Bonjour
Pouvez-vous me donner votre avis sur cette question
"Je suis le chemin, la vérité et la vie, nul
ne vient au père que par moi"
si j'étais né Musulman ou juif, ne reconnaissant pas
Jésus-Christ, aurais-je pu avoir une foi juste?
Merci de votre réponse
Eric
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Voici la réponse du Professeur
Picon :
Merci pour votre question qui
porte sur un thème qui est actuellement beaucoup travaillé
dans le domaine de la théologie : celui du pluralisme religieux.
Le passage biblique que vous citez semble soutenir un certaine forme
d’exclusivisme : il n’ y aurait pas de voie d’accès
à Dieu hors de la foi au Christ. Seul les chrétiens
seraient donc dépositaires de la vérité. Il
n’y aurait pas, pour reprendre votre expression, de «
foi juste », en dehors de cette référence au
Christ. C’est bien ce que croient parfois certains chrétiens…De
nombreux théologiens et de nombreux chrétiens pensent
cependant que cette attitude est impossible à tenir car elle
fonde une arrogance spirituelle, elle appelle un esprit sectaire
et elle justifie une approche négative des autres ; bref,
autant d’éléments qui sont à l’opposé
de la convivialité et de l’amour qui se dégagent
des évangiles. Comment alors comprendre cette phrase ? On
peut proposer au moins trois réponses.
La première consiste à dire que la Bible est en effet
l’expression d’une grande diversité théologique
et se fait ici l’écho d’une forme d’exclusivisme.
Il s’agit pour l’Evangile d’affirmer avec force et
passion que le Christ est la seule voie qui conduit au père,
ce qui disqualifie les autres. N’oublions pas que la valorisation
de la différence et la relativisation de nos croyances est
en grande partie l’héritage des Lumières et de
la modernité ! On pourrait alors lire cette phrase très
exclusiviste comme relevant d’un discours amoureux qui autorise
en quelque sorte toutes les extravagances ! A nous simplement de
ne pas la prendre au pied de la lettre.
La deuxième réponse consiste à dire que puisque
le Christ est, en effet, la seule voie vers Dieu, il est donc à
retrouver partout à l’œuvre dans les religions.
C’est ce qu’on appelle l’inclusivisme. Le Christ
est présent même s’il n’est pas nommé.
Tous les croyants sont donc des chrétiens anonymes ! C’est
une idée très ancienne, qu’on retrouve chez de
nombreux Pères de l’Eglise.
Une troisième réponse consiste à dire que
cette expression parle de Dieu comme Père et non de Dieu
en soi. Nul ne vient au « Père », est-il en effet
écrit. Il s’agirait donc ici de lire ce texte comme
exprimant l’idée que Jésus révèle
une image de Dieu comme père qui est en effet unique. Sur
Jésus nous donne accès à cet aspect de la révélation
de Dieu : un Dieu père. Personnellement, je pense que Dieu
n’est jamais réductible à ce qu’on dit de
lui ! Il est toujours au-delà des discours et des images
que nous formulons et développons à son sujet. Sa
révélation dépasse donc son incarnation en
Jésus-Christ. La foi des chrétiens n’est donc
pas plus juste que celle d’un juif ou d’un musulman, elle
est différente et unique !
R.Picon
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Voici la réponse du Pasteur Louis Pernot :
Il est vrai que ce verset de
l’Evangile de Jean (14:6) comporte le risque d’une interprétation
quelque peu intégriste. Je ne sais pas dans quel sens l’entendait
Jésus, mais fort heureusement on peut en faire une interprétation
plus large.
En particulier, on n’est pas forcé de croire que l’important
soit de “croire en Jésus” en tant que tel, c’est
à dire d’être “chrétien” pour
être sauvés. D’ailleurs que veut dire “croire
en Jésus Christ”? Il y aurait beaucoup à dire
là-dessus. Croire que Jésus est Dieu ne sauve personne
et il n’est même pas sûr que ce soit cela que veuille
dire l’Evangile, ce qui compte, c’est ce en quoi l’on
croit comme principe et idéal de vie, ce que l’on veut
mettre en oeuvre dans sa vie.
Jean nous présente le Christ comme étant l’incarnation
de la Parole de Dieu.
On peut partir de là en disant que le Christ conduit à
Dieu par sa parole, et que croire en Jésus, c’est croire
dans sa parole, dans son message.
Or je pense bien que le message du Christ est la seule voie possible
vers Dieu
Son message en effet c’est, en bref, que l’essentiel
est l’amour, le pardon, le service, l’humilité
et la paix.
Et le chemin de Dieu ne peut passer que par là.
Il n’est donc pas question de savoir si l’on est “chrétien”
ou non, mais si l’on croit dans l’amour et dans ces valeurs
de l’Evangile. Et heureusement que ceux qui ne connaissent
pas le Christ peuvent quand même vivre l’amour et le
don de soi. Ils pratiquent alors d’une certaine manière
l’Evangile sans le connaître, et ils sont sur le chemin
de la vérité et de la vie.
C’est aussi un peu ce que dit Paul dans sa lettre aux Romains
(ch 2:14) Quand les païens, qui n'ont point la loi, font naturellement
ce que prescrit la loi, ils sont, eux qui n'ont point la loi, une
loi pour eux-mêmes; ils montrent que l'oeuvre de la loi est
écrite dans leurs cœurs, leurs consciences en rendant
témoignage, et leurs pensées s'accusant ou se défendant
tour à tour.
Et dans les détails, même si l’Évangile
n’est pas le seul chemin possible vers le bien, c’est
un chemin merveilleux plein de joie et de lumière.
Alors bonne route.
Louis Pernot
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