire mixte CNRS – Ministère de la Justice) montrent
que la récidive varie beaucoup suivant le passé, l’âge
du délinquant et la nature de son délit. Il faut aussi
rappeler que le risque de récidive se trouve considérablement
réduit quand la personne peut être accompagnée pendant
plusieurs mois après la sortie de prison. Sinon il pourrait y
avoir une recrudescence des récidives, à l’échéance
des peines planchers que les juges vont prononcer.

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La deuxième loi, dont le projet a été
présenté au Parlement, prévoit de prolonger l’enfermement
de pédophiles, mais l’application de cette loi pourrait
être étendue à tous les condamnés à
des peines égales ou supérieures à 15 ans. Le professeur
Lamothe, chef du service médico-psychologique régional
de Lyon, conteste ce projet : pour ce spécialiste, il ne résulte
pas d’une réflexion sur la délinquance sexuelle,
son importance statistique et les traitements médico-psychologiques
adaptés. Le Pr Lamothe, qui connaît les dégâts
provoqués par une longue incarcération, plaide pour un
accompagnement soutenu au cours d’une libération conditionnelle.
Ainsi ces deux lois révèlent la volonté
du gouvernement de réagir en priorité aux préjugés
irréfléchis de l’opinion publique, d’une façon
qui risque fort d’aller à l’encontre du but recherché
: une meilleure défense sociale.
Nous luttons contre les erreurs et les lenteurs de ce
système pénal, mais tant qu’il ne sera pas changé,
nous en portons tous la responsabilité vis-à-vis de ceux
qui en sont victimes. Ne les ignorons pas ; ces prisonniers libérés
sont nos prochains, rejetés au bord de notre chemin. Ils veulent
repartir dans une vie différente de celle qu’ils ont connue.
Dans leur tentative de « renaissance », ne trouveront-ils
que des visages de bois lorsqu’ils se présenteront pour
chercher du travail et surtout un logement ? Toutes les œuvres
d’assistance à des victimes sympathiques ne préserveront
pas notre société d’une catastrophe. Craignons que
l’indifférence et l’incompréhension vis-à-vis
des délinquants sanctionnés par la prison reçoivent
la réponse qu’elles méritent, c’est-à-dire
la révolte.
Forte de son expérience de plus de 30 ans de lutte
contre la récidive, l’ARAPEJ affirme :
- qu’il faut, d’urgence, généraliser les
peines hors prison, et vider les maisons d’arrêt de toutes
les personnes qui n’ont rien à y faire, et qui en ressortent
avec un lourd handicap pour toute leur vie ;
- que de nouvelles actions de prévention doivent être
entreprises auprès des pré-délinquants ;
- que la réduction de la récidive ne peut être
atteinte qu’avec des moyens accrus pour tous les services d’insertion
et les associations qui accompagnent les sortants de prison dans leurs
combats quotidiens pour la reconstruction de leur vie.
