LIVRE Une incroyable
prière. Les Lamentations de Jérémie
Une réflexion sur la souffrance
qui rassemble les conférences de Carême (2006) données
sur France Culture par notre amie Florence Taubmann. Réflexion
suscitée par sa lecture du Livre de Jérémie dans
lequel le prophète décrit la souffrance de son peuple,
à la suite de la destruction de Jérusalem et de l’exil
à Babylone. Souffrance du peuple, et souffrance du prophète.
Comment Dieu peut-il accepter un tel malheur ? Où est l’espérance
? Comment aimer un Dieu qui abandonne à ce point son peuple ?
N’aurait-il pas lui-même quelque fragilité ?
Puisque Jérémie évoque le « Messie du Seigneur
», Florence Taubmann explore les deux interprétations,
juive et chrétienne de ce Livre, qui convergent vers cette idée
d’un Dieu souffrant de la souffrance de son peuple.
Jérémie voit peu d’espoir. L’auteur en voit
d’avantage dans la consolation que représente « l’amour
plus fort que la mort ».
Comme
le Livre de Jérémie, celui-ci est un poème, un
cri qui surgit des profondeurs de l’être, une prière,
une recherche confiante de l’espérance dont a besoin notre
monde si meurtri.
L’auteur a d’ailleurs publié des résumés
des différents chapitres de son livre dans les numéros
récents de notre journal. 
Henri Persoz
Florence Taubmann. Une incroyable
prière. Les lamentations de Jérémie.
Parole vive, Paris, Olivétan, 2006.
en
librairie
LIVRE Camus et l’homme
sans Dieu
Derrière ce titre se cache
une confrontation entre Albert Camus, le penseur non religieux, et Dietrich
Bonhoeffer, le théologien luthérien allemand.
Après
quatre chapitres exigeants et indispensables sur la pensée de
Camus (l’homme sans Dieu ; l’absurde ; la révolte ;
l’amour), le lecteur pourra aborder avec curiosité le cinquième
chapitre, « sans Dieu chez Camus et Bonhoeffer ». Arnaud
Corbic, docteur en philosophie et théologien qui a déjà
consacré plusieurs ouvrages à ces deux grandes figures
du XXe siècle, évite l’apologétique et le
parallélisme formel. Il s’agit de faire « ressortir
la fécondité d’un questionnement et d’un éclairage
mutuels ».
Arnaud Corbic relève plusieurs « convergences »
entre les deux hommes, l’un et l’autre critiquant un certain
christianisme, même s’ils emploient des démarches
différentes. Nous sommes convaincus, à la suite de l’auteur,
qu’Albert Camus n’aurait pas récusé cette démonstration,
lui qui écrivait : « Je suis de ceux que Pascal bouleverse
et ne convertit pas. »
On trouvera en fin d’ouvrage des morceaux choisis tirés
de l’œuvre de Camus et une bibliographie raisonnée.

Olivier Guivarch
Arnaud Corbic, Camus et l’homme
sans Dieu,
Paris, Cerf, 2007.
en
librairie
LIVRE La double prédestination
chez Calvin
Calvin n’a pas « inventé
» la double prédestination mais lui a donné une
place très importante dans sa réflexion, jusqu’à
la radicaliser à l’extrême, la rendant quasi irrecevable.
Cet opuscule en pose les enjeux de façon synthétique
et abordable, avant de proposer une voie qui permet de recevoir cette
doctrine dans une perspective nouvelle : c’est en chacun qu’une
part de Bien est élue et une part de Mal, réprouvée.
La donnée biblique de l’élection pose en creux
la question de la réprobation et peut suggérer que Dieu,
dans le secret impénétrable de sa sagesse, a prédestiné
les hommes au salut ou à la perdition, d’où le
terme de « double ». Calvin s’en saisit pour combattre
l’idée du Fatum, ou Destin des stoïciens. Les hommes
ne peuvent être livrés à un destin aveugle, mais
une sanctification suscitée par la foi, don de Dieu, reste
possible. Faessler resitue les quatre paradoxes qui sous-tendent la
question, reconnaissant qu’à l’occasion, on côtoie
des abîmes métaphysiques : la foi, le « conseil
de Dieu », la « docte ignorance », la gloire de
Dieu. Le lecteur gagne à se mettre au clair sur une doctrine
qui parfois nuit à Calvin, et au détour de quelques
citations, il (re)découvre la langue du Réformateur,
qui met au service de ses idées une plume éblouissante
! 
Christine Durand-Leis