Une foi exigeante.
La majorité de nos contemporains se montrent exigeants
pour leurs connaissances professionnelles, pour la compétence
de leurs dirigeants, pour la qualité des œuvres culturelles.
En comparaison, il est triste de voir avec quelle légèreté
ils acceptent d’être infantilisés en matière
de foi, oublient là toute demande de sérieux et de crédibilité
intellectuelle, se contentent d’offres ou de réponses puériles.
Sitôt qu’il s’agit du croire, de lire
tel ou tel article ou livre traitant de questions religieuses, on se
refuse à tout effort intellectuel, on demande que cela soit nécessairement
facile.
Forcément intelligible, oui.
Ce n’est pas la même chose.
Non seulement on se satisfait ainsi de la médiocrité
la plus humiliante, mais on la réclame.
Le plus incroyable et le plus absurde devient la règle
sous prétexte d’humilité devant des croyances et
un Dieu qui, de toute façon, dépassent notre entendement.
Le règne du « pourquoi pas ? » nous
tient lieu de confession de foi et paralyse dans une torpeur paresseuse
nos facultés d’analyse critique.
Croire serait s’abandonner au seul merveilleux,
à la féerie et à une poésie que l’on
rend ainsi, hélas, synonyme d’indigence mentale.
Faudrait-il laisser exclusivement aux spécialistes
le soin de penser la foi ? Dieu ne nous demande-t-il pas de l’aimer
de « tout notre esprit » ou de « toute notre pensée
» (Mc 12,30) ? Nous sommes tous appelés à être
théologiens par la pratique d’une lecture biblique souvent
très ardue et, conséquemment, par celle d’un sacerdoce
universel confiant à chacune et chacun la mission de rendre compte
de sa foi.
Cela n’est pas si simple ou du seul ordre du rêve.
Les Églises ne sauraient être des fumeries
d’opium. 
Laurent
Gagnebin