Sur la question de la représentation
de la vie après la mort, j’ai évolué au cours
de ma vie et de mon ministère. C’est bien naturel et normal,
car notre vision des autres, du monde et de nous-même change avec
les saisons de la vie, avec les expériences et les réflexions
que nous sommes appelés à faire.
Notre cerveau, avec ses pensées et cogitations, est rivé
à la Terre et aux civilisations dans lesquelles nous baignons
et qui conditionnent tout notre être.
Comme la fourmi, le mouton ou le cheval, l’horizon de notre compréhension
des événements se limite aux observations depuis notre
situation, aux besoins de notre existence, aux projets et aux rêves.
Notre pensée ne peut se former qu’à partir d’images,
même les notions abstraites se servent d’expressions de langage.
Elle ne peut concevoir que ce qui est lié au temps et à
l’espace. Au-delà notre esprit ne peut comprendre et même
imaginer.
Sur ces questions d’après mort, dans les évangiles,
Jésus s’est exprimé par des paraboles, jamais par
des définitions ou explications.
À la mort, les cadres des formes et de la durée disparaissent.
Comment concevoir ce qui n’a ni forme (absence du corps) ni durée
(éternité) ?
Nous pouvons formuler des représentations, mais elles sont
toutes anthropomorphiques, provisoires, approximatives, puériles
et parfois niaises !
La « résurrection de la chair », affirmée
depuis des siècles par les Églises pour s’assurer
une puissance effrayante sur les fidèles (mais non annoncée
par l’Évangile de Jésus), est totalement inacceptable
à notre esprit. Où mettrait-on sur la Terre les corps
revivifiés de tous les hommes qui y ont vécu depuis des
millénaires (au moins 2 ou 3 millions d’années) ?
À quel âge est-ce qu’on ressusciterait ? Avec quels
handicaps reprendrions-nous vie ? À partir de quel corps pour
certains ? Cette résurrection corporelle ne peut concerner ni
Jésus, ni nous.
Les diverses représentations bibliques (Ancien et Nouveau Testaments)
et les doctrines de la réincarnation (de quoi ?) sont des essais
respectables d’interprétation, peut-être utiles pour
méditer et pour s’exprimer, mais fondamentalement erronés
car inadéquats et inadaptés.
Pourtant avec l’Évangile je crois qu’au-delà
de la mort des individus, une vie personnelle se poursuit sous des formes
inimaginables et heureuses. La mort n’est pas un anéantissement,
une destruction totale de la personne, mais un passage, une mue (chenille
en papillon), une re-création, un épanouissement, un achèvement
de l’inachevé d’aujourd’hui.
Les invisibles ne sont pas des absents, mais des présents à
nous-mêmes. Après la croix, la forte présence de
Jésus auprès des siens (dans la suite des générations)
est un signe, parmi d’autres, pour nous, de la réalité
de cette victoire de l’Esprit. 
Christian Mazel