En 1895 paraissait
à la librairie Fischbacher de Paris la Correspondance des demoiselles
de Bergheim. Octavie de Bergheim, lors d’une visite chez Oberlin
à Waldersbach en 1794, rapporte ses impressions : « L’intérieur
de la maison d’Oberlin est un sanctuaire orné de reliques,
c’est-à-dire d’images. Il n’y a pas un coin qui
ne soit mis à profit. On retrouve l’utile et l’industrie
à côté de la piété. L’économie
y est un devoir, un des points de la religion, on ne perd pas le plus
petit ou modeste objet afin de multiplier ses moyens de partager avec
les autres. » La visiteuse avait saisi le message essentiel du
pasteur Oberlin : l’Autre.
Fils de Jean Georges Oberlin, professeur au Gymnase de
Strasbourg, Jean Frédéric fit ses études de théologie
à Strasbourg. Pendant ce temps, il était précepteur
des enfants du chirurgien Ziegenhagen, dont Franz Heinrich, franc-maçon,
ami de Mozart.
En
1767, à l’âge de 27 ans, Oberlin renonce à
la carrière d’aumônier militaire pour devenir pasteur
de paroisse. Il s’installe au Ban-de-la-Roche afin de poursuivre
l’œuvre de son prédécesseur Stuber. La paroisse
de Waldersbach se compose de 5 villages accrochés sur un flanc
du Champ du Feu. L’activité d’Oberlin se partage en
trois dimensions : le travail pédagogique, social et pastoral.
Il fera construire une école dans chaque village et former des
maîtres. L’éducation commence très tôt.
Oberlin et sa servante Louise Scheppler comptent parmi les pionniers
des écoles maternelles et des jardins d’enfants. Ils organisent
les « poêles à tricoter » dirigés par
des « conductrices de la tendre enfance ». Dès son
arrivée dans la paroisse, il développe la bibliothèque
commencée par son prédécesseur. Aux 100 volumes
existants s’ajoutent les 86 apportés par son épouse.
La bibliothèque finit par en compter 500. Oberlin organise pour
les élèves un enseignement de qualité. Les adultes
furent également inclus dans le programme de scolarisation.
Pour améliorer l’agriculture, il introduit
une nouvelle sorte de pommes de terre, encourage la plantation d’arbres
fruitiers et enseigne la greffe, l’utilisation rationnelle du fumier
et l’amélioration des pâturages, la création
de prairies artificielles.
Par ailleurs, pour pallier le déclin de la métallurgie,
il incite des industriels du textile à s’implanter. Jean
Luc Legrand s’installe à Fouday. Son fils Daniel aura une
grande influence dans la rédaction de la législation du
travail. Son buste se trouve au Bureau International du Travail à
Genève. Les filatures et tissages Pramberger se développent
à Rothau.
Mais J. F. Oberlin fut avant tout pasteur. Toute son
œuvre en découle et est animée par sa foi. Elle s’explique
par sa consécration et le sens de la responsabilité. Pour
lui, l’autorité suprême est la Bible. Sa diffusion
est un objectif primordial. Il est le premier pasteur en France à
collaborer avec la Société Biblique de Londres et il soutient
les Missions de Paris et de Bâle. Son christianisme social aura
des héritiers, dont Tommy Fallot.
Après la mort d’Oberlin, la paroisse fut
desservie par ses descendants. Ce qui explique le nombre important d’objets
et de documents conservés à Waldersbach.
Le musée rénové a ouvert ses portes
en 2002 après 14 années de réflexion et de travaux.
Huit unités de présentation composent le parcours à
travers l’ancien presbytère. À la présentation
du Ban-de-la-Roche du XVIIIe siècle succèdent les différents
aspects de l’activité du pasteur qui se disait « catholique
évangélique ». Au cabinet scientifique et botanique
s’ajoute la scolarisation et une grande collection de silhouettes.
Les jardins et une maison des enfants complètent l’ensemble.

Pierre
Hutt
Musée Jean Frédéric Oberlin:
25 montée Oberlin, 67130 Waldersbach,
Tél. : 03 88 97 30 27 – Fax : 03 88 97 32 21.
Le musée est ouvert :
Le lundi, mercredi, jeudi et vendredi, de 10 à 12 h. et de
14 à 18 h.
Le samedi, dimanche et les jours fériés, de 14 à
18 h.