Après la mort de Jésus,
son enseignement de sagesse eut quelques difficultés à
pénétrer dans le monde hellénisé. Et se
sont plutôt développées des expressions de foi
qui voulaient préciser l’essentiel de ce qu’il fallait
croire : Jésus est mort et ressuscité pour notre salut.
Quant à son enseignement, il était passé au second
plan. Au fur et à mesure que le temps passait, ces formules
se rallongeaient, pour mieux préciser la vraie foi. Mais se
développait aussi l’idée que Jésus serait
Dieu lui-même. Elle prit une telle ampleur qu’Arius finit
par réagir, en professant que le Fils était une créature
du Père et qu’il fut donc un temps où il n’existait
pas. Son excommunication en 321 ne calma pas les esprits car beaucoup
d’évêques le soutenaient. Aussi l’empereur
Constantin finit par convoquer un concile à Nicée (325)
et imposer le fameux Symbole, en déclarant que tous les évêques
qui ne signeraient pas seraient destitués. Ils signèrent,
résignés, mais une fois rentrés chez eux ils
restaient ariens. Les conciles succédèrent aux conciles
sans apaiser les différents qui se traduisaient par anathèmes
et destitutions.
Un peu plus tard, Nestorius, évêque de Constan-ti-nople
déclara que Jésus avait reçu la divinité
« progressivement » et donc ne l’avait pas à
la naissance. Il ajoutait que la créature ne pouvait pas engendrer
le Créateur et que donc Marie ne pouvait pas être mère
de Dieu. Cette évidence n’empêcha pas Nestorius
-d’être condamné au concile de Chalcédoine
(451) dont le texte final réaffirmait les deux natures du Christ,
humaine et divine, « sans confusion, sans mutation, sans division,
sans séparation ». Allez comprendre ! Comme nous sommes
loin du message d’amour du Christ, lequel n’a jamais parlé
de toutes ces subtilités.
Parallèlement à ces définitions issues du monde
grec, se développait un autre Credo, dit Symbole des Apôtres,
qui fut adopté par l’Église romaine vers le dixième
siècle. Il est moins métaphysique, mais ne parle toujours
pas de l’amour du prochain. Une confession de foi qui oublie
de parler de l’amour passe à côté de l’essentiel.
On a l’impression, à lire ces Symboles, que Jésus
n’a rien fait que naître, mourir et ressusciter ; et qu’il
n’a rien dit et rien entrepris d’autre.
Les Réformateurs ne rediscutèrent pas trop ces textes,
trop occupés à se battre sur d’autres fronts. Mais
l’Église Réformée de France, lors de sa
fondation en 1938, ne voulut pas se lier à ces déclarations
trop anciennes et trop éloignées du fondement évangélique.
Dans sa déclaration de foi, elle affirme seulement que la foi
chrétienne se perpétue à travers ses expressions
successives, dont le Symbole des Apôtres et autres Symboles
Œcuméniques et Confessions de foi protestantes. Ceci est
bien exact. La foi chrétienne, dont les Réformés
ont hérité, est passée par ces Symboles. Mais
elle n’est pas exprimée aujourd’hui par eux. Les
libéraux ne sont évidemment pas pour rien dans cette
heureuse formulation.
Il en résulte que, aujourd’hui, lorsque celui qui préside
le culte lit l’un de ces Symboles, nous pouvons les entendre
comme des expressions qui ont permis à la foi chrétienne
de se perpétuer. Mais il ne faudrait pas les dire tous ensemble
à haute voix, parce qu’un trop grand nombre n’y croit
plus. Qui peut croire aujour-d’hui à la résurrection
de la chair ? Qui peut certifier que Jésus reviendra du ciel
pour juger les vivants et les morts ? Pourquoi se forcer à
proclamer ce qui n’a plus de sens pour nous ?
Heureusement nous disposons aujourd’hui d’une quantité
de confessions de foi plus modernes qui évitent ces formules
désuètes. Mais, dans une assemblée cultuelle,
il n’y a pas deux personnes qui « confesseraient »
leur foi de la même manière, et aucun texte ne peut représenter
la foi de l’ensemble de l’assemblée à qui
d’ailleurs on n’a pas demandé son avis. C’est
pourquoi les confessions de foi ne peuvent être que celles de
leur auteur, qu’il est intéressant d’écouter
comme témoignage. Il faut laisser chacun exprimer sa foi comme
il l’entend et ne pas lui dicter ce qu’il doit croire. 
Henri
Persoz