
Numéro 198
Avril 2006
Sommaire & Résumés
(
: permet d'aller au corps de l'article)
Éditorial
Pâques et vendredi
saint, par Laurent
Gagnebin
Le protestantisme, dont la foi est si fortement dominée par
la Croix au point que l’on parle, avec Luther, d’une «
théologie de la Croix », a toujours accordé la
plus grande importance au Vendredi saint. La cène célébrée
alors, comme elle l’est le dimanche de Pâques, est assurément
le rappel de la présence vivante de Jésus parmi nous,
mais aussi et d’abord d’une Croix inique et scandaleuse
... 
haut 
Questionner
Laurent Gagnebin propose ici à notre réflexion,
et en s’inspirant d’Albert Schweitzer, la troisième
et dernière partie de la conférence («Un christianisme
sans révélation?») qu’il a donnée
le dimanche 15 octobre 2005 aux Journées du protestantisme
libéral à Agde.
Être chrétien
sans la « foi » ?, par Laurent
Gagnebin
La notion et la réalité de la Révélation
présupposent ou appellent nécessairement la foi. L’athée
et l’incroyant ne voient nulle Révélation de Dieu
dans la Bible, en Jésus, dans l’histoire ou dans la nature.
« Quand Dieu se révèle, il se cache », affirme-t-on
souvent. Cela pour dire que Dieu se révèle au seul regard
de la foi et qu’il se cache à la raison, celle des historiens
et des scientifiques, par exemple. D’ailleurs, quand la Bible
déclare « Dieu a dit », on ne saurait oublier que
c’est un homme, un croyant, qui me le dit. La foi, par conséquent,
est-elle une condition sine qua non pour accéder à la
vérité chrétienne ? ... 
haut 
Agir
Ayant assisté à plusieurs célébrations
de Noël organisées par l’aumônerie protestante
de la Maison d’Arrêt de Fresnes, j’ai décidé
de devenir visiteuse de prison. Depuis ma première visite,
il y a quatre ans, je ne suis pas déçue ; c’est
difficile, mais intéressant.
Visiteuse de prison…Pourquoi
? Comment ?, par Jeannie
Persoz
J’avais certainement en tête le passage de l’évangile
de Matthieu (25,31-46) sur le jugement des nations par le Fils de
l’Homme : « J’étais en prison et vous êtes
venus vers moi… Toutes les fois que vous avez fait ces choses
à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est
à moi que vous les avez faites ». J’espérais
pouvoir apporter un peu de chaleur et d’amitié à
ceux qui sont derrière les barreaux, notamment, puisque je
parle un peu l’anglais, aux étrangers anglophones. J’avais
envie de savoir qui sont les détenus, comment fonctionne la
justice, et comment se déroule la vie en détention...
haut 
Ces mots qu'on n'aime pas
Tout-puissant, par
Bernard Guiéry
Au cours des cultes, qu’il s’agisse des confessions de
foi, des textes liturgiques ou de la prédication, j’évite
l’usage du mot « tout-puissant », parce qu’il
constitue un contresens néfaste. Je considère l’acte
divin de la création non comme un acte de toute puissance,
mais comme le retrait et l’autolimitation de la puissance divine
pour faire place au déploiement de l’univers. En outre,
ce mot traduit mal certains termes bibliques... 
haut 
Hommage à
Coretta King
La femme de Martin Luther King est morte le mardi 31 janvier 2006
à l’âge de 78 ans. Quatre jours après l’assassinat
de son mari, en 1968, elle l’avait remplacé à la
tête d’une manifestation en faveur d’éboueurs
de Memphis victimes de la discrimination...
haut 
Série : la foi
3. Sérénité
et tourments de la foi, par André
Gounelle
À ceux qu’il rencontre, Jésus ne demande pas
d’adhérer à des doctrines. Le Nouveau Testament
parle peu de leurs émotions. Prennent-ils vraiment une décision
? « Je ne puis autrement », a dit un jour Luther, et souvent
le croyant ne peut pas faire autrement que croire. Aussi, le mois
dernier, ai-je écrit que si, bien sûr, la foi comporte
des croyances, des sentiments et des engagements, elle est autre chose
: une rencontre et une relation avec Dieu. ... 
haut 
Billet
Habits et habitudes,
par Jean-Marie
de Bourqueney
Ce matin je me suis habillé. Avez-vous remarqué que
« habit » et « habitude » ont la même
racine ? Comme si s’habiller signifiait « revêtir
les habitudes »… Imaginons un instant une vie sans habitude
: il nous faudrait décider, librement, de respirer à
chaque instant. Un moment de relâche dans le processus de décision
et crac… la catastrophe ... 
haut 
Commenter
L’affirmation de la messianité de Jésus
dans le Nouveau Testament reprend une théorie juive des
deux messies et réunit ces deux messies dans la personne
de Jésus, affirmant ainsi son enracinement dans le judaïsme
et son ouverture aux nations.

