Le protestantisme,
dont la foi est si fortement dominée par la Croix au point que
l’on parle, avec Luther, d’une « théologie de
la Croix », a toujours accordé la plus grande importance
au Vendredi saint. La cène célébrée alors,
comme elle l’est le dimanche de Pâques, est assurément
le rappel de la présence vivante de Jésus parmi nous,
mais aussi et d’abord d’une Croix inique et scandaleuse.
La prise au sérieux de la mort, de la nôtre,
bien entendu, et de celle de Jésus, bien sûr, a quelque
chose de fondamental dans une société qui cache et se
cache notre condition mortelle et la mort, et qui ose d’ailleurs
à peine prononcer son nom. Vendredi saint tourne notre regard
vers toutes les morts injustes de notre histoire et redit cette vérité
de Blaise Pascal selon qui le Christ sera en agonie jusqu’à
la fin du monde.
On ne saurait oublier que c’est en tant que crucifié
que Jésus vivant est reconnu : c’est en effet à «
la marque des clous » (Jn 20,25) qu’il est confessé
par Thomas. N’est-ce pas là une indication capitale ? Jésus
vivant est là où sa vie est inséparable de son
supplice. La fameuse scène-parabole du Jugement dernier (Mt 25,31-46)
ne nous dit pas autre chose : le texte évoque en effet tous ceux
qui ont faim et soif, qui sont étrangers, pauvres, malades, prisonniers
et auxquels Jésus est identifié, que nous nous arrêtions
pour les secourir ou que nous les ignorions.
Jésus est là, aujourd’hui, où
une souffrance est vaincue, une détresse secourue, un exclu rencontré,
une mort surmontée. Si le culte de Pâques dit notre foi
en une victoire possible, celui du Vendredi saint exprime toutes les
« passions » de l’histoire. Ces deux fêtes relient
ainsi l’une à l’autre liturgie et diaconie, un service
divin et un service humain. 
Laurent
Gagnebin