Viol spirituel ?
Des images de Dieu me paraissent
inadmissibles. Par exemple, Dieu maître, pour ne pas dire propriétaire,
de nos vies. Le Dieu parfois maladroitement insinué par des cantiques
désuets ou un catéchète indélicat : «
Dieu sait tout de toi, voit tout de toi, il connaît tes actes
et tes pensées ! »
Dieu serait alors un grand indiscret et intrusif dans le monde de
notre esprit, de notre corps ou de nos rêves. Cette croyance et
cette conception de notre relation à Dieu, ne laissent rien secret
ou voilé de notre intimité. Rien ne nous appartient plus.
Tout Lui appartient !
C’est pour moi une perception de la spiritualité inadmissible
et insupportable. Une sorte d’intrusion à la limite d’un
viol spirituel !
Robert Neuburger dans un ouvrage intitulé « Les territoires
de l’intime » rappelle trois espaces essentiels de la construction
de l’enfant (et de l’adulte) et de la constitution de l’intégrité
de sa personne :
- Son espace physique (est-ce que l’enfant a une chambre, ou
un espace personnel dans cette chambre, un bureau, un carnet intime,
un lieu pour ranger ses souvenirs personnels ou garder secret le contenu
de son ordinateur ?),
- L’espace de sa sexualité (comment est-il touché
physiquement, est-ce que ses parents, un médecin maladroit
l’ont intrusé, comment a-t-il, ou se sent-il respecté
dans l’intimité de son corps et de sa sexualité
?...)
- Enfin le domaine intellectuel (est-il libre de ses pensées,
de ses croyances, a-t-il été contraint à penser
d’une certaine manière, ses convictions sont-elles respectées,
ou au moins entendues ?...).
Bien sûr, nous pouvons nous poser ces questions à nous-mêmes.
Et ce thérapeute familial de rajouter qu’il y a blessure
et souffrance lorsque les limites et les frontières de ces trois
territoires ne sont pas respectées ou que les portes de notre
corps, de nos pensées ou ne nos territoires sont forcées.
Alors je m’interroge sur le sens d’une théologie
et son expression liturgique qui laissent entendre que Dieu voit tout,
sait tout, malgré nous, continuant ainsi à nous positionner
comme des enfants subissant une intrusion d’autant plus insidieuse
qu’elle est effectuée par amour.
Je crois au contraire à la co-construction pas à pas,
d’une relation spirituelle respectueuse où chacun se dévoile,
s’accepte, s’apprend et s’éprend. Librement !

Jean-Paul
Sauzède