La Société de charité
des dames protestantes de La Rochelle est devenue en 1973 l’Entraide
protestante de La Rochelle. Mais sait-on les origines et le développement
de cette association ? Sait-on quel courage et quelle énergie
ont été indispensables pour la fonder, la développer
et la pérenniser ?Il était une fois » en 1829 onze
dames rochelaises protestantes qui décident de se regrouper en
une Société dont le but est d’apporter des secours
matériels aux familles indigentes. Partie de si bonnes volontés,
la toute nouvelle société connaît, dès sa
première réunion du 8 juillet 1844, scission et démission.
Il s’agit, il est vrai, d’un point fondamental : le but de
la Société. Les dames s’interrogent en effet pour
savoir si la Société assistera « les pauvres protestants
seulement ». La réponse affirmative est immédiatement
suivie de la démission de celles qui auraient voulu voir l’action
de la Société étendue aux « infortunés
catholiques ».

Daniel Meisner, Plan de La Rochelle,
publié dans Sciographica Cosmica (1642)
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Les œuvres principales de la Société de charité
sont l’assistance aux pauvres sous toutes ses formes : accueil
d’enfants, secours en pain, en vêtements, en linge, éducation,
instruction générale et religieuse, et vigilance aux bonnes
mœurs, surtout pour les petites filles « vicieuses »
qui risquent d’être envoyées au Petit Pénitencier,
à Paris, ou au « disciplinaire » qui dépend
des Diaconesses.
L’activité scolaire occupe particulièrement la
Société ; une école va se développer progressivement
et organiser ses heures de cours, ses examens et ses distributions de
prix sous forme « de petits livres pour l’enfance ou en vêtements
utiles, mais d’une valeur très modique ». Sans doute
les dames de la Société de Charité suivent-elles
là les consignes ministérielles touchant à l’instruction
rendue obligatoire par la loi Guizot de juin 1833. Des aides substantielles
parviendront encore aux dames de la Société, notamment
adressées par la reine et la duchesse d’Orléans,
ou plus près d’elles, par des protestants rochelais, dont
la présidente de la Société n’hésite
pas à dire dans son rapport de l’exercice 1846-1847 qu’ils
sont « riches, éclairés et compatissants ».
En 1855 les dames de la Société arrivent à la
fin de leur bail. Elles s’adressent alors au Consistoire de La
Rochelle car elles doivent acquérir un terrain pour l’école
des filles et une salle d’asile pour les plus petits : le Consistoire
décidera de prélever une somme sur la caisse des dons
et aumônes de la paroisse. Le Ministère de l’Instruction
publique répondra aussi favorablement à la demande des
dames qui pourront mener à bien leurs projets.
En 1887, par un décret du Président de la République,
du premier mars, la Société définitivement installée
rue de l’Échelle-Chauvin (aujourd’hui Rue du Brave-Rondeau)
est reconnue établissement d’utilité publique.
En juin 1905, la loi de Séparation des Églises et de
l’État, votée en décembre, a une conséquence
sur l’Église réformée de La Rochelle : le
diaconat décide de clore ses activités au bénéfice
d’une « œuvre de bienfaisance » et laisse désormais
la Société de charité poursuivre seule sa mission
en lui cédant par ailleurs tous les fonds du diaconat. En outre,
l’école de filles, fermée en 1906, sera remplacée
par un patronage pour garçons et filles. Il fermera en 1951.
XIXe – XXe siècle. Cette même Société
de charité devient Entraide protestante. Les mots ont changé,
mais non les contenus. Ces dames du siècle passé auront
su trouver le besoin et le sens d’une action qui s’est élargie
de l’aide aux filles pauvres du XIXe à tous les défavorisés
du XXe siècle, tâche jamais terminée quels qu’en
soient la ville ou le siècle.
Nicole
Vray