Après la rupture
de l'été, se réouvre déjà le calendrier
de nos habitudes. Mais emprunter si docilement le défilé
des jours attendus n'est-ce pas déjà mourir un peu à
soi-même et à la vie ? Le Dieu de la nouveauté et
de l'inattendu offre pourtant une farouche résistance au triomphe
de l'ennui. Loin d'être cet opium qui nous endort, ce Dieu de
la créativité est une sentinelle en arme contre les résignations
faciles et les compromis douteux. Mais Dieu n'est-il pas, aussi, le
souffle de l'ordinaire et le rythme si régu-lier du temps qui
passe ? Car à force de lier Dieu à l'inattendu, peut-il
encore nous surprendre ?À trop voir en Dieu la puis-sance du
possible, peut-on encore le croire et l'espérer quand, précisément,
plus rien n'est possible, quand la nuit est devenue bien trop épaisse
pour y voir une étoile ? Un Dieu à croire dans l'habitude
et le banal nous autorise simplement à être là,
à nous laisser prendre par la vie, telle qu'elle est. Contrairement
à ce que l'on croit parfois, il est aussi une manière
chrétienne de se résigner, telle celle qui, de guerre
lasse, nous montre qu'il est parfois bien vain de vouloir toujours plus
et toujours mieux. Se résigner, c'est renoncer à ce que
tout dépende de nos actions et de nos désirs, c'est accepter
de ne pas tout savoir et de ne pas tout comprendre, c'est se reconnaître
porté par quelque chose de plus infini qui nous dépasse.
Dieu se donne alors à croire comme ce salutaire abandon qui nous
permet de lâcher prise et de nous donner aux autres et à
la vie. Mais croire Dieu présent dans la banalité du quotidien,
c'est peut-être, tout simplement, croire en lui comme étant
la possibilité à chaque fois renouvelée de l'émerveillement.
Se dire, tout simplement, que ce qui est, aurait très bien pu
ne pas être, et que cela, ce à quoi nous sommes peut-être
le plus habitués, tient donc, aussi, du miracle. 
Raphaël
Picon