« Jésus … était fils, pensait-on, de Joseph
…, fils de David…, fils de Juda »
(Lc 3,23-34)
La double filiation de
Jésus et les messies, par Thomas
Römer
De nombreux pères de l’Église
ont considéré Joseph, vendu en Égypte par ses
frères et néanmoins sauveur de sa famille, comme une
préfiguration du Christ. Cette lecture messianique qui se trouve
par exemple chez Astérius d’Amasée (début
du cinquième siècle) a deux racines : une certaine lecture
juive de l’histoire de Joseph, mais aussi la présentation
de Jésus comme messie dans les évangiles synoptiques
qui, pour ce faire, recourent à des motifs de l’histoire
de Joseph. Cette présentation de Jésus semble elle-même
dépendre d’une idée que l’on retrouve notamment
dans le Talmud, mais qui est sans doute bien plus ancienne ; il s’agit
de la théorie des deux messies... 
haut 
Cahier : Qu’est-ce que la révélation ? 
La révélation a été
le thème des « Journées libérales »
au Cap d’Agde, en octobre 2005. Dans ce numéro d’Évangile
et liberté, nous avons rassemblé trois interventions
de ces journées libérales d’octobre 2005. 
- Ce cahier central
propose la conférence, légèrement réduite,
donnée par André Gounelle, professeur honoraire
de théologie à l’IPT (Montpellier). C’est
lui qui a ouvert ces journées, et présenté
le sujet en donnant de nombreuses pistes de réflexion sur
les questions posées ci-dessus.
- L’intervention
d’Henri Persoz qui parlait de la révélation
dans l’Islam moderniste.
- La dernière partie de l’intervention
de Laurent Gagnebin qui évoquait, pour clôturer ces
journées, un christianisme sans révélation.
haut 
Que veut dire «
révéler » ? par André
Gounelle
« Révéler »
traduit le verbe grec apocaluptein (d’où
vient « apocalypse », titre du dernier livre du Nouveau
Testament) qui signifie « découvrir », «
dévoiler ». On l’emploie, par exemple, quand on
tire le rideau d’une scène de théâtre au
début d’une pièce, ou qu’on ouvre le couvercle
d’une boite pour voir ce qu’il y a dedans, ou, encore, lorsqu’on
enlève le masque placé sur un visage. Révéler
consiste à rendre visible ce qui ne l’était pas,
à exposer au regard ce qui auparavant était dissimulé.
La révélation, ainsi définie, implique quatre
éléments.
- D’abord, un événement qui permet de percevoir
ce qu’auparavant on ne voyait pas. Un geste se fait ou une
parole se dit ; la lumière apparaît là où
auparavant elle manquait. La révélation désigne
le passage de l’obscurité à la clarté.
- Ensuite, un sujet agissant. Quand un changement a lieu, il y
a une raison ; un événement a des causes ; une action,
geste ou parole, vient d’un acteur. La révélation
implique l’intervention de quelqu’un ou de quelque chose
qui communique, informe, fait connaître.
- Puis, un objet communiqué. La révélation
a un contenu ; elle dissipe un mystère et apporte une connaissance.
Elle divulgue des réalités ou des vérités
auparavant ignorées. Ce qu’elle découvre la rend
soit importante soit insignifiante. Sa valeur dépend de ce
qu’elle communique.
- Enfin, un bénéficiaire qui la reçoit et
qu’elle éclaire. Il n’y a révélation
que si quelqu’un se met à voir ou à savoir ce
qui auparavant lui était obscur. Un secret qu’on proclame
dans le désert et que personne n’entend n’est pas
révélé...
haut 
Vivre
L’odeur du croissant
chaud, par Vincens
Hubac
L’ air est frais en ce petit
matin d’un jour de juin 1944. Le GI, au volant de sa jeep, traverse
un village de Normandie. Soudain, il s’arrête et quitte
son véhicule pour se diriger, par l’odeur alléché,
vers un endroit précis… une boulangerie ! L’odeur
du pain chaud – et sa nouveauté pour cet homme –
avaient irrésistiblement attiré le soldat... 
haut 
Retrouver
Précurseur anglais de la Réforme, sa réflexion
théologique novatrice a inspiré Jan Hus. Ses attaques
contre la papauté lui ont valu la condamnation de Rome et
il mourut dans l’isolement.
John Wyclif, un pré-Réformateur
(vers 1320 – 1384)
Au XIVe siècle, en Angleterre,
existe un premier courant de révoltes contre les abus de l’Église,
courant déjà apparu au XIIe siècle et resté
latent tout au long du XIIIe siècle. Dans la seconde moitié
du XIVe siècle, un homme engagé dans son Église,
docteur en théologie, professeur à Oxford et alors très
écouté, reprend la lutte précédente :
John Wyclif. 
haut 
Croire
Comment parler de ce qui est hors du temps et de l’espace,
hors de nos concepts ; quels mots employer aujourd’hui pour
exprimer Pâques et dire que la mort est vaincue ? Christian
Mazel, qui a longtemps été directeur de la rédaction
d’Évangile et liberté, précise comment
il conçoit maintenant la résurrection.
La vie après
la mort, par Christian
Mazel
Sur la question de la représentation
de la vie après la mort, j’ai évolué au
cours de ma vie et de mon ministère. C’est bien naturel
et normal, car notre vision des autres, du monde et de nous-même
change avec les saisons de la vie, avec les expériences et
les réflexions que nous sommes appelés à faire.
Notre cerveau, avec ses pensées et cogitations, est rivé
à la Terre et aux civilisations dans lesquelles nous baignons
et qui conditionnent tout notre être... 
haut 
Dialoguer 
Ce n’est pas une religion… mais par certains aspects,
la franc-maçonnerie y ressemble. Elle conserve un côté
mystérieux et caché. Symbolisme, rites, ésotérisme
ne facilitent pas la connaissance de cette organisation ramifiée
dont nous parle ici Jean Taillefer.
La franc-maçonnerie,
entretien avec Jean
Taillefer
J.T. : Avant de répondre à vos questions, il me paraît
utile de signaler mon itinéraire marqué par les circonstances
traversées : enseignement et vie militante, guerre et résistance,
mouvement de jeunesse et carrière civile. Mon adhésion
à la maçonnerie et le choix du protestantisme libéral
ensuite ne furent pas dus à une tradition familiale, mais résultent
d’un acte délibéré. Pour l’un, la recherche
d’un compagnonnage, pour l’autre, le besoin d’une pratique
religieuse à la suite d’une rencontre fortuite avec la
« transcendance », pour faire court... 
haut 
Débattre
Dès le VIIIe siècle et jusqu’à nos
jours, un islam rationaliste distingue Coran et parole de Dieu.
Voici le texte de l’intervention d’Henri Persoz aux «
Journées libérales » au Cap d’Agde, en
octobre 2005.
La révélation
dans l’islam moderniste, par Henri
Persoz
Comme les autres religions, les différentes
écoles musulmanes ont dû se prononcer sur une théorie
de la connaissance. D’où vient la connaissance vraie,
c’est-à-dire la vérité ? Quel est le poids
respectif de la raison et de la révélation dans cette
élaboration de la connaissance vraie ? Ce débat a alimenté
l’islam bien avant que le christianisme s’en émeuve,
et de tous temps des tendances privilégiant la source philosophique
se sont opposées à des tendances privilégiant
la source révélée. Ceci à cause de l’influence
sur l’islam de la philosophie grecque et notamment d’Aristote...

