Couple en crise
Il était encore
rentré à une heure du matin. Inquiète, sa femme,
cette fois-ci, l’attendait et l’a aussitôt harcelé
de questions. Il n’a pas hésité à lui avouer
sa relation extra-conjugale et son désir de rompre le lien conjugal.
Il pensait avoir trouvé une raison suffisante
pour quitter son couple qui était, après quinze ans de
mariage, devenu ennuyeux et triste. Chacun semblait s’être
accoutumé à cette vitesse de croisière qui flirtait
plus avec la monotonie qu’avec le bonheur.
Josiane, elle, est terrassée. Elle prend subitement
conscience de l’écart entre ce qu’elle croyait vivre
dans son couple et la réalité. Elle se sent subitement
démunie, seule, perdue. L’irruption de l’amante met
le couple en crise.
La crise est souvent liée à une cécité.
Un refus de voir ce qui dis-fonctionne. Une négation à
accepter le réel. Avec tout le cortège illusoire de «
ça va s’arranger » ou « ça n’est
qu’un passage ». Au risque de préférer subir
plutôt que vivre la crise. Car la crise plonge ceux qui la vivent
dans une remise en question profonde. Et souvent nous évitons,
par facilité, la contrainte et le courage de la confrontation.
Josiane prend conscience qu’elle s’était
mise en arrêt-image. La crise lui redonne de la mobilité.
La crise nous révèle comme subissant. Pour la traverser,
elle nous sollicite comme agissant.
Souvent les couples qui vivent cette situation considèrent
l’adultère comme le problème. Alors qu’il n’est
que le symptôme d’un dysfonctionnement du couple. Le problème
c’est le couple, pas l’amant(e) qui n’en est que le révélateur.
La tentation c’est de dépasser la crise en
la niant. Ce qui fait la force du couple, c’est la crise traversée.
Un couple qui vit est un couple qui regarde ses crises et tente de les
traverser, dans une acceptation inconditionnelle de l’autre. C’est
accepter de se voir révélé à l’autre
et se respecter suffisamment pour continuer la route ensemble, ou pour
se séparer.
Traverser la crise conjugale, professionnelle ou existentielle
est une expérience spirituelle. Elle nous demande de lâcher,
de faire confiance, d’oser la nouveauté. Refuser de vivre
ses crises, c’est prendre le risque de rester du côté
des morts. La crise est en ce sens une véritable opportunité
de vie nouvelle. 
Jean-Paul Sauzède