C’est avec Calvin
que la notion de prédestination connaît un incontestable
emballement, mais Augustin en fut déjà le principal défenseur.
C’est donc à tort que l’on attribue cette idée
à la seule Réforme. Dans L’institution de la religion
chrétienne, Calvin écrit : « Nous appelons prédestination,
le conseil éternel de Dieu, par lequel il a déterminé
ce qu’il voulait faire de chaque homme. Car il ne les crée
pas tous en pareille condition, mais ordonne les uns à la vie
éternelle, les autres à l’éternelle damnation.
Ainsi selon la fin pour laquelle est créé l’homme,
nous disons qu’il est prédestiné à la mort
ou à la vie. » Même si Calvin précise que
« nous devons être affectionnés à souhaiter
le salut de tous », parce que nous ne savons pas qui est sauvé,
même si cette doctrine veut mettre en évidence le caractère
absolu de la grâce divine et l’impossibilité qui est
la nôtre de jouer un rôle quelconque dans notre salut, la
prédestination ainsi comprise correspond à une machine
infernale et à une radicalisation qui transforme la grâce
en déterminisme. Elle enferme l’homme et Dieu lui-même
dans une logique impitoyable et dans un destin sans liberté.
À quoi sert-il de prêcher encore le salut ? La prédestination
nous donne l’image d’un Dieu souverainement arbitraire, image
contraire à celle d’un Dieu d’amour, du Dieu de Jésus-Christ.
« Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1
Tm 2,4), telle est, en Christ, notre conviction la plus profonde.
Cela dit, promouvoir, comme tant d’autres avec nous
et avant nous, d’Origène à Karl Barth ou Nicolas
Berdiaev, l’idée d’un salut universel, c’est,
là aussi, croire à une prédestination, mais en
faisant nôtre un projet lumineux de Dieu qui concerne chacun de
nous et cela de toute éternité. 
Laurent
Gagnebin