haut 
Lire
Livre : Penser
la foi. Pour un libéralisme évangélique,
par André Gounelle
Livre : La
France Protestante, Histoire et lieux de mémoire, sous
la direction de Henri Dubief et Jacques Poujol, Éditions de
Paris Max Chaliel, et la Cause, 465 pages, 35 €.
Livre : Bernard
Feillet, L’étincelle du divin, Éditions Desclée
De Brouwer, 2005, 15 €.
haut 
Résonner 
Certains trouvent la révélation dans la Bible,
d’autres dans la nature, voire dans une représentation
de la nature. Jean-Baptiste Carpeaux était surtout sculpteur
; il a peint également, en particulier ce Coucher de soleil
(reproduit en couverture) qui réjouit Cécile Souchon,
conservateur aux Archives nationales.
Vingt-quatre sur trente-deux
centimètres et demi, par Cécile
Souchon
Telles sont les dimensions de ce
petit tableau de Jean-Baptiste Carpeaux (reproduit en couverture de
ce numéro d’Évangile et liberté), le sculpteur
de la Danse qui agite les hauteurs de l’Opéra de Paris
ou des nymphes du bassin vide autour duquel s’enroulent les queues
résignées pour les expositions du Grand Palais. Carpeaux
le nordique, qui a peint en 1872 ce Coucher de soleil comme on voudrait
en contempler beaucoup, sous toutes les latitudes, conservé
au musée de Valenciennes.... 
haut
Nouvelles 
120e Anniversaire
d'Évangile & liberté

Souscription
: nouveau livre d'André Gounelle 
Proposition :
cartes de correspondance
haut 
Courrier des Lecteurs
Évangile
& liberté comprend une page entière
consacrée au Courrier des lecteurs. Nous voulons ainsi une
page vive, animée, publiant librement vos réactions
à tel ou tel article. 
haut 
Citation
C’est toujours le drame
du Calvaire qui recommence.
Eh bien ! ce Dieu vaincu est celui qui parle à mon cœur.
Je ne pourrais pas adorer une divinité
qui serait responsable de la continuation du monde actuel.
On nous objecte :
Dieu ne veut pas expressément tout ce mal,
il se borne à le permettre.
Oui, il le permet expressément, et cela revient au même.
Alors, dira-t-on que, s’il ne permet pas, il essaye d’empêcher
?
C’est précisément l’hypothèse que je
formule.
Dieu s’efforce et ne réussit pas toujours.
Quel soulagement de le croire !
Diminuée métaphysiquement,
la divinité est moralement grandie.
Wilfred Monod, Aux croyants et aux athées, 1906
(extrait d’une conférence donnée en 1904).
haut 
Merci de soutenir Évangile & liberté
en vous abonnant
:)

Vous pouvez nous écrire vos
remarques,
vos encouragements, vos questions
|

|
|