Les prédicateurs utilisent
fréquemment comme des métaphores les mots tels que «
résurrection », « salut », « Ascension
», « naissance virginale », « Fils unique
du Père » ou « seigneurie du Christ ». Et
si on leur demande d’en préciser le sens, ils n’osent
pas répondre qu’on ne doit pas les prendre à la
lettre. Ils considèrent qu’une métaphore est une
sorte de langage codé naturellement utilisé dans les
offices religieux et destiné seulement à créer
une ambiance de mystère.
Depuis
plusieurs décennies, nous avons pu éviter les tempêtes
théologiques du grand large en demeurant prudemment, avec notre
langage équivoque, dans les eaux calmes du port.
Nous avons, bien sûr, évité une interprétation
trop littérale des textes bibliques en introduisant graduellement
dans le vocabulaire religieux de l’Église de nouvelles
définitions. Mais nous n’avons fait que contourner la
difficulté et notre message est devenu presque incompréhensible
pour beaucoup de ceux qui viennent à l’église et
pour presque tous ceux qui n’y viennent pas.
Par exemple, seuls ceux qui seront venus à l’église
le jour de l’Ascension où nous aurons, bien entendu, expliqué
le nouveau sens que nous donnons désormais à ce mot,
le comprendront lorsqu’ils l’entendront prononcer à
nouveau. Mais les autres en resteront à l’image d’un
Jésus navigant dans le ciel entre les nuages et s’imagineront
que nous y croyons vraiment. Maintenir une équivoque théologique,
comme nous le faisons trop systématiquement, nuit sérieusement
à la crédibilité de notre prédication,
sauf peut-être aux yeux des fidèles les plus traditionalistes.
Voici des questions que nous pourrions soulever, pour commencer,
dans nos groupes de réflexion et dans nos différents
conseils.
– Si nous croyons que nous avons tous accès au divin
(quelle que soit la manière dont nous comprenons ce mot) ne
devrions-nous pas réfléchir à l’utilisation
de nos vêtements et de nos gestes liturgiques qui suggèrent
que certains y ont plus accès que les autres ?
– Si nous croyons que le divin, que nous nommons généralement
Dieu, est partout et toujours autour de nous et en nous, pourquoi
continuons-nous à l’invoquer, à lui demander de
nous écouter, de nous répondre et d’intervenir
pour nous ? N’y a-t-il pas d’autres manières d’exprimer
notre foi en sa présence et en sa disponibilité ?
[…]
– Si la présence dans le monde du mal et de la souffrance
contredit l’idée que Dieu est juste et bon, pourquoi continuer
à prier Dieu comme s’il dirigeait toute chose ? Quel nouveau
langage devrions-nous trouver et quel style de prière proposer
?
– Si nous ne croyons pas que le christianisme a le monopole
de la vérité, ne devrions-nous pas éliminer ou
modifier les cantiques et les prières qui semblent le prétendre
? Ne devrions-nous pas corriger tout ce qui contredit notre théologie
et notre spiritualité ? L’honnêteté et la
clarté ne sont-elles pas plus importantes que nos traditions
?
– Si la Bible a été écrite par des hommes
qui rendaient compte de leur expérience de Dieu avec les conceptions
et les préjugés de leur époque, pourquoi fonder
sur elle toute notre vie cultuelle ? Ne pourrions-nous pas utiliser
dans le culte d’autres lectures d’où émaneraient
également profondeur et sagesse, surtout lorsque la lecture
du jour présente un Dieu injuste et une morale obsolète
?
– Si Jésus n’est pas le seul Fils de Dieu, pourquoi
ses paroles seraient-elles plus importantes que celles d’Emmanuel
Kant, du Mahatma Gandhi ou de Martin Luther King ? Qu’a-t-il
lui de plus que les autres penseurs de notre monde ?
– Si la mort de Jésus sur la croix n’est pas le
sacrifice qui sauve, quel est le sens de la sainte cène-eucharistie
? Pourrait-on imaginer d’autres symboles d’où émanerait
une force semblable ou doit-on y renoncer ?
[...] C’est le propre d’une Église institutionnalisée
que d’accorder une valeur ultime et absolue aux dogmes et aux
rites. Il nous faut maintenant y renoncer et nous impliquer de manière
plus responsable et plus profonde avec nous-mêmes, avec les
autres, avec le monde et avec le divin.
Gretta
Vosper
(traduction de Gilles Castelnau)